Sommet social à Porto: vers une Europe plus sociale

Le sommet social de l'Union européene en préparation à Porto. Le 6 mai 2021.
Le sommet social de l'Union européene en préparation à Porto. Le 6 mai 2021. REUTERS - VIOLETA SANTOS MOURA

Les chefs d'Etat et de gouvernement européens se réunissent ce vendredi 7 mai et samedi 8 mai 2021 en Sommet social à Porto. Objectif affiché de la présidence portugaise : donner une impulsion politique au modèle social européen.

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Ce n'est pas la première fois que l'on débat de ce sujet. Le précédent sommet en 2017 à Göteborg en Suède a posé un socle européen des droits sociaux avec ses vingt principes. Il y est question de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, de conditions de travail transparentes et prévisibles ou bien de la protection sociale pour tous les travailleurs. Ce qui permet par exemple d'éviter la concurrence entre les Etats membres sur fond de dumping social. Mais la pandémie est passée par là...

Le modèle social européen à l’épreuve de la pandémie

La crise sanitaire a touché particulièrement les travailleurs précaires, les femmes et les jeunes en les menaçant de pauvreté et même d'exclusion sociale. L'Europe sociale est plus que jamais à l'ordre du jour et les Français doivent montrer l’exemple.

C'est ce que pense Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT interrogé en marge du défilé du 1er mai : « Notre modèle social fait référence en Europe. Même aux Etats-Unis, il y a un monsieur qui vient d'arriver et qui dit qu'il faut donner de l'argent aux citoyens, qu'il faut avoir un Etat fédéral fort pour les services publics, etc. Donc, soit on va dans ce sens-là ensemble en Europe et c'est pour cela que nous demandons par exemple un salaire minimum européen, plus de droits pour les salariés, soit on continue comme avant en ne retenant aucune leçon de ce qu'a montré la pandémie. »

C'est justement l'objectif de la présidence portugaise : traduire l’engagement collectif en la réalité. Et, pour inciter les Vingt-sept à agir, la Commission vient d’adopter son plan d’action destiné à mettre en œuvre les orientations du socle européen des droits sociaux. Une sorte de feuille de route pour les pays membres, estime Nicolas Schmit. De nationalité luxembourgeoise, cet ancien ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Économie sociale et solidaire dans son pays est le Commissaire européen à l'Emploi et aux Droits sociaux : « C'est une leçon que nous recevons de cette crise : les systèmes sociaux sont extrêmement importants pour la solidité de nos sociétés et de nos économies. Bien sûr, dans une perspective plus longue, il s'agit aussi de la transformation verte due au changement climatique et de la révolution technologique qui s'est accélérée pendant cette pandémie et qui a un impact sur nos économies, nos systèmes de formation, l'éducation et sur l'emploi. »

À lire aussi : La pandémie de Covid a dynamisé le dialogue social européen, selon une étude

Changement de paradigme

La pandémie a-t-elle changé le regard des Européens sur leur modèle social ? Sans aucun doute. Au cours de la crise précédente, celle de la zone euro en 2013, on demandait à la Grèce, à l'Espagne ou au Portugal de baisser les salaires et de couper dans leurs dépenses d’éducation ou de santé, ce qui allait à l’encontre des ambitions sociales de l’Europe. Aujourd’hui, la réponse européenne a changé : « Je pense qu'il y a un vrai changement de paradigme. Mais il y a aussi une prise de conscience que les solutions qui ont été appliquées ont approfondi les inégalités, ont créé un climat politique délétère, notamment avec la montée des populismes. Quand je regarde ce que l'on fait aujourd'hui aux Etats-Unis, c'est quand même de mettre le social en avant », conclut le Commissaire européen.

Mais dans la mesure où le socle des droits sociaux n’est pas contraignant, les marges dont dispose la Commission pour mettre en œuvre ces principes paraissent étroites. Bruxelles ne peut pas, en effet, interférer avec la compétence des États membres. Toutefois, elle a trois armes à sa disposition. L’exécutif européen peut jouer sur le budget, la législation, il peut aussi inciter les Etats membres à prendre des dispositifs nationaux, résume Sofia Fernandes, chercheuse senior à l'Institut Jacques Delors.

Elle estime que les entreprises ont un rôle clé à jouer : « Aujourd'hui, nous faisons face en Europe à des défis communs qui sont la transition verte, le numérique, le vieillissement de la population ou encore la mondialisation. Ces tendances ont un impact sur le marché du travail. Il est nécessaire de garantir que les travailleurs en Europe aient les compétences nécessaires aux emplois de demain, ou que les travailleurs qui vont perdre leur emploi soient accompagnés dans leur transition professionnelle. Bien sûr il y a aussi la question des travailleurs des plateformes. Comment protéger ces travailleurs et garantir un socle minimal de droits, notamment l'accès à la sécurité sociale. Voilà, les autorités publiques doivent travailler ensemble avec les entreprises afin d'apporter les réponses qui seront les meilleures pour les travailleurs, mais aussi pour les entreprises, elles-mêmes. »

Vers l'économie sociale et solidaire

Certains experts craignent que les plans de relance financés en grande partie par l’UE n’aillent uniquement vers ces nouveaux secteurs dans lesquels les femmes sont souvent sous-représentées, à savoir le commerce en ligne, le numérique, la construction ou encore la transition verte. Pour éviter cela, il faut miser sur l'éducation des filles et la formation des salariées femmes, martèle Sofia Fernandes.

Selon la chercheuse, ce que cette crise nous appris c'est que « les valeurs d'innovation, de résilience et de coopération portées par l'économie sociale et solidaire doivent être au centre de l'agenda politique de cette relance économique européenne, que l'on souhaite inclusive. Et que l’on puisse enfin mettre sur pied d'égalité les objectifs économiques, sociaux et environnementaux. »

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