Pêche dans la Manche: la France suspend sa menace de sanctions en vue d'une nouvelle discussion

Au lendemain de leur rendez-vous tendu sur le dossier de la pêche, à Rome en marge du G20, Boris Johnson et Emmanuel Macron se sont revus à Glasgow ce lundi 1er novembre pour la COP26.
Au lendemain de leur rendez-vous tendu sur le dossier de la pêche, à Rome en marge du G20, Boris Johnson et Emmanuel Macron se sont revus à Glasgow ce lundi 1er novembre pour la COP26. AFP - CHRISTOPHER FURLONG

La France a renoncé à appliquer ses menaces contre le Royaume-Uni pour l'instant. Aucune mesure de rétorsion ne se sera mise en place ce mardi 2 novembre, en raison de la crise qui oppose Paris à Londres au sujet de la pêche post-Brexit dans la Manche. La Grande-Bretagne salue cette décision.

Publicité

« Nous sommes en mode solution. » Le ton d’une source gouvernementale britannique dans la presse ce mardi matin, est conciliant, note notre correspondante à Londres, Marie Boëda. Le gouvernement britannique s'est dit satisfait, lundi 1er novembre dans la soirée et a annoncé que les discussions allaient se poursuivre avec la France pour éviter l'escalade dans le litige qui oppose les deux pays quant aux licences accordées par Londres aux pêcheurs français opérant en Manche.

« Nous saluons l'annonce du gouvernement français selon laquelle il ne mettra pas en œuvre les mesures proposées », peut-on lire dans un communiqué de Downing Street. « Nous nous félicitons que la France reconnaisse que des discussions approfondies sont nécessaires », ajoute la primature.

Le secrétaire d'État britannique chargé du Brexit, Lord David Frost, a indiqué qu'il avait accepté une proposition de rencontre formulée par le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune. « J'ai hâte d'avoir avec lui des discussions à Paris jeudi », a-t-il expliqué sur Twitter. Au programme, selon le Telegraph, la pêche mais aussi l’Irlande du Nord.

Dans la journée, en marge de la COP26 à Glasgow, le président français a en effet renoncé à appliquer à minuit des sanctions. Emmanuel Macron souhaite « donner une chance » aux discussions désormais prévues jeudi avec le Royaume-Uni, qui ne remplit pas selon lui ses obligations post-Brexit. 

Si aucune entente n’est possible, la France maintiendra ses menaces et avertit que les bateaux britanniques ne pourront plus débarquer leur poisson dans les ports français. Les contrôles douaniers sur les marchandises transportées en camion seront aussi renforcés. Des sanctions qui rappellent le Blocus continental, écrit l’éditorialiste conservatrice Anne-Elisabeth Moutet. Emmanuel Macron est comparé à Napoléon qui avait empêché les marchandises britanniques d’atteindre les côtes françaises en 1806.

Dialogue de sourds autour de la pêche dans la Manche

L'accord conclu in extremis fin 2020 entre Londres et l'UE prévoit que les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques, à condition de pouvoir prouver qu'ils y pêchaient auparavant. Français et Britanniques se disputent sur les modalités d'application.

Dans les zones de pêche encore disputées, notamment autour des îles anglo-normandes, Paris réclame plus de licences pour ses pêcheurs que Londres n'en a pour l'heure accordées. Il manque près de 50% des licences, selon la France. Mais seulement 2%, selon le Royaume-Uni.

La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss a annoncé qu’une action en justice contre l’Union européenne pourrait être engagée. Elle accuse Paris de rompre l’accord conclu l’année dernière.

Le secrétaire d'État français espère « une discussion approfondie » et « les mesures annoncées et préparées par la France ne seront pas appliquées avant », assure l'Élysée. Quant à la Grande-Bretagne, du côté de Downing Street, on précise que le royaume est prêt à « poursuivre des discussions intensives sur la pêche, y compris en examinant toute nouvelle preuve pour soutenir les demandes de licence restantes ». Ne reste plus qu'à voir ce qu'il en fera.

Le bras de fer franco-britannique surveillé de près par Bruxelles

L'ultimatum français, mais aussi la menace brandie de contre-mesures britanniques, ont mis la Commission européenne au pied du mur, ces derniers jours. Dès la semaine dernière, elle a mis en branle des consultations avec Londres, rappelle notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. Il y a eu d’abord une rencontre entre David Frost et le commissaire européen chargé des Relations avec le Royaume-Uni, Maroš Šefčovič. C’est à ce moment qu'a été émise la menace britannique de contrôler les pêcheurs de tous les pays européens, et pas seulement les Français. Et c'est là qu'ont été enclenchées les négociations encore en cours pour tenter de devoir activer le mécanisme de règlement des différends.

Ce sont des négociations « au niveau technique », que mène en la matière la Commission avec les responsables britanniques. Cette expression est surtout employée ici pour dire qu'elles se font en-dehors de l'intervention des responsables politiques. Ces derniers suivent évidemment de près ces consultations, mais en l’occurrence, la Commission négocie au nom des Vingt-Sept, puisque c'est elle qui est responsable de la bonne application de l'accord post-Brexit. D'un point de vue bruxellois, il n'y a donc pas d’intervention française directe, à part en coulisses. David Frost attend à Londres le commissaire européen Maroš Šefčovič qui devra donc peut-être écourter son séjour prévu à Dubaï pour aller s’occuper des licences de pêche.

Le fait que le Royaume-Uni décide de contrôler tous les bateaux européens ne pouvait que renforcer la mobilisation de la Commission. Mais celle-ci exigeait en fait déjà que toutes les licences de pêche historiques pour les bateaux européens dans les eaux britanniques soient renouvelées. À la Commission européenne, on estime à voix basse que ces consultations avec les Britanniques reviennent à se heurter à un mur. Le dossier de la pêche est en ce sens identique à celui de l’Irlande du Nord. Le gouvernement britannique semble, selon les Européens, être en train de maintenir un conflit permanent avec la France et l'UE, pour détourner l’attention des électeurs britanniques des problèmes internes du Royaume-Uni.

(avec AFP)

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI