Irlande du Nord: Londres veut renégocier les mesures post-Brexit

David Frost, le ministre du Brexit au Royaume-Uni, demande à l’UE de renégocier l’accord signé en 2019.
David Frost, le ministre du Brexit au Royaume-Uni, demande à l’UE de renégocier l’accord signé en 2019. AFP/Archivos

Un statu quo pour l’Irlande du Nord. Ce mercredi 21 juillet, David Frost, le ministre du Brexit au Royaume-Uni, a pris la parole à la Chambre des Lords. Il demande à l’UE de renégocier l’accord signé en 2019. Ce point a pris une place primordiale dans le traité du Brexit. 

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« Nous ne pouvons pas continuer comme ça ». Lord David Frost veut prolonger la période de grâce sur le protocole nord-irlandais. C’est-à-dire mettre encore sur pause les contrôles douaniers entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, rapporte notre correspondante à Londres, Marie Boëda. L’objectif est d’autoriser toutes les marchandises en provenance du Royaume-Uni à arriver sans encombres en Irlande du Nord. Le ministre du Brexit souhaite aussi supprimer l’implication des institutions européennes dans le contrôle de ce protocole. Autrement dit, reprendre complètement la main et balayer cette partie de l’accord du Brexit. 

« My Lord, a-t-il dit, les difficultés que nous rencontrons dans l'application du protocole sur l'Irlande du Nord sont désormais le principal obstacle à la construction d'une relation avec l'UE. »

Ceux qui étaient les pro-Brexit s'opposent à ce protocole parce qu'il crée une situation compliquée pour le Royaume-Uni...

Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à l’université Sorbonne Nouvelle

La menace de l’article 16

En début d’année, des tensions ont éclaté, car Belfast ne recevait plus les marchandises habituelles en transit en Grande-Bretagne. On a parlé de la guerre des saucisses, car les Nord-Irlandais n’avaient plus accès à certaines denrées. Ce blocage met en péril l’accord du Vendredi saint, le traité de paix entre les deux Irlande.

Si aucun compromis n’est trouvé, le Royaume-Uni menace d’utiliser l’article 16 qui permet de suspendre un accord dans des circonstances extrêmes. Nous y sommes sûrement bientôt.

► À lire aussi : Irlande du Nord: une fête unioniste du 12 juillet sous tension après le Brexit

Bruxelles exclut toute renégociation 

La Commission européenne a exclu mercredi toute « renégociation » du protocole conclu avec le Royaume-Uni sur les dispositions douanières post-Brexit en Irlande du Nord, selon un communiqué du vice-président de l'exécutif européen Maros Sefcovic.

Comme on est au début d'une négociation, il y a toujours une prise de position qui est peut-être un peu radicale de la part de de l'UE...

Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à l’université Sorbonne Nouvelle

Le bloc européen est prêt à poursuivre le dialogue et à « trouver des solutions innovantes » avec Londres, mais « dans le cadre du protocole », « nous n'accepterons pas une renégociation du protocole », indique Maros Sefcovic, rappelant que ces mesures âprement négociées avaient été ratifiées par le Parlement britannique.

Les deux camps restent sur leur position. Quelques heures après la demande du gouvernement britannique, la Commission européenne a déjà répondu par un « non » ferme. 


♦ L'initiative britannique divise en Irlande du Nord

Dans la province britannique d'Irlande du Nord, l'initiative ne fait pas l'unanimité, rapporte notre correspondante à Dublin, Emeline Vin. Comme toujours en Irlande du Nord, les réactions se divisent entre les unionistes et les nationalistes.

Les nationalistes, pro-irlandais, ne se montrent guère enthousiastes : s’ils admettent que le protocole pose des problèmes d’approvisionnements, ils ne voient pas d’alternative puisqu’il faut une frontière, Londres ne voulant pas s’aligner sur les règlementations européennes, et qu’elle ne peut pas se trouver entre les deux Irlande.

Le Sinn Féin parle d’une volonté de réécrire l’histoire et de piétiner les lois internationales de la part du gouvernement, les sociaux-démocrates accusent le gouvernement de mauvaise foi.

Beaucoup plus d’engouement côté unioniste, ceux qui sont attachés à l’identité britannique. Le Democratic Unionist Party, premier parti d’Irlande du Nord, a soutenu l’initiative britannique. « Il nous faut une renégociation, a déclaré le chef de la formation, Jeffrey Donaldson. Le gouvernement admet enfin, tacitement, que ce protocole ne fonctionne pas ». Le protocole est vécu comme une entaille à l’unité du Royaume. Le DUP et les autres formations unionistes espèrent désormais le début d’une conversation constructive avec l’Union européenne.

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