Chypre: des élections législatives et la crainte d'une fragmentation politique

Lors des élections européennes du 26 mai 2019 à Nicosie (image d'illustration).
Lors des élections européennes du 26 mai 2019 à Nicosie (image d'illustration). REUTERS - YIANNIS KOURTOGLOU

Les électeurs chypriotes sont appelés aux urnes ce dimanche 30 mai pour élire leurs députés côté grec. Un scrutin qui se déroule après l’échec de la rencontre informelle sur la réunification de l’île tenue sous l’égide de l’ONU, à Genève, du 27 au 29 avril.

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Les élections législatives de ce dimanche 30 mai, au sud de l'île, côté grec, se déroulent dans un contexte de défiance de la société vis-à-vis du pouvoir, sur fond de pandémie de Covid-19, de scandales de corruption et d’échecs dans les négociations sur la division de l’île.

Le pays est divisé depuis l'invasion en 1974 de la partie nord par l'armée turque après un coup d'État visant à rattacher l'île à la Grèce. Depuis, l’île est divisée en deux : au nord, une République turque reconnue uniquement par Ankara, le reste du territoire étant peuplé de Chypriotes grecs et appartient à l’Union européenne.

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Quinze partis se présentent, un record, avec le risque d’obtenir un Parlement très fragmenté, si les quatre grands partis qui dominent la vie politique chypriote perdent du terrain, à commencer par le Rassemblement démocrate, le parti conservateur du président Níkos Anastasiádis.

« Si ces grands partis arrivent à maintenir leur domination à l’issue du scrutin, les petits partis vont peut-être engranger un député par ici, un député par là. Mais, ils ne pourront pas peser sur le gouvernement, analyse Gilles Bertrand, maître de conférences en sciences politiques au Centre Emile-Durkheim de Sciences Po Bordeaux. Si au contraire, le déclin des grands partis continue et si les deux plus faibles de ces grands partis, c’est-à-dire le parti Diko qui est un parti de centre-droit mais qui est très nationaliste, et le parti Edek, qui est un parti officiellement socialiste mais aussi très nationaliste, continuent leur déclin qui est quand même une tendance lourde depuis 1991, ça peut se faire au profit de petits partis. Et là, on se trouve avec une scène politique émiettée et une configuration à l’israélienne ou effectivement, le président est obligé de négocier avec plein de petits partis et de leur donner des gages avec des effets qui peuvent être plus ou moins dangereux. S’il donne beaucoup de gages à des petits partis qui font dans la surenchère nationaliste, ça éloigne encore plus la perspective de la réunification, ça risque de rendre le pays ingouvernable. »

« La configuration actuelle n’incite pas à l’optimisme »

Le scrutin a valeur de test avant les élections présidentielles prévues en 2023. Chypre ayant un régime présidentiel, c’est le chef de l’État qui mène les négociations. Mais la configuration du Parlement, élu à la proportionnelle, pourra aussi avoir un impact sur les négociations futures. 

« Suivant les partis qui arrivent en tête, on a quand même une idée de la marge de manœuvre dont doit pouvoir disposer le président pour négocier ou pas avec les Chypriotes turcs et la Turquie, explique Gilles Bertrand. Ceci étant, la configuration actuelle n’incite pas à l’optimisme, puisque du côté de la Turquie, même si le gouvernement turc a fait des gestes vis-à-vis de l’Égypte, de l’Europe, etc., parce qu’il n’a plus un allié de poids à la Maison Blanche avec le départ de Donald Trump, le gouvernement turc n’a pas vraiment d’incitation à négocier sur Chypre, comme on l’a vu à Genève il y a quelques semaines. Puisque le président Erdogan ne dispose pas de la majorité absolue au Parlement et qu'il doit donc compter sur un allié d’appoint, le MHP, et qu’en République turque de Chypre au Nord a été élu le dirigeant du parti nationaliste historique qui est un adversaire de la réunification. De toute façon, même s’il y avait une forte majorité au Parlement chypriote en faveur de la réunification, en face il n’y a personne pour leur tendre la main. »

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