France / Politique

France: faut-il faire confiance aux sondages ?

Nicolas Sarkozy est le plus grand consommateur d'études d'opinion et de baromètres de tous les présidents de la Ve République.
Nicolas Sarkozy est le plus grand consommateur d'études d'opinion et de baromètres de tous les présidents de la Ve République. The Image Bank/Sparky
Texte par : Laurence Théault
4 mn

Chaque journal à son baromètre, chaque homme politique scrute la moindre étude d’opinion avec anxiété et le grand public connait par cœur le nom des instituts de sondages. Mais cette sur-médiatisation sans mise en perspective revient parfois à de la désinformation. Le débat n'a jamais aussi intense que depuis la présidence de Nicolas Sarkozy.

Publicité

Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy, a fait fortune en deux ans et demi grâce à la boulimie du président de la République, plus grand consommateur d'études d'opinion et de baromètres de tous les présidents de la Ve République. Une addiction qui a pris tellement d’ampleur qu’un juge d'instruction a été nommé pour enquêter sur les sondages de l'Elysée. Mais c'est la Cour des comptes qui, dans son rapport de 2009, avait mis le feu aux poudres en contrôlant le budget de l'Elysée et en découvrant des dépenses colossales allouées aux sondages.

Une affaire d’experts

Alors faut-il faire confiance aux sondages ? Ipsos, Sofres, Ifop sont devenus des mots familiers du grand public. Il ne se passe pas un jour sans que les médias nous abreuvent de sondages. Pourtant, les personnalités politiques peuvent caracoler en tête des sondages un jour et s'effondrer le lendemain, posant la question de la crédibilité de ces études.

« Tous les politiques travaillent à partir de sondages de façon continue et calent leur discours et leur prise de parole en tenant compte de ces paramètres, concède le politologue Olivier Rouquan. Nous vivons dans une démocratie de communication politique, tout est testé en permanence à l’aide de sondage. Les politiques construisent leur stratégie en s’appuyant sur ces baromètres d’opinion mais il ne faut pas s’arrêter là. »

Pour Olivier Rouquan, « les sondages sont des outils quand ils sont bien faits mais il y a une interprétation trop simplificatrice de ces enquêtes. On ne prend pas assez de temps et les médias n’ont pas suffisamment d’experts en interne pour commenter les choses et les mettre en relation. Se contenter de dire dans le journal de 20 heures, d’une semaine sur l’autre, que telle personnalité politique a gagné tant de points par rapport à une autre, c’est une aberration. »

Tabac ou flop

Interpréter les données d'un sondage, c'est justement la tâche de la jeune journaliste Charlotte Chaffanjon, de l’hebdomadaire Le Point. Chaque mois, elle commente le baromètre sur la cote des personnalités politiques réalisé pour son magazine par Ipsos. Ce mois-ci, c'est la chute de Dominique Strauss-Kahn, perdant sept points chez les Français et quatorze chez les socialistes, qui retient son attention.

Son rôle est de resituer ces informations dans leur contexte. En l’occurrence, Dominique Strauss-Kahn a subi de nombreuses attaques de la droite, qui lui reproche d’être « le candidat des bobos », et certaines personnalités de gauche ont souligné que l’actuel directeur de FMI était très éloigné des Français.

Chaque baromètre exige une analyse mais comment comprendre que, d'un sondage à l'autre, la même personnalité politique fasse un tabac puis un flop ? « Notre sondage est mensuel et nous posons toujours la même question, " que pensez-vous de l’action menée par telle personnalité politique ? " donc nous pouvons nous fier aux variations de ces sondages, explique Charlotte Chaffanjon. Cela dit, si par exemple dans un autre journal, on demandait " voteriez-vous pour Dominique Strauss-Kahn ? " le " oui " pourrait l’emporter, tout simplement parce que la question posée n’est pas la même. »

Qui fait quoi ?

Tout dépend donc de qui commande le sondage et de la manière dont la question est posée, et à quel moment ? Pour Olivier Rouquan, il faut donc savoir déjouer les pièges. « On sait grâce aux sondages que, lors des élections, il y a entre 20 et 30% des gens qui se disent susceptibles de changer d’avis, précise le politologue. C’est précieux, on sait qu’on ne sait pas. Encore une fois, pour éviter la manipulation, il ne faut pas donner des résultats de sondages sans les expliquer. »

Pour éviter cette manipulation et la sur-médiatisation des sondages, le sénateur UMP Hugues Portelli et le sénateur PS Jean-Pierre Sueur ont fait une proposition de loi pour plus de transparence dans ce domaine. Un texte qui vient d'être rejeté par le gouvernement.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail