Biélorussie: le principal média indépendant perquisitionné et bloqué

Des membres des forces de l'ordre dans les rues de Minsk le 25 mars 2021 (image d'illustration).
Des membres des forces de l'ordre dans les rues de Minsk le 25 mars 2021 (image d'illustration). via REUTERS - BELAPAN

Le site du principal média indépendant de Biélorussie, TUT.BY, a été bloqué mardi par les autorités après une série de perquisitions. L'opposition et les médias indépendants font face à une vague de répression depuis le mouvement de contestation sans précédent de 2020.

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Le cofondateur du site de TUT.BY Kirill Volochine l'annoncé sur la chaîne Telegram du média en ligne : le domaine du portail a été bloqué. Le site était en effet inaccessible depuis la Biélorussie mais aussi depuis la Russie, selon des journalistes de l'AFP.

Plus tôt, sa rédactrice en chef, Marina Zolotova avait fait état de perquisitions dans la rédaction, chez elle et aux domiciles de journalistes par « des agents du département des enquêtes financières (DFR) du Comité de contrôle étatique ». Ce puissant organe d'investigations qui a ciblé l'opposition par le passé a confirmé mener des raids à TUT.BY et dans les bureaux de Hoster.by, un fournisseur de solutions en ligne pour l'hébergement de sites internet.

Une enquête pour « fraude fiscale »

Les autorités biélorusses ont indiqué dans un communiqué que la direction de TUT.BY était visée par une procédure pénale pour « fraude fiscale ».

Le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, a été confronté à un vaste mouvement de contestation contre sa réélection jugée frauduleuse en août 2020. Des dizaines de milliers de personnes avaient défilé dans les rues de Minsk et d'autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants. Alexandre Loukachenko a répliqué rapidement avec une très grande fermeté, arrêtant des milliers de personnes en dénonçant un complot ourdi en Occident. De lourdes peines de prison continuent toujours de tomber pour ses détracteurs. La quasi-totalité des figures de la contestation ont été emprisonnées ou contraintes à l'exil, à l'instar de l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie.

Des reporters déjà condamnés

Les médias indépendants ont également subi la répression. TUT.BY est le principal média indépendant du pays et il avait largement couvert en texte et en image la contestation, mais aussi la répression qui a suivi. Le site revendique jusqu'à 20 millions de visiteurs quotidiens uniques. Plusieurs de ses reporters ont été condamnés à de courtes de peines de prison pour avoir participé à des manifestations illégales, alors qu'ils les couvraient. Dernier cas en date, Lioubov Kasperovitch, condamnée lundi à 15 jours de détention.

D'autres médias ont également été visé par les autorités. La semaine dernière encore, deux journalistes qui voulaient couvrir le procès d'un opposant ont été arrêtés et ont subi des mauvais traitements en détention, selon l'Association biélorusse des journalistes.

En février, Daria Tchoultsova et Katerina Bakhvalova, de la chaîne d'opposition Belsat, basée en Pologne, ont été condamnées à deux ans de prison, accusées d'avoir fomenté des troubles en couvrant le mouvement de contestation de 2020. La plupart des journalistes travaillant pour les médias étrangers se sont eux vu retirer leurs accréditations, les privant de facto de travailler légalement.

Les autorités biélorusses ont interdit la diffusion dans le pays de la chaîne télévisée européenne Euronews, une mesure de censure selon des voix critiques du régime.

Rapprochement avec la Russie

Cette répression a valu à la Biélorussie une batterie de sanctions occidentales qui l'ont conduit à se rapprocher encore davantage du président russe Vladimir Poutine. Les deux pays, de proches alliés, entretiennent des relations compliquées depuis des années, Minsk suspectant Moscou de vouloir le vassaliser. En avril, la Russie et la Biélorussie ont en outre accusé des opposants d'avoir planifié un coup d'État qui visait à assassiner Alexandre Loukachenko. Les deux pays ont sous-entendu que des puissances occidentales avaient pu être complices.

(avec AFP)

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