Spectacles/France

La galaxie Chéreau s’installe au Louvre

"Salon Denon, Département des Peintures, salle 76"
"Salon Denon, Département des Peintures, salle 76" 2010 Musée du Louvre/Angèle Dequier

Durant tout l’automne, Patrice Chéreau investit le musée du Louvre. C’est la 3e fois que le plus célèbre des musées parisiens donne carte blanche à une personnalité pour organiser des spectacles dans l’enceinte du musée mais c’est la 1ère fois que la manifestation prend autant d’ampleur. Théâtre, danse, concerts, exposition, projections de films, de documentaires. Et rencontres du public avec les artistes que Patrice Chéreau apprécie.

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Ce soir je vais au Louvre, voir du théâtre. Tu vas voir une expo ou tu vas au théâtre ? L’humoriste Raymond Devos aurait certainement su jouer sur ces mots et ces nouvelles situations. Ce qui est sûr, c’est qu’il va bien y avoir du théâtre à l’intérieur du musée du Louvre. La série de manifestations voulues par Patrice Chéreau commence par Rêve d’automne,  une pièce de théâtre du Norvégien Jon Fosse. « La pièce de Jon Fosse est au centre de ce que je propose au Louvre à travers le théâtre, la musique, la danse, la parole, la peinture, le cinéma et la photographie », explique Patrice Chéreau. Après les quelques représentations dans ce lieu inhabituel, pendant les heures de fermeture du musée du Louvre, la pièce déménagera ensuite à quelques pas de là, au théâtre de la Ville où elle sera jouée pendant plusieurs mois. Le décor du salon Denon sera alors reconstitué sur scène.

 

Patrice Chéreau
Patrice Chéreau Nicolas Guérin

Le salon Denon est dédié à la peinture française du XIXe siècle. Il est recouvert de tableaux mais il y a deux couloirs rouges, sur la gauche et sur la droite du salon. Dans l’un de ces couloirs rouges, Le radeau de la Méduse de Géricault, dans l’autre Le sacre de Napoléon de David. Et des tableaux d’Ingres. Pendant la représentation de Rêve d'automne, les comédiens vont entrer et sortir dans ces deux couloirs rouges, de part et d’autre du salon Denon. Pour ce qui est de la salle à l’arrière de la scène, elle va servir de loges. Et il s’agit d’une salle que tout le monde connaît : là se trouve La Joconde que le public appelle familièrement Monna Lisa, le tableau peint par Léonard de Vinci, la peinture la plus célèbre du musée.

Avec la sculpture grecque La victoire de Samothrace, cette zone représente la partie la plus fréquentée du musée, m’explique Stéphane Malfettes, le programmateur du spectacle vivant au Louvre. Et en cette période de vacances scolaires, 30.000 personnes, des visages et des corps, peuvent en une seule journée, faire la traversée esthétique de ces grands espaces dédiés à l’art. 

Bolero two interprété par Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh
Bolero two interprété par Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh Agathe Poupenay/ Photoscène.fr

Patrice Chéreau a aussi choisi plusieurs spectacles de danse. Comme pour la pièce de Jon Fosse, les représentations se tiendront également dans le salon Denon puisque des aménagements temporaires ont été faits pour y trouver un son de qualité et de la lumière. Pendant l’ouverture du musée, tout ce matériel est discrètement replié.

Mais cette programmation offrira d’autres surprises. Certains soirs, les personnes qui viendront assister à un spectacle en verront un autre auparavant. En passant par la galerie Daru, ils pourront y voir Thierry Thieû Niang, complice et collaborateur de Chéreau, danser dans cette salle voutée, bordée de statues et de sarcophages.
 

Romain Duris
Romain Duris DR

Thierry Thieû Niang et Patrice Chéreau font également entrer au musée du Louvre la pièce de théâtre écrite par Bernard-Marie Koltès, le monologue intitulé La nuit juste avant les forêts joué cette fois par Romain Duris. « Je n’avais pas osé le faire (mettre en scène ce texte au moment où Koltès, de son vivant, l’avait proposé à Chéreau), parce que je ne le comprenais pas. C’est un long monologue, de soixante-dix pages, d’un seul bloc, assez terrorisant par sa forme. Il faut y aller humblement, chercher les lignes de force, ce que cela raconte. Et on découvre un texte admirable sur un étranger qui ne se sent pas bien en France, sur le chômage, sur l’absence de travail, sur l’amour, sur quelqu’un qui est seul, qui n’a pas d’argent, qui rêve et essaye de survivre. C’est un texte inouï, un des plus beaux que j’ai mis en scène », explique Patrice Chéreau dans Le Monde magazine du 30 octobre 2010.

Patrice Chéreau organise enfin une exposition de peinture au Louvre. Une quarantaine d’œuvres au total, venant des collections du musée, mais aussi d’autres musées parisiens ou des musées de Tours et Montpellier. « Il s’établit un dialogue des œuvres qui se découvrent l’une à l’autre dans des correspondances poétiques dont le metteur en scène est le révélateur ». (Extrait du livre de Sébastien Allard : Patrice Chéreau, Les visages et les corps).

"Portrait de Michel Leiris" de Francis Bacon (1976)
"Portrait de Michel Leiris" de Francis Bacon (1976) RMN/Bertrand Prévost/Mnam/Centre Georges Pompidou/Adagp Paris
"L’autoportrait en boxeur" de Pierre Bonnard
"L’autoportrait en boxeur" de Pierre Bonnard RNM/Musée d'Orsay/Michèle Bellot/Adagp, Paris 2010

 

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