Sous-marins: Paris annule une rencontre entre les ministres de la Défense français et anglais

La ministre des Armées Florence Parly et le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian à la sortie de l'Elysée en 2020.
La ministre des Armées Florence Parly et le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian à la sortie de l'Elysée en 2020. AFP - GONZALO FUENTES

Une rencontre prévue cette semaine entre la ministre française des Armées Florence Parly et son homologue britannique Ben Wallace a été annulée à la demande de Paris, a appris l'AFP dimanche auprès d'une source au ministère français.

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La décision de la France intervient en pleine crise avec les États-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni, qui ont annoncé mercredi un partenariat stratégique pour contrer la Chine, Aukus, incluant la fourniture de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra, et qui a sorti de fait les Français du jeu.

La France avait signé en 2016 un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros) pour la fourniture à l'Australie de 12 sous-marins à propulsion diesel, souvent qualifié de « contrat du siècle » en raison de son ampleur et de sa portée stratégique.

À Londres, une source au ministère de la Défense a assuré ne pouvoir ni infirmer, ni confirmer cette annulation. « Le Royaume-Uni demeure en conversation avec son homologue français sur ces rencontres. Nous continuons d'avoir une relation de défense étroite et fructueuse avec la France qui demeure un allié de confiance », a-t-elle précisé.

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Le dossier des sous-marins a provoqué un séisme diplomatique sans précédent entre la France et ses trois autres alliés. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian avait évoqué samedi une « crise grave », dénonçant un « mensonge (...), une duplicité (...), une rupture majeure de confiance » et un « mépris » de la part de ces trois pays à l'égard de Paris.

L'Otan de nouveau plongé dans la perplexité

Pendant ce temps-là à Bruxelles, l’Union européenne et l’Otan assistent avec préoccupation à la montée des tensions entre la France et les trois nouveaux alliés de l’Aukus. Déjà secoués par la débâcle de l’évacuation précipitée de Kaboul, les pays de l’Otan sont de nouveau plongés dans la perplexité suite au rappel des ambassadeurs de France de Canberra et surtout de Washington.

Les appels de plusieurs politiciens français à quitter l’Otan ou au moins son commandement intégré sont vus pour l’instant par les alliés comme un épiphénomène de la campagne pour l’élection présidentielle française mais les alliés sont à nouveau dans le doute quant à la solidité de l’Alliance atlantique, rapporte notre correspondant à Bruxelles,Pierre Benazet.

Il y a deux ans Emmanuel Macron avait jugé l’Alliance en état de mort cérébrale et ces propos refont surface alors qu’aux yeux des alliés, le départ de Donald Trump semblait avoir entretemps résolu les préoccupations françaises. L’Otan se voit obligée de se trouver une nouvelle raison d’être depuis la débâcle afghane qui a aussi montré selon certains que l’arrivée de Joe Biden ne signifie pas pour autant qu’il existe une nouvelle lune de miel transatlantique.

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Pour certains, la crise de confiance actuelle entre la France et les États-Unis pourrait surtout en venir à priver l’Otan d’un peu de sa substance, si la France choisit de mettre tout son poids dans l’accélération des efforts de défense commune de l’Union européenne. D’autant plus que Josep Borrell le chef de la diplomatie de l’UE voit dans l’alliance des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie comme une invitation à construire l’autonomie stratégique de l’Union européenne.

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