Biélorussie: la répression se durcit, la contestation toujours plus réduite au silence

Une femme est arrêtée par les forces de l'ordre biélorusses lors d'une manifestation à Minsk. Le 27 mars 2021.
Une femme est arrêtée par les forces de l'ordre biélorusses lors d'une manifestation à Minsk. Le 27 mars 2021. via REUTERS - BELAPAN

Neuf mois après sa réélection contestée, le président biélorusse Alexandre Loukachenko continue de durcir la répression. La situation des droits de l’homme se dégrade et la liste des prisonniers politiques s’allonge chaque jour. L'opposition continue pour sa part de s'organiser à l'étranger.

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De notre correspondante à Minsk, Ania Nowak

Dans la capitale biélorusse, il règne une atmosphère assez étrange, un sentiment paradoxal de liberté. Tout est ouvert : les bars, les restaurants, les théâtres, les stades, et il n’y a pas eu de confinement. En apparence, donc, on peut faire ce que l’on veut à Minsk. En réalité, la répression s’est accentuée et les Biélorusses sont sur leurs gardes. 

Pour l'opposition, la situation sur place est très difficile. Toutes les semaines, des journalistes, des blogueurs, des hommes politiques, des manifestants, parfois mineurs, sont jugés. Ce mercredi 12 mai, un musicien, Aliaksei Sanchuk, 30 ans, a été condamné à six ans de prison pour avoir participé à une manifestation pacifique.

Il y a aujourd'hui 370 prisonniers politiques. Leurs avocats sont menacés, emprisonnés ou privés de leur licence. Des raids ont eu lieu dans les rares associations qui pouvaient encore travailler dans le pays, comme Viasna, qui défend depuis vingt-cinq ans les droits de l’homme. Leurs bureaux de Minsk ont été fermés et une enquête criminelle est en cours.

Arrêté pour un bouquet de fleurs ou des chaussettes rayées

Les Biélorusses, qui s’étaient fortement mobilisés pour dénoncer l'élection d'Alexandre Loukachenko, ont lâché prise. Le jusqu’au-boutisme du régime, qui ne tolère aucun drapeau blanc-rouge-blanc, le symbole de la contestation, fonctionne. La peur a gagné. On peut se faire arrêter pour un bouquet de fleurs ou des chaussettes rayées, si elles sont de la mauvaise couleur. Beaucoup de Biélorusses sont épuisés par ces arrestations, qu'ils trouvent absurdes, et de fait, les manifestations ont presque disparu. 

Ceux qui ont encore le courage de descendre dans la rue - et ils sont peu nombreux - le font avec d’infinies précautions. Les rassemblements sont organisés à très petite échelle, entre gens qui se connaissent, pour éviter une infiltration du KGB. « J’ai pu participer à l'un d'eux il y a quelques jours : j’ai dû retirer la carte sim de mon téléphone, cacher mon visage avec un masque et une capuche », témoigne notre correspondante à Minsk. D’autres ont changé de chaussures de peur d’être identifiés sur les photos. »

Sanctions européennes et américaines

Même les conversations ont changé : on discute beaucoup moins de politique et beaucoup plus d’exil. Des milliers de Biélorusses ont déjà quitté le pays, surtout des jeunes diplômés.

Pendant ce temps, l’opposition continue d’agir, surtout depuis l’étranger. Elle se structure autour de sa cheffe Svetlana Tikhanovskaïa. Alors que la vie politique biélorusse était inexistante, ces derniers mois, des partis, des associations, des syndicats indépendants ont vu le jour, des consultations citoyennes sont organisées en ligne. 

L’opposition se démène aussi sur la scène diplomatique, pour obtenir des sanctions de la part de l’Union européenne et des États-Unis, par exemple. Pour résumer, la Biélorussie aujourd’hui, c’est une dictature qui se renforce en présentiel, mais une démocratie qui se développe en distanciel.

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