Royaume-Uni

Boris Johnson élu à la tête du Parti conservateur britannique

L'ex-ministre et maire de Londres Boris Johnson est accusé d'avoir menti sciemment durant la campagne sur le Brexit.
L'ex-ministre et maire de Londres Boris Johnson est accusé d'avoir menti sciemment durant la campagne sur le Brexit. REUTERS/Toby Melville

L'ancien maire de Londres a été adoubé par les 160 000 militants du Parti conservateur, ce mardi 23 juillet 2019. Il devrait donc logiquement succéder à Theresa May au poste de Premier ministre du Royaume-Uni, les Tories détenant le plus grand nombre de députés à la Chambre des communes.

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Le champion du Brexit Boris Johnson, 55 ans, a très largement remporté la course pour devenir le prochain chef du gouvernement britannique face au ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, selon des résultats annoncés ce mardi par le Parti conservateur.

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L'ex-maire de Londres et ex-chef de la diplomatie britannique a obtenu 92 153 voix, sur quelque 159 000 votes des membres du parti qui étaient appelés à départager les deux finalistes, contre 46 656 voix pour M. Hunt, actuel ministre des Affaires étrangères.

Boris Johson devient donc chef des Tories et obtiendra les clés du 10, Downing Street mercredi après-midi après avoir rendu visite à la reine Elizabeth II. Le futur Premier ministre s'est immédiatement engagé à mettre en œuvre la sortie du Royaume-Uni de l'UE le 31 octobre.

 

Je dis à tous ceux qui doutent: 'Mon gars, on va énergiser le pays'. On va le faire ce Brexit, le 31 octobre. On va profiter de chaque opportunité avec l'idée que 'oui on peut le faire' et on va recommencer à croire en nous et en ce que nous pouvons réussir à faire

B. Johnson

« Nous allons mettre en œuvre le Brexit le 31 octobre », a-t-il déclaré. Il s'agit de la date butoir fixée après deux reports, mais les « brexiters » durs craignent un nouveau report de cette échéance. Cette crise politique empoisonne le pays depuis que le référendum de juin 2016.

M. Johnson espère persuader les Européens de revoir les termes de l'accord négocié par Mme May, ce que Bruxelles refuse jusqu'à présent. Le risque, c'est un Brexit sans accord, dont les conséquences politiques et économiques pourraient être très importantes.

Donald Trump et Emmanuel Macron ont également salué l'élection du futur Premier ministre.

Je suis très désireux de pouvoir travailler au plus vite avec lui, non seulement sur les sujets européens qui sont les nôtres et la poursuite des négociations liées au Brexit, mais aussi sur les sujets internationaux qui font notre quotidien et sur lesquels nous sommes étroitement coordonnés avec les Britanniques et les Allemands.

Emmanuel Macron

Sur Twitter, la chancelière allemande, Angela Merkel, a aussi félicité le Premier ministre britannique par l'intermédiaire de sa porte-parole, Ulrike Demmer. « Je félicite Boris Johnson et je me réjouis d'une bonne coopération. Nos deux pays doivent continuer à être unis par une amitié étroite ».

Réactions des institutions européennes

Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, affirme vouloir travailler de la meilleure façon possible avec lui. Ursula von der Leyen, qui va lui succéder le 1er novembre, veut « bâtir une bonne relation » avec Boris Johnson.

Le négociateur en chef de l'UE sur ce dossier, Michel Barnier, a réagi également. « Nous avons hâte de travailler de façon constructive » avec lui, écrit-il.

Au Parlement européen, les Verts appellent pour leur part le Parlement britannique à reprendre le pouvoir en quelque sorte.

Mais la grande crainte des Européens, c'est surtout qu'il entraîne son pays vers un Brexit sans accord le 31 octobre, ce qui signifierait une absence de garanties pour les droits des citoyens, une situation intenable à la frontière irlandaise et une absence de règlement financier. La perspective de devoir négocier avec Boris Johnson la future relation entre l'Europe et le Royaume-Uni, donne déjà des frissons aux responsables européens, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre  Benazet.

L'Iran prévient Londres qu'il « protègera » le Golfe

Quant à l'Iran, pays avec lequel le Royaume-Uni est actuellement en pleine crise diplomatique, son ministre des Affaires étrangères Mohamad Javad Zarif a « félicité » également Boris Johnson.

Mais de prévenir son « ancien homologue » : « Nous avons 1 500 miles de côte sur le golfe Persique. Ce sont nos eaux et nous les protégerons. » Ce dossier du détroit d'Ormuz va sans aucun doute occuper M. Johnson dès son arrivée à Downing Street, puisque c'est une région stratégique pour l'approvisionnement mondial en pétrole.

L'ex-maire de Londres promet au Royaume-Uni un « nouvel esprit de dynamisme » face au « doute » et à la « négativité ». « Nous allons encore une fois croire en nous-mêmes et, tel un géant endormi, nous allons nous lever », assure M. Johnson.

Né à New York en 1964, Alexander Boris de Pfeffel Johnson fait partie de l’élite britannique. Il a vécu à Bruxelles où son père était diplomate, fait ses études à Oxford et bâtit sa carrière sur des excentricités et des mensonges. D'abord journaliste, il se lance ensuite en politique.

Élu maire de Londres en 2008 puis en 2012, il devient en 2016 l'un des leaders de la campagne en faveur du Brexit, promettant de donner les 350 millions de livres que coûte - selon lui - l’UE au NHS, le système de santé britannique. Il fait machine arrière le lendemain du vote (notre portrait).


■ Pas de lune de miel pour « Boris » ?

Boris Johnson a eu beau dans son discours de victoire sur-vitaminé assurer qu’il avait toute confiance dans sa capacité à réussir, la lune de miel chez les Tories, si elle a lieu, sera sans doute de très courte durée, analyse notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix.

Son ascension au pouvoir a déjà été ponctuée de démissions au sein du gouvernement avant même qu’il ne se voit remettre les clés de Downing Street, et il y en a eu d’autres ce mardi. Certes, il s'agit de personnalités qui ne cautionnent pas sa stratégie de Brexit et allaient être congédiées.

Mais cela révèle un parti fracturé. Qui plus est, le futur Premier ministre risque d’être mis en minorité à tout moment car les conservateurs n’ont plus que deux voix de majorité au Parlement après une série d’exclusions de leurs députés.

Si bien que les alliés de Boris Johnson se préparent déjà à l’éventualité d’élections anticipées. Car l'ancien maire de Londres hérite des mêmes problèmes que Theresa May : une UE peu disposée à rouvrir l’accord de Brexit d’un côté, et de l’autre un Parlement et un parti âprement divisés.

Avec, désormais, une fronde non plus de brexiters, dont beaucoup seront désormais dans son gouvernement, mais à l’inverse de partisans d’un maintien dans l’UE et de députés opposés à une sortie sans accord. Ils promettent de lui mettre des bâtons dans les roues à chaque étape.

 

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