À Sotchi, Vladimir Poutine ne ménage pas son soutien à Alexandre Loukachenko

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko à Sotchi, le 28 mai 2021.
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko à Sotchi, le 28 mai 2021. AP - Mikhail Klimentyev

Plus isolé que jamais sur la scène internationale après le scandale du détournement du vol Ryanair, le président biélorusse Alexandre Loukachenko était ce vendredi 28 mai en visite à Sotchi, en Russie, pour rencontrer son homologue Vladimir Poutine.

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Sous le feu des critiques européennes, Alexandre Loukachenko a pu compter à Sotchi sur l'accueil chaleureux de Vladimir Poutine. « Je suis très content de vous voir », a déclaré le président russe en l'accueillant dans sa résidence d'été. Le chef du Kremlin a même promis à son hôte une baignade dans la mer Noire. « L'eau est de plus en plus chaude et je pense que cela contribuera au résultat de notre rencontre. »

L'affaire du vol Ryanair a bien évidemment été évoquée. Alexandre Loukachenko a assuré avoir apporté des documents prouvant la thèse avancée par Minsk : celle d'une alerte à la bombe qui a poussé les autorités biélorusses à détourner l'avion dans lequel se trouvaient le journaliste et dissident Roman Protassevitch et sa compagne. Une opération à l'issue de laquelle ceux-ci ont été arrêtés.

« Vous allez comprendre ce qu'il s'est passé, a déclaré le président biélorusse en se tournant vers Vladimir Poutine. Il y a une tentative de déstabiliser mon pays comme ce fut le cas en août 2020. » Pour Alexandre Loukachenko, il ne fait aucun que ce sont les pays occidentaux qui sont à la manœuvre, rapporte notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot.

Un coûteux soutien

Si Vladimir Poutine ne ménage pas son soutien, celui-ci aura un prix. Le chef du Kremlin l'a évoqué : il souhaite avancer sur le projet d'union entre son pays et la Biélorussie. La Russie pousse depuis des années pour cette intégration économique et politique, mais Alexandre Loukanchenko s'y est toujours montré réticent. « Nous le faisons pas à pas, en tenant compte des intérêts de la Biélorussie et de la Russie. Nous avançons lentement, mais sûrement dans cette direction. Et ce travail apporte déjà des résultats concrets à nos citoyens », s'est réjoui Vladimir Poutine.

Poussé dans ses retranchements, de plus en plus isolés, le président biélorusse risque donc de devoir accepter les conditions posées par son hôte. Le bain de mer à Sotchi risque donc de coûter cher au président biélorusse.

« L'État biélorusse ne va pas disparaître », tempère Cyrille Bret, maître de conférence à Sciences Po Paris et chercheur associé à l'institut Jacques Delors. Cette « union renforcée » entre la Russie et la Biélorussie est « un serpent de mer basé sur des faits culturels, historiques, linguistiques et sur des intérêts communs entre les deux États et les deux régimes », poursuit-il.

Cyrille Bret voit surtout dans ce projet un « avertissement » de Vladimir Poutine à Alexandre Loukachenko. « La Biélorussie de Loukachenko développe une stratégie autonome qui bien souvent place la Russie dans une situation difficile, et notamment celle de légitimer a posteriori des opérations peu légitimables », observe le chercheur. Le message de Vladimir Poutine est donc clair : si Alexandre Loukachenko continue à placer la Russie devant le fait accompli, celle-ci redoublera d'efforts pour renforcer son contrôle sur l'État biélorusse.

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