Et si les liens d'argent entre industrie pharmaceutique et médecins étaient transparents ?

La plateforme EurosForDocs recense les liens d'intérêts entre médecins et laboratoires pharmaceutiques.
La plateforme EurosForDocs recense les liens d'intérêts entre médecins et laboratoires pharmaceutiques. Getty Images - sorbetto

« Euros for docs », « Des euros pour les médecins », c'est le nom de la plateforme européenne élargie à une dizaine de pays européens qui vise à rendre plus transparents les liens entre l'industrie pharmaceutique et les professionnels de santé. En pleine pandémie, le collectif à l'origine de ce projet milite pour l’accès aux informations et l'existence d'une loi sur la transparence à l'échelle européenne.

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Plus de 7 milliards d’euros, c'est le montant global dépensé en trois ans, de 2017 à 2019 par l’industrie pharmaceutique auprès des professionnels de santé dans onze pays européens. Le site Euros for Docs affiche en détail ces largesses que les laboratoires ont distribuées à tous les acteurs du corps médical, pour démonter la pertinence à utiliser leurs produits.

Des générosités qui se présentent rarement sous une forme pécuniaire directe, mais sont dispensées principalement en nature ou notes de frais pour les médecins. Des dépenses qui sont ensuite cataloguées par les services comptables des grandes firmes pharmaceutiques sous l’appellation de « transferts de valeur ».

Le site internet, ouvert à tous les internautes européens, compile une base de données permettant d’accéder aux informations de quatre registres publics et des données provenant d’initiatives de transparence qui ont été publiées par les industries de santé dans sept pays. 

La santé en Europe serait sous influence 

Les dispositifs de contrôle mis en place par les autorités sanitaires varient selon chaque pays de l’Union Les deux informaticiens Pierre-Alain Jachiet et Luc Martinon à l’origine de cette plateforme web et du collectif associatif Euros for Docs estiment pourtant que les chiffres parlent d’eux-mêmes  « Tout démontre que l’influence de l’industrie pharmaceutique sur les médecins, les institutions politiques et les processus de réglementation, est pernicieuse », nous précise Luc Martinon au micro de Lucile Gimberg. 

« Notre objectif est de rendre utilisables et lisibles sur une plateforme en ligne des données dites de « transparences ». La législation européenne recommande aux pays de l’UE de publier ce type d’informations. Quand elles existent nous les reprenons ou nous les complétons avec des données issues des déclarations volontaires des groupes pharmaceutiques, afin que des acteurs comme des journalistes et des universitaires puissent explorer ces renseignements et que la société civile fasse pression en exigeant une véritable transparence dans ce secteur de la santé.» En soit, les liens entre l’industrie pharmaceutique et le corps médical étaient déjà connus, rappelle Luc Martinon « comme des invitations tous frais payés à des congrès, des contrats de consulting, des frais de voyages et parfois plus rarement des cadeaux. L’objectif des entreprises pharmaceutiques est d’acheter en quelque sorte la loyauté  des médecins, avec une manière de faire assez insidieuse pour que les professionnels de santé ne se sentent pas corrompus. Évidemment, toutes les sommes qui figurent sur notre site ne sont pas pour autant des preuves de conflits d’intérêts, mais elles permettent aux internautes de le vérifier plus facilement», détaille Luc Martinon, l’un des deux initiateurs du projet Eurosfordocs.eu.

À qui profite le crime ?

La Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (Efpia) affirme que cette « collaboration de l’industrie avec les professionnels de la santé profite aux patients ». Mais de multiples études universitaires et des enquêtes journalistiques contredisent cet argumentaire.

Les conflits d’intérêts dans le secteur de la santé peuvent avoir un impact direct sur la qualité des soins prodigués par les thérapeutes, comme le démontre les crises sanitaires majeures qu’ont provoquées les médicaments Levothyrox et Médiator. Ces liens d’argent discrets et méconnus du grand public qui unissent les grands laboratoires avec le monde médical seraient, en définitive, nuisibles à notre santé.

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