Ukraine: l’Union européenne doit dialoguer avec la Russie, plaide la France

Un membre des forces ukrainiennes patrouille des lignes séparant des zones contrôlées par Kiev et par les séparatistes pro-russes, près d'Horlivka, dans la région de Donetsk, le 22 janvier 2022.
Un membre des forces ukrainiennes patrouille des lignes séparant des zones contrôlées par Kiev et par les séparatistes pro-russes, près d'Horlivka, dans la région de Donetsk, le 22 janvier 2022. © Anna Kudriavtseva, Reuters

Alors que les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent lundi 24 janvier à Bruxelles au sujet des tensions russo-ukrainiennes, la France a plaidé dimanche 23 janvier pour un dialogue direct entre l’Union européenne et la Russie. Berlin était sous pression de l’Occident pour réaffirmer sa fermeté vis-à-vis de Moscou, après d'embarrassantes dissonances dans sa coalition et son refus de livrer des armes à Kiev.

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Il faut que « nous ayons en tant qu'Union européenne (...) des propositions, un dialogue organisé, régulier avec la Russie, tout en étant fermes », a expliqué dimanche le secrétaire d'État français aux Affaires européennes Clément Beaune devant plusieurs médias.

Selon lui, le président russe Vladimir Poutine privilégie le dialogue avec les États-Unis parce que cela « rappelle les temps de la Guerre froide et du choc des superpuissances » et lui permet aussi potentiellement de « diviser » les Européens. « Ce que nous devons faire, c'est rester unis en tant qu'Occidentaux, être présents en tant qu'Européens. Est-ce que l'Union européenne fait assez ? Probablement pas aujourd'hui », a estimé le secrétaire d'État.

Avant la rencontre de lundi 24 janvier, le président Emmanuel Macron avait déjà appelé mercredi devant les députés européens à un dialogue entre l'UE et la Russie sur « un nouvel ordre de sécurité en Europe », non sans inquiéter les observateurs anglo-saxons, qui redoutent des divisions au sein de l'Otan. « Nous devons le construire entre Européens, puis le partager avec nos alliés dans le cadre de l'Otan, puis ensuite le proposer à la négociation à la Russie », avait-il lancé.

Clément Beaune a jugé par ailleurs « déraisonnable » de parler de « bruits de bottes » russes en Ukraine alors que la voie diplomatique n'a pas été épuisée.

Dans l'immédiat, Paris et Berlin essaient de « réactiver » leur médiation entre la Russie et l'Ukraine au sein du format dit « Normandie », a souligné Clément Beaune, évoquant, sans plus de précisions, des « initiatives » et un nouvel entretien entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine dans « les jours qui viennent ».

Les ministres européens des Affaires étrangères se rencontrent avec l’Ukraine et la Russie au cœur des discussions

La situation en Ukraine sera également au centre des débats de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Bruxelles, lundi 24 janvier. Cela même si la reprise prévisible des discussions russo-américaines leur laisse quelque répit.

Selon les Vingt-Sept, le niveau de coopération transatlantique n’a jamais été aussi bon et que les États-Unis sont sur la même longueur d’onde que l’UE, notamment sur le fait que rien de ce qui concerne la sécurité de l’Europe ne pourra être réglé sans les Européens.

« Nous n’allons pas publier de catalogue des sanctions » en discussion, a affirmé un diplomate européen à notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet..Les sanctions à l’encontre de la Russie sont au centre des discussions, mais pour les Européens, il est hors de question de s’exprimer, afin d’éviter de dévoiler ses batteries ou de donner des précisions au Kremlin. Par exemple, sur la possibilité de priver la Russie de son accès à Swift, le service de communication interbancaire.

La position commune de l’UE est prête, mais comme le reste de l’arsenal préparé par les Européens, tout ce qu’ils acceptent d’en dire se cantonne au même message : le coût d’une action militaire en Ukraine serait massif pour la Russie.

Les Vingt-Sept affirment que le niveau d’unité auquel ils sont arrivés sur la question est exemplaire.

Mais les déclarations pro-russes du chef d’État-major de la marine allemande ont bien secoué les Européens. En qualifiant d'« ineptie » l'idée que la Russie puisse envahir l'Ukraine et en estimant que le président russe Vladimir Poutine « mérite probablement » le respect, le chef de la marine allemande a déclenché un tollé.

Les Européens veulent maintenant que Berlin se ressaisisse et se remette en ligne avec ses partenaires de l’UE : l’unité est le seul moyen de convaincre Moscou de leur sérieux et de l’impossibilité d’une solution négociée uniquement avec les États-Unis.

Berlin sous pression pour être ferme vis-à-vis de Moscou

Le gouvernement allemand était sous pression pour réaffirmer sa fermeté vis-à-vis de la Russie. Malgré la démission forcée de Kay-Achim Schönbach samedi soir, l'irritation de Kiev est vive. Elle est également alimentée par le refus persistant de l'Allemagne de livrer des armes à l'Ukraine.

Pour Kiev, cette position est susceptible d'« encourager » Vladimir Poutine dans son intention supposée d'attaquer l'Ukraine.

Soucieux d'afficher un front uni avec ses alliés face à Moscou, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a assuré dimanche n'avoir « aucun doute » sur la détermination de l'Allemagne face à la Russie. Il avait rencontré Olaf Scholz la semaine dernière.


Le pape François appelle à la paix en Ukraine

Alors que les tensions montent, le pape François lance un nouvel appel à la paix pour l'Ukraine. À l'issue de la prière dominicale de l'Angélus récitée place Saint-Pierre, l'évêque de Rome a fait part de sa préoccupation devant la détérioration du conflit, dimanche.

Avec notre correspondant, Eric Sénanque

C’est avec une voix grave que le souverain pontife a abordé le climat explosif dans l’est de l’Ukraine, les tensions avec la Russie sont un engrenage dangereux, selon François : « Je suis avec inquiétude la montée des tensions qui risquent de porter un nouveau coup à la paix en Ukraine et de remettre en cause la sécurité du continent européen, avec des répercussions encore plus larges. »

Le pape a, selon ses mots, souhaité lancer « un appel sincère » aux hommes de bonne volonté, « afin que toutes les actions et initiatives politiques servent la fraternité humaine plutôt que les intérêts partisans ».

À de multiples reprises ces derniers mois, François a lancé des appels au calme. Dans son dernier message de Noël, il mettait en garde pour qu’on ne laisse pas « les métastases d'un conflit gangrené se propager en Ukraine ». « Les armes ne sont pas le chemin », avait-il martelé deux semaines plus tôt.

Comme il l’a fait déjà par le passé pour la Syrie ou la République Démocratique du Congo, le pape a invité les croyants à prier tout spécialement pour l’Ukraine mercredi prochain 26 janvier.

Le pape François «préoccupé» par l’Ukraine

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