Littérature

Le Prix Renaudot pour l’ «Apocalypse bébé» de Virginie Despentes

Virginie Despentes, lauréate du Prix Renaudot 2010
Virginie Despentes, lauréate du Prix Renaudot 2010 Bertini

La romancière et réalisatrice Virginie Despentes, 41 ans, a remporté le prix Renaudot pour « Apocalypse bébé » (Grasset). Un récit sur une époque égarée. La quatrième de couverture promet un « road-book » entre Paris et Barcelone, dont le protagoniste est une de ces femmes « looser » chère à la romancière. Un roman écrit dans une langue vive, électrique et ironique pour dépeindre « une génération vide-merde ».

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Les jurés du prestigieux prix Renaudot ont  consacré l'égérie underground qui, dans les années 90, avait fait peur au monde littéraire avec son roman Baise-moi, paru enfin en 1994. Le film, sorti en 2000, avait soulevé une grande polémique. « Il y a quand même un petit côté politique, raconte-t-elle dans l’émission Culture vive sur RFI, le 20 septembre 2010. Il y a deux filles d’origine nord-africaine qui vont tuer tout le monde. Je pense, les gens du Conseil d’Etat qui ont censuré le film, cela ne leur a pas échappé. »

 

Grasset

« Apocalypse bébé, c’est une série de portraits de gens qui n’ont pas des problèmes moraux, mais plus des problèmes d’impuissance, pas au sens sexuel, mais l’impuissance à faire des choses »,  explique Virginie Despentes.

Le livre met en scène Lucie, âgée de près de quarante ans, employée et mal payée d’une agence de détectives privés. Elle est chargée de retrouver Valentine, une gamine de bonne famille, jeune fille de 15 ans qui a déjà vécu un tas d’expériences. Lucie demande l'aide d'une baroudeuse, « Hyène», homosexuelle et passablement diabolique. « En gros, Lucie est emblématique de ce que j’imaginais être une génération vide-merde. Personne ne s’occupera de les former, ils ont commencé à être stagiaires, une certaine catégorie de trentenaires d’aujourd’hui. »

Ecrivain trash ou grand auteur underground

Né le 13 juin 1969 à Nancy, fille de parents postiers syndicalistes, Virginie Despentes passe son bac en candidate libre et s’installe à Lyon. « Il y a des gens qui font des grandes écoles, moi, j’ai fait du punk-rock. » Pour survivre, elle exerce plein de petits boulots : femme de ménage, prostituée via le Minitel, pigiste pour des journaux rock. Elle est vendeuse au rayon librairie d’un Virgin Megastore à Paris lorsque son premier roman Baise-moi est publié, refusé par de nombreux éditeurs.

Ecrivain trash pour les uns, grand écrivain underground pour les autres, Virginie Despentes soigne un style d’écriture où se mêle le son, le rythme, l’attitude du punk tant aimé. Au final, les livres de Despentes ne laissent jamais indifférent et elle paye toujours de sa personne dans ses romans. En 2006, elle dévoile dans un essai autobiographique, King Kong Théorie, avoir été violée à 17 ans. Un crime qu’elle définit comme « fondateur » : « Le viol, écrit-elle, est un programme politique précis : squelette du capitalisme, il est la représentation crue et directe de l'exercice du pouvoir ».

Après avoir déjà obtenu le prix Trop Virilo pour son livre Apocalypse bébé, le prix Renaudot est l’apogée d’une carrière littéraire guidée plus par une soif de liberté que par une soif d’argent. « Si on écrit des livres juste pour participer aux concours de l’année, cela n’a pas un grand intérêt, parce que c’est chiant à faire ces trucs. »


Virginie Despentes, l’auteur d’« Apocalypse bébé » était l’invitée dans l’émission « Culture Vive » sur RFI le 20 septembre 2010.

 

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