Ukraine

Ukraine: les trois ministres de l'UE restent à Kiev, en contact avec Bruxelles

Arrivée des 3 ministres des Affaires étrangères de l'UE ce jeudi matin à Kiev.
Arrivée des 3 ministres des Affaires étrangères de l'UE ce jeudi matin à Kiev. Ministère allemand des Affaires étrangères

Les chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise en visite ce jeudi à Kiev pour trouver une sortie de crise, restent sur place plus longtemps que prévu. A Bruxelles, les autres ministres européens des Affaires étrangères sont tombés d'accord sur des sanctions ciblées contre ceux dont «les mains sont tâchées de sang» en Ukraine. 

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Edition spéciale Ukraine sur RFI vendredi 21 février, de 6h TU à 6h30 TU

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Les chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise avaient rendez-vous ce jeudi tôt à l’ambassade d’Allemagne à Kiev, où ils rencontraient les leaders de l’opposition. A l’issue de cette rencontre, l’un des leaders de l’opposition ukrainienne, Arseni Iatseniouk, a expliqué que la conversation concernait les possibles solutions du conflit.

Puis, Laurent Fabius, Radoslaw Sikorski et Frank-Walter Steinmeier se sont rendus à la rencontre prévue avec le président Ianoukovitch. Un rendez-vous rendu difficile par les scènes de combat dans le centre-ville. Ils avaient prévu initialement de se rendre  à Bruxelles, pour un Conseil extraordinaire des ministres européens des Affaires étrangères consacré à l'Ukraine. Ils ont finalement préféré rester à Kiev pour y poursuivre les discussions avec le chef de l'Etat ukrainien, tout en restant en contact avec leurs homologues européens réunis dans la capitale belge.

→ à (re)lire : Ballet diplomatique perturbé entre Kiev et Bruxelles

  • Premières sanctions européennes

A 16h TU, Laurent Fabius annonçait sur son compte Twitter son intention en compagnie de Frank-Walter Steinmeier et de Radoslaw Sikorskiles de « rencontrer à nouveau les trois leaders de l'opposition, MM. Klitschko, Iatseniouk et Tyahnybok », dans les locaux de la délégation de l'Union européenne, à Kiev. Les trois ministres entendent rester jusqu'à ce vendredi dans la capitale ukrainienne pour négocier. Ils comptent imposer une feuille de route pour une sortie de crise pacifique, ont indiqué des sources diplomatiques allemandes. Selon une source diplomatique française, les points de compromis pourraient comprendre une révision de la Constitution, et des élections anticipées.

Les Européens, qui ont brandi ces derniers jours la menace de sanctions ciblées contre des responsables ukrainiens, ont décidé ce jeudi de les mettre en oeuvre dès maintenant pour sanctionner le bain de sang. La première sanction est d’interdire l’exportation d’armes, et plus précisément de tout matériel pouvant servir à la répression, comme des canons à eau ou des gaz lacrymogènes, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. Les autres sanctions – gel des avoirs en Europe et interdiction de visa d’entrée pour l’Union – sont censées viser ceux qui « ont du sang sur les mains », c’est-à-dire les responsables directs des violences.

Mais en réalité, la liste des personnes ciblées n’est pas encore connue. Elle va devoir maintenant être constituée lors de réunions prévues ce vendredi à Bruxelles. Telle est la procédure habituelle pour de pareilles sanctions et c’est là toute la subtilité de la décision des ministres des Affaires étrangères, car elle leur permet de faire dépendre les sanctions de l’évolution de la situation en Ukraine. Cela leur permet également d’exclure pour l’instant le président Ianoukovitch de la liste des personnes visées, ce qui aurait eu pour effet probable de fermer la porte à toute négociation.

Devant les progrès apparents de leurs trois homologues français, allemand et polonais à Kiev, les ministres des Affaires étrangères ont voulu jouer sur deux tableaux : afficher leur unanimité et leur fermeté tout en maintenant la pression pour aider à la recherche d’une solution négociée.

Ce vendredi, le vice-président américain Joe Biden s'est par ailleurs entretenu par téléphone avec le président Ianoukovitch. Il l'a prévenu que les Etats-Unis étaient également prêts à prendre des sanctions contre les personnes responsables de la répression à Kiev.

  • Des négociations « très difficiles »

Selon le Premier ministre polonais Donal Tusk, l'accord de sortie de crise qui se trouvait ce jeudi soir sur la table des négociations prévoit les choses suivantes : des élections présidentielles et parlementaires dans le courant de l'année, la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale dans les dix jours et une modification de la Constitution.

Le président ukrainien a donné son accord à ce programme, affirme Donald Tusk. Mais ce qui serait un tournant spectaculaire dans l'attitude de Viktor Ianoukovitch a été vite tempéré par le Premier ministre polonais qui a rappelé que les engagements de l'Ukraine ont rarement été suivis d’effets.

Laurent Fabius s'est montré pour sa part beaucoup moins optimiste. Aucun accord sur une sortie de crise n'a été trouvé « pour l'instant » et les négociations sont « très difficiles », a déclaré le chef de la diplomatie française en début de soirée. « Nous allons rencontrer de nouveau le président Ianoukovitch », a-t-il ajouté. « Aucun résultat », a confirmé le leader de l'opposition ukrainienne Vitali Klitschko.

Les discussions vont se prolonger toute la nuit. Les ministres de l'Union européenne s'entretenaient ce jeudi soir avec Viktor Ianoukovitch. Pendant ce temps, la chancelière allemande Angela Merkel était au téléphone avec Vladimir Poutine et Barack Obama. Cette mobilisation générale sur le front diplomatique se poursuivra ce vendredi. Mais tous les intervenants se disent d'accord sur un point : il faut interrompre l'escalade de la violence.

  • Moscou envoie un médiateur en Ukraine

La poursuite des violences à Kiev, avec un nombre toujours croissant de victimes, ainsi que la pression exercée par l'Occident pour de véritables négociations en vue d'une sortie de la crise, ont poussé Moscou à envoyer un médiateur en Ukraine. Il s'agit de Vladimir Loukine, délégué aux droits de l'homme du Kremlin. Mais avant de se décider à franchir ce cap, les autorités russes ont fait monter la pression, le Premier ministre Dimitri Medvedev a déclaré, par exemple, que son pays ne va coopérer, en Ukraine, qu'avec un pouvoir qui « défende les intérêts de l'Etat » et sur lequel on ne « s'essuie pas les pieds ».

En même temps, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a évoqué les « forces radicales » qui veulent fomenter une guerre civile et il a aussi dénoncé comme une « tentative d'intimidation » le projet européen de sanctions contre les autorités ukrainiennes jugées responsables des violences contre les manifestants.

A défaut de voir le pouvoir ukrainien actuel mater les manifestations de l'opposition, la Russie pourrait bien se résoudre à participer, même à contrecoeur, aux côtés de l'Union européenne à un processus de négociation censé aboutir, selon des experts, à la formation d'un gouvernement de technocrates, puis à une élection présidentielle.

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