Russie: la pression s'accroît sur les géants du numérique à la veille des législatives

Les salariés de Google à Moscou ont reçu la visite d'huissiers.
Les salariés de Google à Moscou ont reçu la visite d'huissiers. REUTERS - DADO RUVIC

Les bureaux de vote ouvriront vendredi 17 septembre en Russie pour trois jours d'élections législatives. Un scrutin où quasiment aucun candidat de l’opposition ne peut se présenter, et pourtant le pouvoir continue de vouloir verrouiller toute possible expression contestataire. Sa cible depuis des mois, et singulièrement en cette rentrée : tout ce qui permet d’accéder au « vote intelligent » prôné par l’opposant incarcéré Alexeï Navalny.

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De notre correspondante à Moscou,

Des huissiers ont débarqué mardi dans les bureaux de Google à Moscou. Leur message ? L’entreprise est mise en demeure de se conformer à une décision de justice du 3 septembre dernier : rendre impossible toute recherche sur son moteur avec ces deux mots-clés : « vote » et « intelligent ».

Le « vote intelligent », c’est la formule trouvée par l’équipe de l’opposant Alexeï Navalny pour mettre le pouvoir en difficulté : indiquer aux électeurs qui est le candidat le mieux placé, quelle que soit son étiquette, pour battre celui du pouvoir. La technique a rencontré des succès locaux aux dernières élections locales de 2019, notamment dans la capitale russe.

La société Yandex, dont le moteur de recherche est très utilisé, s’est déjà exécutée, même si elle a annoncé qu’elle allait faire appel de la décision. Mais Google non ; Google qui de surcroit en général ne paie pas les amendes que lui infligent les tribunaux russes : sur une ardoise de 32,5 millions de roubles, soit presque 400 000 euros, l'entreprise américaine n'en a jusqu'ici réglé qu’environ 10%.

Comme Apple, Google est également dans le collimateur des autorités russes pour son refus de supprimer cette fois l’application développée par Navalny afin d'accéder aux recommandations sur le « vote intelligent ». Les autorités agitent la menace de poursuites pénales. Il y a quelques jours, l'ambassadeur des États-Unis avait été convoqué sur ce sujet, et Washington accusé d’interférer par ce biais dans les élections.

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Autre volet de l’offensive : le gendarme de l’internet russe cherche à bloquer tout VPN. Roskomnadzor a annoncé en avoir bloqué six au début du mois, même si certains restent encore accessibles.

D’autres géants du Net sont régulièrement devant les tribunaux. Mardi encore, Facebook et Twitter se sont vu infliger respectivement 21 millions et 5 millions de roubles d'amendes, soit 245 000 et 58 200 euros, par un tribunal moscovite. La messagerie Telegram, fondée par le Russe Pavel Dourov, qui vit à l'étranger, a pour sa part été condamnée à 9 millions de roubles d'amende (105 000 euros).

Les Américains Facebook, Twitter et Google sont régulièrement accusés de modération défaillante des contenus, notamment des contenus à caractère politique, et ils ont été mis en cause directement par le président Vladimir Poutine. Au gré des affaires, Moscou leur reproche d'avoir laissé en ligne des contenus faisant l'apologie de drogues ou du suicide, de ne pas avoir supprimé des publications appelant à manifester en faveur de l'opposition, ou encore de ne pas stocker en Russie les données de leurs utilisateurs russes.

Comme un pied de nez, les équipes de Navalny ont rendu publics leurs conseils mercredi : pour bloquer le parti au pouvoir, elles conseillent le plus souvent de voter communiste. Dans Moscou, ont été recommandé onze candidats de ce parti dans quinze des districts.

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