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France / Goncourt

Goncourt : les prix littéraires, un phénomène français

Chèque de 10 euros remis au lauréat du Goncourt.
Chèque de 10 euros remis au lauréat du Goncourt. Elisabeth Bouvet/ RFI)

C'est le plus prestigieux et le plus rentable des prix littéraires français qui est décerné ce lundi 8 novembre 2010. A plus de cent ans, le prix Goncourt suscite toujours toutes les convoitises. Sa distribution et celle du prix Renaudot terminent une semaine riche en récompenses (prix de l'Académie française, prix Fémina, Médicis). Retour sur un phénomène bien français qui électrise le monde de l'édition.

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C'est incroyable et c'est aujourd'hui. C'est le moment de l'année où un écrivain sera l'égal d'une star de cinéma. Au restaurant Drouant, à Paris, les flashs des photographes font penser au festival de Cannes et un auteur cerné par les micros et les caméras apparaît sonné. Gilles Leroy, Goncourt 2007 pour son roman Alabama Song a vécu ce moment là :

« Ça m'a donné le tournis. J'ai vécu pendant quelques mois, quelques années, dans un tourbillon. Ce qui change dans la vie d'un écrivain, c'est ce que ça donne une grande aisance matérielle. Les écrivains gagnent très mal leur vie, même ceux qui vendent des livres, à moins d'être Marc Lévy. Le prix Goncourt a changé ma vie car j'étais au bord de la faillite personnelle, j'étais dans une sale impasse quand ça m'est arrivé. »

Le gagnant du Goncourt remporte un chèque symbolique de dix euros, Gilles Leroy l'a d'ailleurs fait encadrer. Mais son roman s'est vendu à 250 000 exemplaires et a été traduit dans 28 langues. C'est l'assurance de voyager à travers le monde pendant des mois et de faire une bonne affaire pour sa maison d'édition, Mercure de France. Isabelle Gallimard en est la présidente directrice générale.

« Pour une maison d'édition c'est formidable, mais pour une petite maison d'édition, ça double le chiffre d'affaires de l'année et ça attire de nouveaux talents. Le lauréat fait une promotion énorme, est accueilli partout en France, rencontre les libraires et ça met l'accent sur la maison d'édition. Ensuite le prix est traduit dans le monde entier ce qui procure une aura très importante. »

Les surprises ne sont pas rares

Le prix Goncourt, c'est l'assurance de vendre entre 200 000 et 600 000 exemplaires de son roman. Il s’agit d'ailleurs de l’un des cadeaux de Noël préférés des français. On a souvent glosé sur les prix littéraires, les accusant d'être arrangés entre grosses maisons d'éditions. Gallimard a remporté 37 fois le Goncourt, Grasset 17 fois. Cela a pu être vrai dans le passé mais les petites maisons se sont désormais fait une place et les surprises ne sont pas rares. Emmanuel Pierrat, avocat et romancier, estime que le système a aussi ses avantages.

« Les grandes maisons d'éditions new-yorkaises ne publient plus que des best-sellers, des titres de tête de gondole en hypermarché. Nous avons la chance en France, malgré les défauts, d'avoir des prix littéraires qui ont distingué Alain Mabanckou ou Atiq Rahimi, un écrivain afghan. Cette diversité à laquelle la France politique se refuse, je suis heureux qu'elle existe dans le milieu littéraire malgré les magouilles ou les combines que cela peut impliquer. »

Acheter un prix littéraire, c'est aussi pour le lecteur lambda une façon de se repérer dans le flot des livres publiés à partir du mois de septembre. Mais cette tradition française des prix génère aussi ses effets pervers comme nous l'explique Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, présidente du jury du Grand prix du roman de l'Académie française.

« C'est une pratique qui me paraît avoir un inconvénient : l'effort fait par les auteurs et les éditeurs sur la saison des prix. On se retrouve à la rentrée avec 750 romans. On néglige ce qui n'est pas publié à la saison des prix. Ce serait plus sage et plus équilibré si on publiait des romans tout au long de l'année au lieu de concentrer la masse à la rentrée de septembre. Car les critiques n'ont pas le temps de tout lire et il y a des tas de livres de qualité qui échappent à l'attention des critiques et des lecteurs. »

Malgré tout, les prix littéraires restent une passion française et l'engouement ne se dément pas.

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