Dans les rues de Belgrade, des milliers de caméras fournies par la Chine observent les Serbes

Dans un café de Belgrade. (Image d'illustration)
Dans un café de Belgrade. (Image d'illustration) AP - Darko Vojinovic

Le projet s'appelle « ville sûre » et inquiète les Européens. La ville de Belgrade se dote de plus en plus de caméras de surveillance haute technologie, équipées d'une technologie de reconnaissance faciale fournie par la Chine. Il s'agit de la seule ville du continent européen à s'être dotée de ce système.

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De notre correspondant à Belgrade

Le gouvernement serbe développe activement le projet « ville sûre » à Belgrade, ce qui comprend la pose à un rythme effréné de caméras de surveillance absolument partout en ville. Les caméras, fournies par le constructeur chinois Huawei, sont équipées d'une technologie de reconnaissance faciale, un système permettant de reconnaître une personne, déjà largement installée en Chine où il est utilisé pour assurer un contrôle social de la population.

La situation inquiète le Parlement européen, comme l'a expliqué récemment la députée européenne française Gwendoline Delbos-Corfield, qui affirme par ailleurs que des techniciens chinois travaillent dans l'administration serbe pour faire fonctionner ce réseau de surveillance, dont une partie aurait même été fournie gratuitement par la Chine, dans le cadre de son projet des « nouvelles routes numériques de la soie ».

Inquiétude des ONG de défense des droits numériques

Tout débute en 2019, quand des caméras ont commencé à fleurir aux principaux carrefours de la ville. Aujourd'hui, 1 000 caméras ont été répertoriées par l'ONG Share, qui documente les infractions aux droits numériques des citoyens.

Pour son président, Danilo Krivokapic, la situation est injustifiable. Belgrade est déjà une ville sûre et la pose de caméras de surveillance est inutile. Surtout, la loi en Serbie n'encadre pas la reconnaissance faciale numérique, laissant le champ libre à toutes les dérives.

Surveillance de masse en cours

Aujourd'hui, les autorités affirment que ce logiciel de reconnaissance faciale n'est pas utilisé par la police, même si elles en reconnaissent l'existence. Mais aucun détail supplémentaire ne filtre, le gouvernement fait la sourde oreille et il n'y a aucun débat public sur la question. Surtout, Share aurait obtenu l'information que 6 000 caméras supplémentaires doivent être installées, alors que le médiateur de la République a, lui aussi, tiré la sonnette d'alarme, sans susciter aucune réaction du ministère de l'Intérieur ni du gouvernement.

► Pour en savoir plus, le site Des milliers de caméras

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