Ukraine: le président Zelensky pointé du doigt dans l’échec d’une opération spéciale hors norme

Le collectif indépendant Bellingcat vient de publier un rapport qui détaille la manière dont les services de sécurité ukrainiens ont mené, pendant des mois, une opération spéciale visant à intercepter dans le ciel ukrainien, puis à détenir, 33 mercenaires russes du groupe privé Wagner qui ont directement participé aux combats à l'est de l'Ukraine et, pour certains, commis des crimes de guerre. À Kiev, l'affaire est connue depuis des mois, mais le rapport Bellingcat apporte des informations sur les responsabilités du bureau du président Zelensky dans cette affaire, qui pourrait éclabousser le pouvoir ukrainien.

Mercenaires russes du groupe Wagner (ici en Centrafrique) : le président ukrainien est soupçonné d'avoir fait capoter une opération de ses services de sécurité pour contrevenir aux agissements des mercenaires de Wagner en Ukraine.
Mercenaires russes du groupe Wagner (ici en Centrafrique) : le président ukrainien est soupçonné d'avoir fait capoter une opération de ses services de sécurité pour contrevenir aux agissements des mercenaires de Wagner en Ukraine. © Franceinfo
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Avec notre correspondant à Kiev, Stéphane Siohan

Le scénario du « Wagnergate » est digne d'un roman de John Le Carré, et même meilleur que le scénario des meilleures séries Netflix, selon les enquêteurs de Bellingcat

À la fin de l'ère Porochenko, le renseignement militaire ukrainien a monté l'opération du siècle : faire tomber 33 hommes de Wagner ayant commis des faits d'armes dans le Donbass.

Pour cela, les services de Kiev ont inventé de toutes pièces une fausse mission de sécurité au Venezuela, ils ont récolté les CV d'un grand nombre de mercenaires de Wagner, qui s'ennuyaient à la maison, et ont recruté uniquement ceux qui ont combattu en Ukraine. 

Fausse alerte à la bombe

En juillet 2020, les heureux élus devaient être acheminés de Minsk à Istanbul, avant de s'envoler pour Caracas, et lorsque leur avion survolerait le territoire ukrainien, une alerte à la bombe les ferait atterrir, et ils seraient arrêtés par les autorités de Kiev. 

Le plan était presque parfait, et il venait juste de se déclencher. Mais le 29 juillet 2020, le groupe de mercenaires a été arrêté près de Minsk par la sécurité biélorusse et Alexandre Loukachenko les a renvoyés à Moscou. 

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Seulement, d'après le collectif Bellingcat, c'est le puissant chef de l'administration présidentielle ukrainienne, Andriy Yermak, qui a pris la décision de suspendre cette opération minutieusement préparée.

Kiev et Moscou venaient de négocier une trêve dans le Donbass, et l'interception des 33 mercenaires aurait déclenché une nouvelle crise majeure entre les deux pays.

Une trahison de l'intérêt national ?

Mais à Kiev, beaucoup estiment que l'entourage de Zelensky s'est rendu coupable d'une trahison de l'intérêt national, car l'arrestation des hommes de Wagner aurait apporté la preuve irréfutable de la responsabilité du Kremlin dans les opérations guerrières dans le Donbass.

Volodymyr Zelensky a, jusqu’ici, choisi le silence dans ce dossier très embarrassant. Désormais, il va devoir s'expliquer devant son opinion publique.

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