Grèce: 24 travailleurs humanitaires devant la justice pour un procès très politique
Le procès de 24 travailleurs humanitaires accusés de trafic d’êtres humains et d’espionnage débute mardi 10 janvier. Ils sont aujourd’hui accusés par Athènes d’être l’équivalent de passeurs et risquent jusqu’à 25 ans de prison.
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De notre correspondant à Athènes, Joël Bronner
La mission affichée des 24 travailleurs humanitaires qui se retrouvent ce mardi devant la justice était de sauver des vies en mer pour l’ONG Erci (Emergency Response Center International) entre 2016 et 2018. Il s’agit du véritable démarrage de ce procès très politique qui avait été reporté une première fois dès son ouverture en novembre 2021, faute de juridiction compétente.
Lesbos, principales portes d'entrée des migrants en Europe à partir de 2015, est devenu un symbole. L’île grecque, voisine des côtes turques, a notamment abrité Moria, le plus grand camp de réfugiés d’Europe, définitivement parti en fumée lors d’un incendie fin 2020. C’est précisément au large de cette île de Lesbos que les membres de l’ONG ERCI, en collaboration à l’époque avec les garde-côtes grecs, effectuaient un travail de secouristes.
Sarah Mardini et Sean Binder
Au cœur de ce procès, deux jeunes secouristes en mer se retrouvent particulièrement médiatisés. Réfugiée syrienne aujourd’hui en Allemagne, Sarah Mardini a fui la guerre civile en 2015. Après une panne de moteur de leur bateau surchargé, Sarah et sa sœur, excellentes nageuses, se jettent à l’eau et sauvent la vingtaine de passagers qui les accompagnent, avant d’accoster à Lesbos. L’histoire des deux sœurs a été portée à l’écran par Netflix via le film Les nageuses.
Cette île de Lesbos, Sarah Mardini y revient ensuite, un an plus tard, pour venir en aide aux demandeurs d’asile en détresse en mer. Elle y travaille alors avec Sean Binder, jeune plongeur allemand qui a grandi en Irlande. « J’entends souvent dire que venir en aide à des personnes susceptibles de se noyer participe à affaiblir les valeurs européennes, parce que les personnes qui arrivent représentent une menace pour nous tous. Je pense cependant que nous avons déjà perdu les valeurs de paix et de justice si nous fermons nos frontières aux personnes en détresse. », confiait-il le mois dernier lors d'une conférence de presse.
Une criminalisation de l'action humanitaire
S’ils sont mis en avant, c’est notamment parce que l’image de Sarah Mardini et de Sean Binder contrastent violemment avec les charges très lourdes qui pèsent contre les travailleurs humanitaires, comme celle de « bande criminelle organisée ». Une « farce » pour Amnesty international et pour la défense qui voient avant tout dans ces poursuites une manœuvre politique.
« Pour nous, l’aide humanitaire n’est pas un crime et il ne s’agit pas là d’un simple slogan. Le comportement des accusés n’était tout simplement pas criminel. Ils n’accomplissaient que leur devoir de travailleurs humanitaires. Des citoyens de toute l’Europe s’étaient réunis pour porter secours et sauver des vies. Voilà leur seul crime », dénonce Vassilis Kerasiotis, l’avocat de deux des accusés poursuivis par la justice grecque.
Aujourd’hui, par peur des représailles judiciaires, plus aucune ONG ne patrouille au large de Lesbos. Dissuader les actions de solidarité à la frontière, c’était bien là, semble-t-il, l’objectif de ces poursuites peu probantes qu'Human Rights Watch décrit comme « motivées politiquement » et qu’Amnesty International qualifie d' « injustes et sans fondements ».
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