Législatives en Allemagne: les électeurs au rendez-vous pour un scrutin à suspense

Les électeurs attendent pour voter dans le quartier berlinois de Moabit, le 26 septembre 2021.
Les électeurs attendent pour voter dans le quartier berlinois de Moabit, le 26 septembre 2021. AP - Michael Probst

En Allemagne, quelque 60,4 millions d'électeurs ont jusqu'à 18h (16h TU) ce dimanche pour élire leurs députés. Le taux de participation à ce vote qui marque la fin de l'ère Merkel s'annonce élevé. 

Publicité

Devant le bureau de vote installé dans le quartier populaire d’Hellersdorf, à l'extrême est de Berlin, Andreas Krupper et son épouse ont fait 45 minutes de queue pour voter. Ils comptent donner leur voix au parti d’extrême droite AfD. Ce couple qui vit des minima sociaux est surtout inquiet de voir encore l’électricité et l’essence augmenter pour payer la transition énergétique. « Avec tous ces prélèvements, ces taxes pour l’environnement, le prix de l’essence augmente, l’électricité est plus chère et le gaz aussi. Tout augmente, sauf les salaires », se plaignent-ils au micro de notre envoyée spéciale Anastasia Becchio.

Un jeune couple avec une poussette sort du bureau de vote. Tous deux âgés de 21 ans, ils ont voté SPD, séduits par la promesse des sociaux-démocrates d’augmenter le salaire minimum. « Au bout d’un moment, ceux qui sont payés au Smic n’ont plus envie de travailler, parce qu’ils gagnent trop peu », croit savoir la jeune femme. « Nous avons un appartement de deux pièces et on a du mal à payer le loyer. On paye 600 euros, mais il a encore été augmenté de 30 euros. Or avec un Smic, ça n’est pas possible de payer cette somme », renchérit son compagnon. Lui vote pour la première fois. Mais il jure qu'on ne l'y reprendra plus si le SPD remporte la chancellerie sans tenir ses promesses.

À lire aussi : Législatives en Allemagne: l'ère Merkel se referme sur un scrutin particulièrement indécis

À quelques kilomètres de là, dans le très branché quartier de Kreuzberg, les mêmes files d'attente s'étirent devant les bureaux de vote. Covid oblige, chacun garde ses distances. Malgré l'impatience de certains. Les électeurs votent à la fois pour renouveler le Parlement fédéral, celui du land de Berlin et pour leur district. « C'est exceptionnel cette année. Tout change. On vote pour tout », explique Julie Sanberg à notre envoyée spéciale Oriane Verdier.  

Cette Franco-Allemande va voter pour les Verts, même si elle sait qu'ils pourraient être amenés à faire alliance avec ceux qu'elle rejette, à savoir les conservateurs et les libéraux. Thomas lui garde son vote secret. « C'est un grand moment, s'exclame-t-il. Beaucoup de choses ont changé ici ces dernières années : la gentrification des quartiers, les restrictions liées au Covid... Et tout est possible aujourd'hui. Je serais incapable de vous dire qui va gagner cette élection. Il n'y a pas de grand parti favori, je n'ai aucune idée des résultats. »

Nouvelle bourde d'Armin Laschet

D'ultimes sondages donnaient les sociaux-démocrates du SPD légèrement favoris, avec 25% des intentions de vote, contre 22 à 23% pour la CDU/CSU. Un score historiquement bas, en partie expliqué par la faible popularité d'Armin Laschet. Le candidat conservateur a voté en fin de matinée à Aix-la-Chapelle, sans dissimuler son bulletin de vote face aux caméras comme le stipule pourtant le code électoral. Cette bourde pourrait causer l'invalidation de son vote. « Chaque vote compte », avait-il pourtant lancé quelque temps auparavant, car il en va de « l'orientation de l'Allemagne pour les prochaines années ».

Son principal rival, le social-démocrate Olaf Scholz, qui votait à Potsdam non loin de Berlin, a voulu voir dans le temps resplendissant « un bon signe » pour le centre gauche, artisan depuis l'été d'une remontée inattendue. Dans cette même circonscription, la candidate des Verts, Annalena Baerbock, 40 ans, est venue voter en milieu de journée. C'est « une fête de la démocratie aujourd'hui », a-t-elle jugé. « Toute l'Europe nous regarde ».

Selon les chiffres officiels, le taux de participation à 14h était de 36,5%, contre 41% en 2017. Mais il ne prend pas en compte les votes par correspondance qui devraient battre des records. Des estimations évoquent ainsi une participation historique de 80%, contre 76% en 2017 et 72% en 2013. Selon notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut, il faut remonter à la fin de l'ère Kohl, soit en 1998, pour trouver un chiffre aussi élevé. À l'époque, la participation avait atteint 82%.

Le poids du vote par correspondance complique les pronostics. Le nom du successeur d'Angela Merkel, qui quitte la chancellerie après quatre mandats, et la composition de sa probable majorité risquent ainsi de pas être connus dès ce dimanche soir. De longues tractations seront nécessaires dans les prochains mois pour former le futur attelage au pouvoir. Avec le risque d'entraîner une paralysie européenne jusqu'au premier trimestre 2022.

À lire aussi : Notre série « Ère Merkel, clap de fin »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail