Immigration: Michel Barnier choque l’UE en voulant s’affranchir de la justice européenne

Lors des journées LR à Nîmes le 9 septembre, Michel Barnier a estimé qu’il faudrait que la France retrouve sa souveraineté juridique face à la Cour de justice de l’UE et face à la Cour européenne des droits de l’homme sur la question de l'immigration.
Lors des journées LR à Nîmes le 9 septembre, Michel Barnier a estimé qu’il faudrait que la France retrouve sa souveraineté juridique face à la Cour de justice de l’UE et face à la Cour européenne des droits de l’homme sur la question de l'immigration. Olivier Hoslet Pool/AFP

L'ancien négociateur du Brexit pour les 27 semble s’être mis à dos ses anciens amis européens avec ses propos sur les règles européennes concernant l’immigration. Lors des journées du parti Les Républicains à Nîmes le 9 septembre, Michel Barnier a estimé qu’il faudrait que la France retrouve sa souveraineté juridique face à la Cour de justice de l’UE (CJUE) et face à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

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Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet

Cette position concerne la question de l’immigration dont Michel Barnier a fait son cheval de bataille dans la course à la candidature de droite pour l’élection présidentielle de 2022. La proposition a beau être vue par les Européens comme une posture politique, exclusivement à destination de l’opinion française, elle est vécue comme une quasi-trahison dans les milieux européens.

Après deux mandats de commissaire, après avoir mené avec efficacité les négociations du Brexit, Michel Barnier tourne le dos à l’Union pour certains Européens et ses propos continuent à faire des remous à Bruxelles.

Ignorer la primauté du droit européen

La Commission européenne a été particulièrement heurtée par les propos de son ancien commissaire puisqu’elle se fend d’une mise au point sans concession. D’une part, la Cour européenne des droits de l’homme représente le fondement des valeurs de l’Europe et la protection des droits fondamentaux. D’autre part et surtout, les politiques de migration et d’asile sont soumises en partie à la juridiction de la Cour de justice de l’UE.

Le message est clair : il y a primauté du droit européen, ce qui est le fondement même de l’Union. Michel Barnier remet donc en question l’UE comme le fait actuellement la Pologne au sujet de l’indépendance des juges.

Des réactions sévères à l’encontre de Michel Barnier

Et comme si cela ne suffisait pas, les réactions officieuses sont encore plus sévères dans les couloirs des institutions de l’Union. Certains se disent presque sur la même ligne que le brexiteur Nigel Farage quand il traite Michel Barnier d’hypocrite. Comment peut-il avoir passé quatre ans à exiger des Britanniques qu’ils reconnaissent la Cour de justice de l’UE comme dernier recours pour ensuite proposer aux Français de suspendre certains effets des décisions de cette même Cour de justice quand elles concernent l’immigration ?

Avec ce simple message de quelques lignes, Michel Barnier aura réussi à mettre à mal ses lettres de créance européennes.

► À écouter: Va-t-on vers une Europe à deux vitesses ?

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