Fonds européens et mafia: l'Italie plus que jamais vigilante

Le procès de centaines de membres présumés de la Ndrangheta, la puissante mafia de Calabre, en janvier 2021.
Le procès de centaines de membres présumés de la Ndrangheta, la puissante mafia de Calabre, en janvier 2021. AP - Valeria Ferraro

L'afflux massif d'argent public, issu du plan européen de relance, constitue un terrain propice aux détournements de fonds, avertit la Direction italienne des enquêtes anti-mafia. Son dernier rapport met en exergue les nouveaux modes d'infiltration du crime organisé dans le tissu économique et social.

Publicité

L'Italie est la principale bénéficiaire du plan européen de relance économique. Elle a déjà reçu une première tranche de 25 milliards d'euros. De ce fait, les experts anti-mafia tirent la sonnette d'alarme sur les infiltrations criminelles, notamment dans les appels d'offres publics.

Les organisations criminelles ont, en effet, bien profité de la pandémie de Covid-19 pour s'infiltrer dans certains secteurs, comme celui de la santé. De plus, les mafias changent de peau. Elles sont beaucoup moins violentes. On le constate en comparant le nombre d'homicides mafieux, qui est passé de 125 en 2019  à 40 en 2020. Mettre au placard leurs Kalachnikovs permet aux mafiosi de s'insérer plus discrètement dans l'administration publique et dans le monde des entreprises.

► À lire aussi : Italie: arrestation de la « Piccerella », une cheffe de la mafia napolitaine

Des infiltrations désormais silencieuses

D’après les analyses des experts, la Ndrangheta calabraise, la Cosa Nostra sicilienne et la Camorra napolitaine ont une stratégie qui suit deux objectifs précis. D’un côté, grâce à l'énorme liquidité dont les clans disposent, les mafias misent sur la reprise d'entreprises au bord de la faillite, en raison des conséquences de la crise sanitaire. Elles visent particulièrement des PME du nord du pays, très industrialisé.

De l’autre, les cols blancs du crime organisé espèrent accaparer une partie des ressources financières publiques destinées aux régions du sud de l'Italie, car elles constituent un terrain fertile pour s'immiscer dans des projets d'infrastructures ou liés à la transition écologique, comme l'énergie éolienne. Quatre-vingt-dix pour cent des parcs éoliens sont en effet installés dans le Mezzogiorno.

Quelle riposte pour les autorités gouvernementales ?

Le défi consiste à soutenir plus efficacement les collectivités territoriales pour un contrôle rigoureux des fonds qui seront dépensés. Le gouvernement a déjà alloué une somme sans précédent, soit deux milliards d'euros, pour renforcer les mesures anti-mafia et mieux combattre les nouveaux modes opératoires criminels.

Mais il ne faut pas se cacher la face : la lutte entre l'État et l'anti-État doit aussi passer par un renouvellement de la classe dirigeante. Selon un récent sondage, 83% des Italiens pensent que les mafias sont favorisées par des élus politiques, au niveau national et régional.

► À écouter aussi : La crise du Covid-19, aubaine pour les mafias

► À lire aussi le dernier rapport de l'ANAC, l'Agence italienne de lutte contre la corruption

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI