France/Design

Andrée Putman, la reine du design qui déteste le bon goût

Jean-Baptiste Huynh
30 mn

Andrée Putman, 84 ans, icône du design français, est enfin honorée à Paris avec une grande rétrospective de sa carrière mondiale. « Andrée Putman, Ambassadrice du style » présente jusqu’au 26 février à l’Hôtel de Ville de Paris ses célèbres architectures d’intérieures avec son fameux style épuré et élégant : rééditions de mobilier, reconstitutions de lieux, le légendaire piano « Voie lactée »…

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Sa haute silhouette toujours impeccable, son œil bleu et sa coupe au carré asymétrique ont marqué le milieu du design des années 80. Andrée Putman adorait les fêtes, la nuit, les artistes. Aujourd’hui, à presque 85 ans, elle ne sort plus guère, ce qui ne l'empêche pas de garder un œil attentif sur son agence. Son style d'une simplicité radicale a fait mouche.

C’est désormais sa fille Olivia qui a repris l'entreprise et qui s'improvise commissaire de l'exposition Andrée Putman, Ambassadrice du style. « Ce qui définit Andrée, ma mère, c’est avant tout son esprit touche-à-tout. La manière dont elle a su sauter du coq à l’âne, passer de la musique à devenir coursier pour un magazine, puis devenir directrice artistique pour Prisunic, puis repartir dans d’autres directions avec son ami Didier Grumbach pour Créateurs & Industriels, puis ce rebond, alors qu’elle n'a que 53 ans. Elle décide de monter enfin ce qu’elle appelait sa boîte, son entreprise, qu’elle prénomme Ecart, parce qu’elle se sent à l’écart, elle sent qu’elle défend des idées que personne ne suit tellement, jusqu’au succès foudroyant qu’aura le Morgans à New York, le premier boutique-hôtel en 1984 où elle devient la reine du damier, la grande dame, l’ambassadrice etc.

Découvrez l'exposition "Andrée Putman, Ambassadrice du style" en douze images

New York lui donne ses lettres de noblesse, André Putman rénove aux quatre coins du monde des boutiques, des hôtels, des bureaux, des musées, des maisons particulières bien sûr et même l'intérieur du Concorde, l'avion supersonique. Elle dessine le bureau de Jack Lang alors ministre de la culture. Son objectif : faire du beau avec des matériaux pauvres, s'appuyer sur la rigueur pour mieux se laisser aller à sa fantaisie. Ses espaces sont lumineux, sobres, raffinés, saupoudrés de camaïeu beige et gris. Andrée Putman remet au goût du jour le mobilier courbe. Les années 1930 sont sa source d'inspiration.

Le goût du beau ne lui est pas venu par hasard. Andrée Christine Aynard naît le 23 décembre 1925. Fille de famille bourgeoise, issue de l'illustre lignée des de Montgolfier, les inventeurs du ballon à air chaud, la jeune Andrée passe son enfance parisienne au piano, ses vacances dans la résidence secondaire familiale qui n'est autre que l'abbaye cistercienne de Fontenay en région Bourgogne, et son goût se forge. « Cela l’a intéressé de mettre le beau et l’utile à la portée de tous. Cela l’amuse d’être en haut de l’affiche. Elle s’est battue pour imposer son goût, son style, après avoir pas mal souffert de toutes ces batailles. »

Andrée Putman, qui a toujours dit détester le bon goût, en est pourtant devenue l'incarnation. Son mobilier et ses objets du quotidien intemporels se montrent désormais dans les musées.

Cette idée du luxe à travers les matériaux est une idée extrêmement vulgaire.

Andrée Putman

« Andrée Putman, Ambassadrice du style » se tient jusqu’au 26 février à l’Hôtel de Ville de Paris. L’entrée est gratuite.

 

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