Pologne: la chaîne d’information en continu TVN24 dans le viseur du gouvernement

Studio de la chaîne d'information en continu TVN24 à Varsovie, en Pologne.
Studio de la chaîne d'information en continu TVN24 à Varsovie, en Pologne. REUTERS - JAKUB STEZYCKI

En Pologne, près de 400 journalistes ont signé un appel pour défendre l’indépendance de la chaîne de télévision privée TVN24. La première chaîne d’information du pays, propriété du groupe américain Discovery, est menacée par le gouvernement conservateur. Le gouvernement est accusé de vouloir mettre la main sur les médias indépendants du pays, jugés trop critiques.

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De notre correspondante à Varsovie

La menace qui pèse sur la chaîne de télévision TVN24 a pris la forme d’un amendement déposé par le parti Droit et justice, le parti ultra-conservateur au pouvoir en Pologne. Cet amendement veut empêcher les entreprises étrangères – hors espace économique européen – de pouvoir être l’actionnaire majoritaire des médias polonais. Le changement, vise directement la chaîne TVN24, qui est détenue par le groupe américain Discovery.

L’amendement devrait être discuté au Parlement cet été. Et en attendant, le renouvellement de la licence de TVN24 est toujours bloqué, cela fait plusieurs mois que la chaîne attend ce renouvellement. Or, leur licence actuelle se termine à la fin du mois de septembre.

Principale chaîne d’information en continu

Le gouvernement veut mettre la main sur TVN24 parce que c’est la principale chaîne d’information en continu du pays. Elle est dans le collimateur du parti Droit et justice depuis plusieurs années, car le gouvernement la juge bien trop critique à son égard.

En 2017, le Conseil de l’audiovisuel lui avait d’ailleurs imposé une lourde amende pour avoir couvert des manifestations de l’opposition, avant que celle-ci ne soit finalement révoquée devant les critiques. Cette fois aussi, les menaces contre TVN24 ont fait réagir, parmi l’opposition d’abord, parmi aussi la coalition au pouvoir qui est divisée sur le sujet. Et puis cela est surveillé de près et avec inquiétude par les États-Unis.

► À écouter aussi : Pologne : la «repolonisation» des médias

Cet amendement proposé par le parti Droit et justice s’inscrit dans la politique de « repolonisation » des médias du gouvernement, une politique qui peut se résumer à cette formule : « Les médias en Pologne doivent être polonais ». Ce sont en tout cas les mots de l’homme fort du pays, Jaroslaw Kaczynski, à la tête du parti Droit et Justice. Car les médias aux actionnaires étrangers sont accusés d’avoir une ligne éditoriale biaisée, voire antigouvernementale.

« Imaginez une situation où un média en Pologne serait racheté par un groupe chinois ou russe. Est-ce que nous ne voudrions pas dire non, en tant que citoyens ? », a défendu ce mois-ci le Premier ministre du pays. Pour les défenseurs de la liberté de la presse, il s’agit ni plus, ni moins pour le pouvoir de prendre le contrôle des médias, comme le parti Droit et Justice l’a fait pour la télévision publique polonaise, qui est désormais devenue une chaîne de propagande.

En Pologne, la liberté de la presse a chuté de la 18e à la 64e place en quelques années.

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