Irlande du Nord: refus unanime du projet d'arrêter les poursuites liées à la guerre civile

Passantes devant des peintures murales évoquant la guerre en Irlande du Nord, sur Falls road, dans l'ouest de Belfast.
Passantes devant des peintures murales évoquant la guerre en Irlande du Nord, sur Falls road, dans l'ouest de Belfast. Paul Faith / AFP

Selon un projet de loi, le gouvernement britannique souhaite clore toute possibilité d’enquêter sur des crimes commis pendant les Troubles en Irlande du Nord – la guerre civile entre catholiques républicains et protestants unionistes qui s’est achevée en 1998.

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Avec notre envoyée spéciale à Belfast, Émeline Vin

Le gouvernement britannique a présenté mercredi au Parlement son projet controversé de mettre un terme à toutes les poursuites liées au conflit nord-irlandais. Les enquêtes encore ouvertes, qui accusent principalement l’armée, pourraient donc être classées. La police nord-irlandaise enquête sur « près de 1 200 affaires, ce qui n'est qu'une fraction des 3 500 décès » survenus pendant les trois décennies des Troubles, a fait valoir le ministre de l'Irlande du Nord Brandon Lewis au Parlement.

En Irlande du Nord, c’est extrêmement rare, tous les partis s’opposent à ce projet. Devant le Parlement irlandais, le Premier ministre Micheal Martin a répété son opposition au texte britannique, annoncé de longue date. « Je ne crois pas à une amnistie générale pour ceux qui ont commis des meurtres, qu'il s'agisse d'acteurs étatiques ou qu'ils soient impliqués dans des organisations terroristes ou illégales », a déclaré le chef du gouvernement irlandais à Dublin.

Du côté du Sinn Fein, le parti républicain de gauche, la présidente Mary Lou McDonald a dénoncé une « insulte aux victimes et aux familles » et « une action unilatérale du gouvernement britannique ». Même colère pour le député unioniste nord-irlandais Jim Shannon (DUP), qui a dénoncé une « amnistie pour les terroristes meurtriers ».

« C’est un scandale »

La population aussi est vent debout contre ce projet. Le frère de Rita Bonner a été abattu par l’armée en 1971 et reconnu innocent en mai dernier seulement. Sans justice, impossible d’aller de l’avant, estime la sexagénaire : « J’ai défendu mon frère jusqu’à m’en rendre malade. Je peux enfin être tranquille en me disant : "le monde sait qu’il est innocent". Mais vous savez pourquoi ça nous a pris 50 ans ? Parce que le gouvernement britannique a tout fait pour nous bloquer. Et il y a encore plein de familles qui attendent. C’est un scandale. »

« Ce sont des hypocrites. Ils font des leçons aux autres pays sur les droits humains… Mais ils n’ont pas besoin d’aller chercher des problèmes de droits humains ailleurs, vu ce qu’ils ont fait aux Irlandais. Cela ne nous surprend pas », estime Carol Mulholland. Profondément républicaine, cette Belfastoise ne décolère pas contre le gouvernement de Boris Johnson.

Du côté loyaliste, pro-britannique de la ville, Shane, comprend mais ne cautionne pas. « Il n’y a pas de solution miracle. Ça fait 40 ans… Il faut passer à autre chose. Mais le gouvernement britannique doit répondre de ses actes. Par contre, les soldats ne devraient pas être poursuivis. Ils ne faisaient que leur travail », estime-t-il.

« Nous savons que la fin des poursuites sera difficile pour certains à accepter », a déclaré Brandon Lewis, mais c'est « la meilleure solution pour aider l'Irlande du Nord à avancer sur la voie de la réconciliation ». Une réconciliation difficile, car le conflit refait régulièrement surface dans l'actualité nord-irlandaise.

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