Ukraine

Ukraine: journée de vote à hauts risques

Un policier dans un bureau de vote de Kosmach, dans l'ouest de l'Ukraine, ce dimanche 25 mai avant l'ouverture des bureaux.
Un policier dans un bureau de vote de Kosmach, dans l'ouest de l'Ukraine, ce dimanche 25 mai avant l'ouverture des bureaux. REUTERS/Kacper Pempel

En Ukraine, 36 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, ce dimanche, pour l’élection présidentielle anticipée. Petro Porochenko fait figure de favori dans ce scrutin considéré par l’Union européenne et les Etats-Unis comme une étape essentielle du processus de stabilisation. Dans l’est du pays, dans la région de Donetsk, les insurgés séparatistes ont averti qu’ils s’opposeront à la bonne tenue du scrutin par la force.

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Cet article est réactualisé régulièrement, avec nos envoyés spéciaux en Ukraine, Anastasia Becchio et Mathias Taylor, Damien Simonart et Laurent Geslin

Plongée depuis six mois dans une crise politique sans précédent, l'Ukraine élit aujourd'hui un nouveau président. Un scrutin à haut risque, alors que l'est du pays est toujours déchiré par des combats entre l'armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes. Les bureaux de vote seront ouverts jusqu’à 19 h, heure de Paris (17h TU), ce dimanche soir. Les premiers résultats sont attendus vers 23 h. Le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko, surnommé le « roi du chocolat », fait figure de favori pour ces élections. Il est crédité de plus de 44% des intentions de vote et pourrait être élu dès le 1er tour. En cas de second tour, celui-ci se tiendra le 15 juin prochain.

Affluence dans les bureaux de vote à Kiev

Dans un bureau de vote de Kiev, ce dimanche 25 mai.
Dans un bureau de vote de Kiev, ce dimanche 25 mai. REUTERS/David Mdzinarishvili

En début de matinée, quelques minutes après l’ouverture des bureaux de vote dans tout le pays, l’activité était déjà intense dans le bureau de vote n°81, installé dans une école du centre de Kiev et depuis le bureau de vote ne désemplit pas. Des dizaines de personnes font la queue devant les tables où elles se voient remettre quatre longs bulletins de vote. En plus de la présidentielle, les électeurs doivent désigner leurs conseillers municipaux, mais aussi leur maire. A Kiev c’est l’ancien boxeur Vitali Klitschko qui est donné favori. Mais c’est surtout la présidentielle qui préoccupe les électeurs, rapporte notre envoyée spéciale Anastasia Becchio. Les portraits de 21 candidats sont affichés dans ce bureau de vote, bien que quatre candidats se soient retirés de la course. Le grand favori, c'est l’oligarque du chocolat Petro Porochenko, qui a soutenu activement la révolution pro-européenne de Maïdan.

→ A (RE)LIRE : Présidentielle en Ukraine: Porochenko, le roi du chocolat, grand favori

Beaucoup espèrent, à Kiev, qu’il sera élu dès le premier tour. « C'est le candidat qui saura nous guider vers l’Europe. Le candidat quoi saura unir l’est et l’ouest du pays », explique un vétéran de l’armée soviétique et ukrainienne, venu voter paré de ses médailles. « Il faut élire la personne qui sera en mesure de relever l'économie ukrainienne. Nos partenaires étrangers sont quasiment en dépression, parce que tous nos projets avec eux sont soit annulés soit suspendus... Quand nous aurons fait notre choix, le monde des affaires aura retrouvé sa boussole » ajoute Katia, une jeune femme qui travaille dans la finance à Kiev, et estime qu'après les troubles séparatistes de l'Est, l’autre défi pour le prochain président sera de relever l’économie chancelante. Et les bulletins continuent de s’empiler dans les urnes transparentes de ce bureau de vote où sont inscrits 2 000 votants. Les responsables s’attendent à un fort taux de participation, évalué à 70 % au niveau national.

5 à 8 % des Ukrainiens seraient privés de vote dans l'est

William Roguelon : « J'ai levé mes boîtiers et gueulé 'journaliste' et on ne m'a pas tiré dessus »

Mais si les électeurs se pressent dans les bureaux à Kiev, dans l’est du pays, la situation est inverse. Les séparatistes pro-russes du Donbass avaient prévu de perturber le scrutin et ils sont visiblement en passe d’y arriver. Les attaques contre les commissions électorales locales se sont multipliées ces derniers jours. Plusieurs bureaux de vote sont occupés par des hommes armés et ce dimanche matin, les bureaux de vote de Donetsk et de Loubansk sont fermés rappporte l'un de nos envoyés spéciaux, Laurent Geslin. Il s'est également rendu, après avoir franchi deux barrages tenus par des séparatistes, dans la ville de Krasnoarmiysk, qui signifie « armée rouge » en russe, à une soixantaine de kilomètres de Donetsk. Là, l’affluence à la mi-journée est certes légèrement inférieure à celle qui avait été observée lors de précédentes élections, mais les gens ne semblent pas avoir particulièrement peur de s’exprimer, malgré les menaces répétées des séparatistes qui tentent par tous les moyens d’empêcher le bon déroulement du scrutin. Peu nombreux sont les habitants de la région qui soutiennent l’action du gouvernement ukrainien aussi, si les gens se déplacent, c’est surtout dans l’espoir qu’un nouveau président pourra faire revenir le calme et la paix.

Selon les observateurs de l’OSCE, qui n’étaient qu’une dizaine, la situation dans l’est risque de priver de vote entre 5 et 8 % des Ukrainiens.

Rappelons que samedi, deux photoreporters et un traducteur ukrainien ont été pris dans des combats à Sloviansk. Le traducteur a été tué. Le photographe italien, Andy Rocchelli, est décédé des suites de ses blessures dimanche à la mi-journée et le Français, William Roguelon, doit être exfiltré d'Ukraine dans la journée.

→ A (RE)LIRE : L'est de l'Ukraine ne veut pas de l'élection présidentielle

A Odessa, une « milice citoyenne » pour sécuriser le scrutin

A Odessa où 42 personnes ont trouvé la mort au début du mois suite à des affrontements entre pro-russes et pro-ukrainiens, les habitants sont plus que jamais partagés sur l'issue de ces élections, comme le rapporte notre envoyé spécial, Damien Simonart. Dans le centre de la ville, la maison des syndicats porte encore les traces du terrible incendie du 2 mai dernier. Des murs noircis, des fleurs et des cierges à la place des fenêtres et les photos des victimes. Au pied du bâtiment, des messages en russe appellent les habitants à ne pas voter pour la présidentielle. Tatiana, une vieille dame, approuve cette prise de position. « Je ne voterai pas, parce que je ne sais pas qui choisir. Ce nouveau pouvoir est apparu si soudainement et avec lui tant de choses négatives. Comment est-ce que je pourrais choisir un de ces candidats ? »

Bon nombre d'électeurs ont toutefois l'intention de se déplacer et les bureaux de vote sont prêts. Pour assurer la sécurité dans la ville, 500 habitants d'Odessa ont créé une police citoyenne, autorisée par la loi ukrainienne. Iouri, l'un des responsables, assure que ces brigades civiles ont les moyens de se défendre. « Beaucoup de citoyens d'Odessa possèdent leurs propres armes, qu'ils ont acheté légalement (…) mais j'espère qu'il n'y aura pas besoin d'en faire usage », explique-t-il au micro de RFI. La milice devrait également mobiliser plusieurs centaines de policiers. Si la sécurité semble être assurée, le taux de participation au scrutin est, quant à lui, très incertain.

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