France / Remaniement gouvernemental

France / Remaniement : Bernard Kouchner n’est pas reconduit aux Affaires étrangères

Bernard Kouchner, l'ancien ministre français des Affaires étrangères.
Bernard Kouchner, l'ancien ministre français des Affaires étrangères. Reuters

Bernard Kouchner quitte le gouvernement. Le départ du ministre des Affaires étrangères a été annoncé dimanche 14 novembre 2010 à l’occasion du remaniement ministériel. Il est remplacé par Michèle Alliot-Marie, ancienne ministre de la Justice. Mais cette  sortie n’est pas vraiment une surprise car elle était annoncée depuis plusieurs semaines.

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Il était le symbole de l'ouverture, l'une des plus belles prises à gauche de Nicolas Sarkozy. Lorsqu'il est nommé en mai 2007 au ministère des Affaires étrangères, Bernard Kouchner figure depuis plusieurs années dans le peloton de tête des personnalités préférées des Français.

La politique étrangère s'est toujours faite à l'Elysée.

Pascal Bonifacen directeur de l'IRIS - 1

Co-fondateur de Médecins sans Frontières, le ministre est un homme de terrain, militant de l'ingérence humanitaire, ancien haut représentant de l'ONU au Kosovo, et familier des médias. Apparemment un bel atout pour le chef de l'Etat.

Pourtant, Bernard Kouchner va rapidement éprouver des difficultés à exercer pleinement ses fonctions. Deux hommes en particulier lui font de l'ombre : Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée et Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du chef de l'Etat.

Le premier multiplie les déplacements dans les zones sensibles d'Afrique et du Proche- Orient, le second a la main sur les relations avec les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et la Russie. Peu à peu l'Elysée rogne ainsi de fait le champ d'action d'un ministre des Affaires étrangères impuissant à contrer cette offensive.

La surenchère sécuritaire du gouvernement et la polémique sur le sort réservé aux Roms ne font qu'accentuer le malaise du ministre des Affaires étrangères. Bernard Kouchner avoue en septembre avoir songé à démissionner au cours de l'été. Il aura finalement attendu le remaniement pour rendre les clés du quai d'Orsay.

Il y aura un débat politique très fort sur le fait de savoir s'il faut ou non rester en Afghanistan.

Pascal Boniface, directeur de l'IRIS - 2

Arrivée de Michèle Alliot-Marie au Quai d’Orsay

Michèle Alliot-Marie (MAM) quitte la Justice pour les Affaires étrangères où elle va remplacer Bernard Kouchner. MAM est une habituée des postes à responsabilité depuis 2002.

La Justice, l'Intérieur, la Défense, Michèle Alliot-Marie est depuis 2002 abonnée aux ministères régaliens. L’ancienne présidente du RPR a une vision très gaulliste de ce que doit être aujourd'hui la diplomatie française. Un domaine de plus en plus géré par l'Elysée. Michèle Alliot-Marie va donc devoir marquer son territoire.

De gros dossiers l'attendent puisque la France a pris il y a quelques jours la tête du G20 en pleine guerre des monnaies. La locataire du Quai d'Orsay devra également gérer l'engagement militaire français en Afghanistan et la question des otages.

Mais cette femme de conviction a un avantage : son expérience au ministère de la Défense où elle assurait, par exemple, que la dissuasion nucléaire était l'assurance-vie du pays en termes de défense géostratégique.

Elle a été député européenne au début des années 1990 et revendique l'héritage du général de Gaulle en matière de politique étrangère. Sa nomination devrait donc être bien accueillie dans les pays arabes par exemple. Michèle Alliot-Marie avait été classée en 2007 comme la 11e femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes.

Michèle Alliot-Marie arrive au Quai d’Orsay avec des préjugés favorables notamment en Algérie. En tant que ministre de la Justice, elle était venue pour faire notamment le point de la coopération avec son homologue algérien, Tayeb Belaïz : une coopération dynamique qui tourne bien depuis 2004. Cette visite a toutefois pris une tournure hautement politique avec l’audience que lui a accordée le président Bouteflika, puis un entretien avec le Premier ministre, ainsi que plusieurs ministres.

Vu d'Alger, une représentante du « gaullisme authentique »

Commentateurs et analystes locaux ont couvert la ministre d’éloges lors de sa visite. Certains soulignaient qu’elle incarne le « gaullisme authentique » et d’autres l’ont qualifiée d’« amie de l’Algérie ». Mais dans la foulée, tous critiquaient Bernard Kouchner et sa conception jugée antidiplomatique des relations avec Alger. Aujourd’hui, à l’unanimité, ils applaudiront son remplacement au Quai d’Orsay par Michèle Alliot-Marie.

Le 18 octobre dernier, c’était la quatrième visite de Michèle Alliot-Marie en Algérie depuis le début de la présidence Sarkozy. Elle avait dit alors au sujet des relations franco-algériennes qu’elles « sont très étroites, un peu comme dans un couple, un couple qui se connaît depuis longtemps », et, avait-elle souligné, ce couple « a toujours l'occasion de se réconcilier et de se retrouver de façon plus étroite ».
 

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