Ukraine: face-à-face russo-américain tendu avant un prochain dialogue entre Poutine et Biden

Antony Blinken (à dr.) et Sergueï Lavrov (à g.) lors de leur rencontre à Stockholm ce jeudi 2 décembre 2021.
Antony Blinken (à dr.) et Sergueï Lavrov (à g.) lors de leur rencontre à Stockholm ce jeudi 2 décembre 2021. AP - Jonathan Nackstrand

Les ministres américain et russe des Affaires étrangères ont eu ce jeudi 2 décembre en Suède un face-à-face tendu. Ils ont échangé des avertissements au sujet de l'Ukraine, tout en assurant vouloir résoudre la crise par la diplomatie, avant un possible entretien entre Joe Biden et Vladimir Poutine.

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« Nous sommes profondément préoccupés par les plans de la Russie en vue d'une nouvelle agression contre l'Ukraine », a lancé le secrétaire d'État américain Antony Blinken à côté de son homologue russe Sergueï Lavrov, reprenant ses accusations de la veille lorsqu'il avait évoqué pour la première fois des « preuves » de tels préparatifs d'invasion. « Si la Russie décide de continuer sur la voie de la confrontation, elle subira de graves conséquences », a-t-il prévenu, après avoir menacé ce mercredi 1er décembre de douloureuses sanctions économiques.

Antony Blinken a énuméré, sous le regard désapprobateur de Sergueï Lavrov, les griefs à l'égard de Moscou sur le non-respect des accords de Minsk censés régler le conflit dans l'est de l'Ukraine entre les forces de Kiev et les séparatistes prorusses. Mais il a aussi fait mine de tendre la main. « La meilleure manière de prévenir une crise, c'est la diplomatie », a-t-il martelé, se disant prêt à « faciliter » la mise en œuvre de ces accords conclus après l'annexion russe de la Crimée en 2014 mais jamais vraiment appliqués.

Selon un haut responsable américain, il a proposé à huis clos de réunir des experts américains et russes pour établir une feuille de route et parvenir enfin à au respect des accords par toutes les parties.

Lavrov affirme vouloir régler la crise

« Le scénario cauchemar de la confrontation militaire » est en train de faire son retour en Europe, a mis en garde de son côté Sergueï Lavrov. Le chef de la diplomatie russe a accusé l'Alliance atlantique de « rapprocher son infrastructure militaire des frontières russes ». Le ministre a réclamé « l'élaboration d'accords empêchant tout nouvel élargissement de l'Otan vers l'Est » - et donc à l'Ukraine. Mais il a aussi assuré vouloir donner une chance au dialogue : « Nous sommes intéressés dans des efforts communs en vue de la résolution de la crise ukrainienneNous y sommes prêts. »

La vraie voie de règlement des conflits c'est la désescalade et la diplomatie, a dit en substance Anthony Blinken alors que le matin même la Russie jouait toujours le rapport de forces en annonçant l'arrestation d’espions ukrainiens, rapporte notre correspondante à Moscou, Anissa El Jabri. Dans le même temps, le chef de la république autoproclamée de Donetsk a déclaré qu'en cas de conflit il n'hésiterait pas à faire appel à la Russie.

La Russie à travers ses mouvements de troupes à la frontière ukrainienne cherche à tester la solidarité entre les Occidentaux, estime Cyrille Bret, maître de conférence à Sciences-Po Paris, chercheur à l’Institut Jacques Delors, joint par RFI.

« Si la Russie percevait de la part des États-Unis ou de la part de l’Union européenne une hésitation pour soutenir l’Ukraine, elle s’engouffrerait dans la brèche pour accroître encore son influence dans la région », analyse Cyrille Bret.

Pour le chercheur, l'unité au sien de l’UE vis-à-vis de la situation en Ukraine existe bien. « La solidarité européenne s’est exercée d’une façon qui est assez remarquable puisque depuis 2015 les sanctions sont renouvelées à l’unanimité tous les 6 mois et même aggravées contre la Russie, souligne-t-il. Donc il y a une véritable unité, une véritable cohésion à l’intérieur de l’Union européenne à l’initiative du couple franco-allemand, il faut le bien le dire. Quand à former un bloc avec les États-Unis, là c’est un peu plus délicat parce que les intérêts stratégiques des États-Unis dans l’affaire sont quand même assez différents de ceux des Européens. Les Européens ont les Russes pour colocataire ou voisins de palier. Les États-Unis ont peu d’échanges économiques et situent le débat uniquement sur le plan militaire et stratégique. »

Poutine et Biden vont « probablement » se parler

Malgré un ton sobre et sérieux, la rencontre n'a pas débouché sur une entente, même si les deux hommes sont tombés d'accord pour poursuivre le dialogue, selon un responsable américain. Ce dialogue pourrait prendre la forme d'un échange direct entre les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine « dans les prochains jours », comme la Russie en a exprimé le souhait par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. Un potentiel dialogue confirmé par Antony Blinken selon qui les deux présidents vont « probablement » se parler « dans un avenir proche » pour évoquer l'escalade des tensions autour des frontières ukrainiennes.

Le secrétaire d'État américain a aussi rencontré dans la capitale suédoise son homologue ukrainien Dmytro Kouleba, qui a réitéré sa demande d'un « train de mesures dissuasives » pour que le président Poutine « réfléchisse à deux fois avant de recourir à la force militaire ». Kiev et ses alliés occidentaux tirent depuis novembre la sonnette d'alarme concernant un nouveau renforcement des troupes russes aux frontières de l'Ukraine et une éventuelle invasion hivernale.

« Des sanctions nécessaires mais insuffisantes »

La menace de Washington de renforcer les sanctions contre Moscou, est-elle une stratégie efficace ? Pour le chercheur Cyrille Bret, cette stratégie n'est ni efficace ni évitable.

« Elle n’est pas efficace puisque le cours de la politique étrangère russe n’a pas été modifié en fait, dit-il. Le réarmement, la modernisation de l’appareil militaire russe, la stratégie extrêmement active pour ne pas dire déstabilisatrice de la Russie dans les pays européens a continué. Donc, ce n’est pas efficace dans la mesure où les sanctions n’ont pas infléchi le cours de la politique russe. Alors est-ce que l’on pourrait faire autrement ? C’est là toute la question des sanctions. Les Européens ne pourraient pas ne pas prendre de sanctions. Ce qui était en jeu c’était le respect de la souveraineté nationale et la stabilité des frontières sur le continent dont l’OSCE,- dont c’est le sommet-, a la charge, et donc les sanctions sont à la fois inévitables et inefficaces. C’est ça le problème. »

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