Irlande du Nord: fin des nouvelles poursuites judiciaires concernant la «période des Troubles»?

Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d'un discours au Parlement, le 10 septembre 2019. (Illustration).
Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d'un discours au Parlement, le 10 septembre 2019. (Illustration). HO / AFP / PRU

La reine Elizabeth II doit présenter ce mardi son discours annuel au Parlement. Un discours écrit de coutume par le Premier ministre pour détailler les orientations politiques de l’année à venir. Cette année, selon la presse britannique, le gouvernement prévoit de ne plus autoriser l’ouverture de nouvelles poursuites concernant la période des Troubles. Un projet qui a une lourde signification en Irlande du Nord.

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De notre correspondante à Dublin,

Les Troubles, c’est la période de la guerre civile en Irlande du Nord entre catholiques républicains et protestants unionistes. Pendant ces trente ans, entre 1969 et 1998 ; plus de 3 000 personnes ont été tuées dont une moitié de civils. Selon les informations du très sérieux quotidien britannique The Times et du Telegraph, le gouvernement britannique prévoit qu’il soit désormais impossible de lancer des poursuites pour des crimes commis pendant cette période. Ni contre des paramilitaires, de part et d’autre du conflit, ni contre les soldats britanniques postés en Irlande du Nord.

Par contre, les enquêtes déjà ouvertes le restent ; il y en a sept actuellement visant des anciens militaires britanniques. Une commission Vérité et Réconciliation serait mise en place, sur le modèle de l’Afrique du Sud post-apartheid.

« Boris Johnson tente de priver notre famille de justice »

En Irlande, au Nord comme au Sud, les réactions sont unanimes. Le gouvernement irlandais a tout de suite fait part de sa vive inquiétude. Rappelons que l’Irlande et le Royaume-Uni sont co-garants du processus de paix en Irlande du Nord. Et d’un autre accord, signé en 2014, par les responsables nord-irlandais, et qui prévoyait justement l’instauration d’une unité d’enquête pour régler les meurtres encore non résolus. Ce projet serait donc une violation unilatérale de cet accord de 2014.

Au Nord, désapprobation similaire. Amnesty International parle d’une insulte faite aux victimes. Les familles sont en colère. Michael O’Hare a perdu sa sœur Majella à 12 ans ; elle a été abattue en 1976 par un soldat. « Personne n’a jamais été tenu pour responsable, a déclaré le désormais sexagénaire, il n’y a jamais eu d’enquête, encore moins de poursuite et maintenant, Boris Johnson tente de priver notre famille de justice pour toujours ».

2 000 meurtres non élucidés

Le gouvernement britannique n’a pas démenti, il n’a pas confirmé non plus. Une source recueillie par le Telegraph au sein du ministère de la Défense a simplement refusé de parler d’un projet d’amnistie.

Ce d’autant que l’accord de paix de 1998, ne prévoyait pas d’amnistie. Cet accord du Vendredi saint prévoyait le désarmement, le démantèlement des organisations paramilitaires, et la réduction de certaines peines, au cas par cas.

Aujourd’hui, il reste de nombreuses morts non résolues, l’exemple de Majella O’Hare est loin d’être isolé. La police nord-irlandaise, qui s’estime en manque de ressources, prend du temps, beaucoup de temps à traiter ces dossiers. Vingt-trois ans après l’accord de paix, ce qui est déjà peu dans le temps judiciaire, 2 000 meurtres restent non élucidés.

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