Environnement: il y a 50 ans, le «message de Menton»

Une vue aérienne de la forêt amazonienne le « poumon » de la planète Terre.
Une vue aérienne de la forêt amazonienne le « poumon » de la planète Terre. AFP - RAUL ARBOLEDA

Du Sommet de la Terre à Rio, en 1992, au débat passionné autour de Greta Thunberg, en passant par la ratification du Protocole de Kyoto, l’écologie semble une idée récente dont témoigne la poussée des forces politiques qui s’en réclament dans plusieurs pays d’Europe. C’est oublier pourtant que le combat environnemental a élaboré et largement diffusé ses concepts, il y a un demi-siècle, notamment au travers du « Message de Menton ».

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Nous sommes en 1971, au temps du tout pétrole et des essais nucléaires français dans le Pacifique. Georges Pompidou est président depuis moins de deux ans en France. C’est lui qui, Premier ministre, a inauguré à Paris quatre ans plus tôt, les voies sur berge qui porteront son nom, première étape d’un « plan autoroutier pour Paris », abandonné par son successeur en 1974 à la suite du choc pétrolier.

Une petite portion sur la rive gauche, fermée aujourd’hui à la circulation, a été rebaptisée « promenade André Gorz », en hommage à une figure de l’écologie politique qui, en 1971 justement, découvre Ivan Illich, un philosophe viennois qui fait l’éloge de la lenteur et prône l’abandon de l’automobile.

Dans le sillage de mai 1968, les libertaires ajoutent une dimension environnementale à leur combat politique. En octobre 1971, commence le grand mouvement de lutte des paysans contre l’agrandissement du terrain militaire du Larzac. La même année, le penseur français Guy Debord écrit un court essai intitulé La planète malade.

Un danger sans précédent

Ce qu’énoncent ces penseurs contestataires a déjà son pendant dans les instances officielles. Le 11 mai 1971, un message signé par 2 200 savants de 23 pays, parmi lesquels Jean Rostand, Margaret Mead ou René Dumont, et quatre Prix Nobel, est remis au secrétaire général des Nations unies U Thant.

Ce message a été rédigé à Menton, à la frontière franco-italienne, à la première conférence sur l’environnement organisée en 1970, à l’initiative du militant contre la guerre Alfred Hassler, du moine et de la moniale bouddhistes Thích Nhất Hạnh et Chân Không, ainsi que d’une demi-douzaine de scientifiques. Il est publié en juillet, en dix langues, dans le Courrier de l’Unesco qui titre : « Message à 3 milliards et demi de terriens », lesquels sont mis en garde contre un « danger sans précédent » menaçant la terre.

U Thant répond favorablement à ce message, saluant une « prise de conscience » tardive, mais globale de l’humanité « face à ce grave danger général, qui porte en lui, dit-il, les prémisses d’une extinction de l’espèce humaine ». Il veut croire en une « réaction commune », conscient que « le combat pour la survie de l’humanité ne peut être mené que grâce à un mouvement concerté de toutes les nations ».

Penser global

« Notre terre n'est pas sans limites », écrivent ces scientifiques, alertant sur le fait que « les substances nocives » rejetées par l’agriculture, l’industrie et les transports outrepassent les capacités de notre planète à les absorber, s’inquiétant de l’extractivisme forcené et des « expériences technologiques nouvelles », comme « la prolifération des centrales d’énergie atomique, lesquelles négligent absolument les effets possibles (…) à long terme sur l’environnement ».

Déboisement, barrages et monocultures sont aussi dénoncés ainsi que l’impossibilité d’étendre à l’humanité entière le mode de vie des sociétés industrielles. Ce déséquilibre, disent-ils, « restera motif de conflits et de révolutions ». Face au risque de conflit généralisé, ce n’est pas le contexte de la « guerre froide » qui est mis en cause, mais les inégalités, « les luttes et les rivalités pour le pouvoir et les privilèges économiques entre États nationaux ».

« Le problème semble presque insoluble », poursuivent-ils, mais « par le passé, l’humanité a fait preuve d’un ressort, d’une adaptabilité insoupçonnée ». Des solutions sont proposées, parmi lesquelles « différer l’application des innovations technologiques dont nous ne sommes pas en mesure de prévoir les effets », « appliquer les techniques existantes de contrôle de la pollution à la production d’énergie et à l’industrie en général », « trouver (…) un moyen d’abolir la guerre ».

L’année suivante, au premier sommet de l’environnement en 1972, René Dubos lance une formule restée célèbre : « Penser global, agir local ». Dans le Nouvel Observateur, André Gorz use pour la première fois du concept de « décroissance ». Le Club de Rome, fondé en 1968 en Suisse par des scientifiques, des économistes et des fonctionnaires nationaux et internationaux, produit un rapport sur « Les limites de la croissance » connu sous le nom de « rapport Meadows ». Il y a un demi-siècle donc, tout était déjà clairement énoncé.

 

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