Reportage

Législatives en Allemagne: les réfugiés de 2015 vont regretter «Mama Merkel»

Trois amis anciens réfugiés syriens à Cologne : Salah Hajji Mustafa et Mohammed Alikaj montrent leur nouveau passeport allemand, aux côtés de Sami Alkurdi (à gauche), le 23 septembre 2021.
Trois amis anciens réfugiés syriens à Cologne : Salah Hajji Mustafa et Mohammed Alikaj montrent leur nouveau passeport allemand, aux côtés de Sami Alkurdi (à gauche), le 23 septembre 2021. © Anastasia Becchio / RFI

Les Allemands votent ce dimanche 26 septembre pour élire leur nouveau Parlement. Cette élection marquera la fin de l’ère Merkel. La chancelière prendra sa retraite après 16 ans à la tête du pays. Angela Merkel restera dans les mémoires, entre autres, comme celle qui a ouvert les portes de l’Allemagne à plus de 800 000 réfugiés syriens qui ont fui leur pays en guerre en 2015. Parmi les réfugiés en âge de travailler, plus d’un sur deux a aujourd’hui un emploi et certains rêvent de devenir des citoyens à part entière. 

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De notre envoyée spéciale à Cologne, 

Un appartement clair et moderne avec balcon, dans une banlieue verdoyante de Cologne : c’est là que vit Sami Alkurdi, 29 ans. Comme des centaines de milliers d’autres Syriens, il est arrivé en Allemagne via la Turquie et la route des Balkans. Originaire d’Alep, le jeune homme, qui avait débuté ses études de pharmacie au Moyen-Orient, a pu les terminer en Allemagne. Aide sociale, formation professionnelle, cours de langues : le gouvernement Merkel a investi des milliards d’euros dans l’accueil et l’intégration de ces nouveaux arrivants (22 milliards d’euros, soit 6% de son budget en 2019).

Sami a pu recevoir une formation au sein du groupe Bayer à Leverkusen. Même s’il raconte être passé par des phases de découragement, il considère désormais l’Allemagne comme sa patrie et attend sa naturalisation, prévue d’ici la fin de l’année.

Aujourd’hui, il travaille dans une officine de Cologne et se dit « fan » d’Angela Merkel : « c’était un grand défi d’accueillir autant de réfugiés, elle s’est comportée de façon très humaine. Elle a fait preuve d’empathie. En tant que femme politique, elle est aussi très neutre et très sûre d’elle. Je trouve dommage qu’elle parte. »

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« Plus allemand que les Allemands »

Le départ de « Mama Merkel », comme la surnomment beaucoup de réfugiés, inquiète aussi Mohammed Alikaj, 28 ans : « Elle a surmonté beaucoup de crises : la crise économique, la crise des réfugiés et maintenant celle du Covid. Tout cela, montre que c’est une femme puissante. Je ne sais pas si on pourra retrouver une figure politique aussi forte dans l’UE ou dans le monde, après ces 16 années de pouvoir d’Angela Merkel. » 

Arrivé d’Alep, avec une partie de sa famille en 2015, Mohammed maitrise parfaitement la langue de Goethe et se considère parfois « plus allemand que les Allemands ». C’est pourtant à l’étude de la littérature française que le jeune homme avait prévu de se consacrer, mais la guerre a perturbé ses plans.

Aujourd’hui, il jongle entre mini-jobs dans le secteur social et ses études à l’université. Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, parmi les réfugiés en âge de travailler, plus d’un sur deux ont désormais un emploi. Il s’agit, en général, des personnes les plus jeunes et les plus qualifiées de leur pays d’origine.

Patrie de cœur

Si Salah Hajji Mustafa, 36 ans, revient dans le quartier populaire de Kalk, dans l’est de Cologne, c’est pour y déguster la cuisine kurde au restaurant, avec son ami Mohammed. Son aventure allemande a débuté ici, dans une petite chambre de l’hôtel Arena, transformé en logement pour réfugiés, qu’il a dû partager avec un autre compatriote après avoir été emprisonné 6 mois en Bulgarie. Un souvenir douloureux, bien loin de la vie qu’il mène aujourd’hui.

Intégré, maitrisant bien l’Allemand, il poursuit des études tout en travaillant dans une organisation d’aide aux migrants. « L’Allemagne est aujourd’hui une terre d’accueil, associée à Angela Merkel. Elle a beaucoup changé l’image de son pays ».

Salah considère désormais l’Allemagne que comme son « Heimatland », sa patrie de cœur. « C’est le lieu où je me sens chez moi, là où je peux être moi-même, là où je peux me réaliser, sans avoir à me battre constamment pour faire valoir mes droits ».

« Ma voix va réellement être comptabilisée »

L’Institut allemand pour la recherche démographique (BIB) et l’Office fédéral pour la migration et les réfugiés (BAMF) ont mené une vaste étude auprès des réfugiés syriens. L’enquête s’est notamment penchée sur leur niveau d’intégration et d’adaptation. Conclusion : une majorité des Syriens se disent « satisfaits ou très satisfaits » de leur vie en Allemagne.

Salah et Mohammed portent sur eux leur passeport allemand flambant neuf : un sésame qui leur permettra d’aller voter ce dimanche. « Je suis heureux d’avoir été naturalisé parce que je vais pouvoir participer au débat démocratique. C’est la première fois de ma vie que je me sens bien, parce que je peux voter dans un système démocratique, que ma voix va réellement être comptabilisée et non jetée à la poubelle, comme cela a été le cas en Syrie », explique Salah.

Sami, lui devra encore patienter un peu pour pouvoir participer, comme il l’espère, à la vie politique de son nouveau pays.

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