Hongrie: «Rue du Dalaï Lama», la riposte du maire de Budapest au campus chinois d’Orban

La maire du IXe district de Budapest, Krisztina Baranyi, fait la visite du futur site du campus de l'université chinoise de Fudan (Shanghai), le 23 avril 2021.
La maire du IXe district de Budapest, Krisztina Baranyi, fait la visite du futur site du campus de l'université chinoise de Fudan (Shanghai), le 23 avril 2021. AFP - ATTILA KISBENEDEK

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, ne cesse de se rapprocher de la Chine. La Hongrie a acheté des millions de doses du vaccin chinois, sans attendre le feu vert de l’Agence européenne du médicament. Le gouvernement a confié à la Chine la construction d’une ligne de train entre Budapest et Belgrade. Et voilà que Viktor Orban invite la prestigieuse université Fudan de Shanghai à ouvrir son premier campus européen à Budapest. L’affaire inquiète Washington et suscite un vif débat en Hongrie.

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De notre correspondante à Budapest,

Si Viktor Orban fait les yeux doux à la Chine, c'est d'abord pour des raisons politiques. Rappelons que son gouvernement a chassé du pays une université américaine fondée par George Soros, le philanthrope d’origine hongroise. Viktor Orban ne supportait plus cette université progressiste, qui était devenue l’un des derniers lieux de débat et de démocratie en Hongrie.

Une université américaine qui s’en va, une université chinoise qui arrive. Viktor Orban montre clairement où va sa préférence. Il entretient d’excellentes relations avec des dirigeants autoritaires : Vladimir Poutine, Erdogan et Xi Jinping. D’ailleurs, le chef du gouvernement hongrois a récemment usé de son droit de veto pour bloquer des déclarations critiques de l’Europe sur la Chine.

L'accueil de l'université chinoise à Budapest a aussi des motifs stratégiques. Fudan fait partie des 100 premières universités mondiales. Selon le gouvernement hongrois, c’est un atout pour Budapest qui en fera un pôle d’attraction international. 

1,5 milliard d'euros empruntés à la Chine

Cependant, ce projet est loin de faire l’unanimité. L’opposition est vent debout et la majorité des habitants de Budapest ne sont pas d’accord. Car les conditions de cette future implantation chinoise soulèvent beaucoup de questions. C’est l’État hongrois qui va financer le gros du projet. D’abord, en donnant un terrain de 50 hectares, au bord du Danube. Autrement dit, un terrain qui vaut de l’or.

Pour financer la construction du campus, la Hongrie va emprunter de l’argent à la Chine : environ 1,5 milliard d’euros. Selon des documents internes obtenus par un journal d'investigation, il n’y aura pas d’appel d’offres : les travaux seront confiés à une entreprise chinoise qui utilisera essentiellement des matériaux et une main-d'œuvre venus de Chine.

Tous les partis d’opposition dénoncent ce projet. Pour le maire de Budapest, pas question d’accepter une université dont la charte dit que les étudiants doivent faire allégeance au Parti communiste. Pas question non plus que le contribuable hongrois règle la note d’une université privée ! Tellement chère, de surcroît, qu’elle sera inabordable pour les Hongrois. 

« Rue du Dalaï Lama »

Le maire de Budapest et l’opposition ont-ils les moyens de contrer ce projet ? Pas vraiment. Le maire a seulement les moyens de protester et c’est ce qu’il a fait : il a rebaptisé les rues qui mènent au futur campus. Elles s’appellent désormais « Rue du Dalaï Lama », « Rue des martyrs ouïghours », et « Rue de Hong Kong libre ». Une action qualifiée de « provocation » par le parti d’Orban.

Les élus locaux d’opposition, eux, ont lancé une consultation populaire pour recueillir l’avis des Budapestois. Pas sûr que cette consultation symbolique fasse échouer le plan de Viktor Orban. 

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