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France

Hommage national à Aimé Césaire, une fresque monumentale au Panthéon

Une fresque commémorative dédiée à Aimé Césaire est inaugurée ce mercredi 6 avril au Panthéon.
Une fresque commémorative dédiée à Aimé Césaire est inaugurée ce mercredi 6 avril au Panthéon. © Présidence de la République

Ce mercredi après-midi 6 avril au Panthéon à Paris, la France rendra un hommage national au poète martiniquais Aimé Césaire. L’intellectuel, chantre de la négritude et de la décolonisation, est décédé le 18 avril 2008 à l’âge de 94 ans. Conformément à sa volonté, son corps restera dans son île natale. Au Panthéon, une plaque à sa mémoire sera apposée et au cœur de la nef une fresque monumentale installée, composée de portraits évocateurs de quatre périodes de la vie de Césaire. S’agit-il d’un hommage à l’auteur du Discours sur le colonialisme ou d’une réparation aux cultures d’Outre-mer ? Entretien avec l’historien Oruno D. Lara, fondateur et directeur du Centre de recherches Caraïbes-Amériques (Cercam) à l’université Paris X, qui avait rencontré Aimé Césaire plusieurs fois.

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RFI : A sa mort en 2008, tout le monde avait rendu hommage au chantre de la négritude et de la décolonisation. Qu’est-ce que l’entrée symbolique d’Aimé Césaire au Panthéon apporte de plus ?

Daniel Maximin, écrivain, poète et ami d'Aimé Césaire, était l'invité de "Culture vive" sur RFI.

O.D.L. : Quand on dit « chantre de la décolonisation », je ne suis pas du tout d’accord. Pour moi, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion, ce sont encore des colonies. Quelle est aujourd’hui le taux de chômage dans ces départements d’outre-mer ? Aujourd’hui, c’est l’hommage du gouvernement français à Aimé Césaire. On veut faire de lui la figure de la décolonisation, mais il n’a rien décolonisé. Il a obéi à de Gaulle, à Malraux, il a toujours dit oui. Aujourd’hui, en France, dans l’hexagone, il n’y a aucune chaire universitaire de l’histoire de Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane. Voilà la vérité.

RFI : En quoi consiste le génie d’Aimé Césaire ?

O.D.L. : Il faut bien replacer Césaire dans l’histoire de la Martinique. En Martinique, il y a trois catégories de personnes : il y a les colons békés qui sont encore en Martinique. Il y a « les nègres libres » qui étaient libres avant 1848. C’est le cas de Césaire et de sa famille. Et puis il y a ceux qui étaient libérés en 1848 et leurs descendants. Césaire appartenait à une famille aisée, ce que lui a permis d’entrer à l’Ecole normale supérieure, de faire de brillantes études et de devenir professeur. Ce n’est pas un génie, c’est un homme qui est devenu maire de Fort-de-France alors qu’il ne connaissait rien en politique, qui a accepté de jouer le rôle que lui a fait jouer le Parti communiste martiniquais. Il se retrouvait député à Paris en 1945 et il a été complètement roulé dans la farine – c’est lui-même qui m’a parlé de cela – par Jacques Soustelle en 1945, qui était ministre des Colonies dans le gouvernement provisoire de Gaulle, et puis par Gaston Monnerville, chargé de préparer le statut de l’Outre-mer français. Césaire est devenu le rapporteur de cette loi du 19 mars 1946, érigeant la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion en départements. Césaire a été pris dans cette ambivalence.

RFI : Aujourd’hui, tout le monde se réfère à Césaire. Le président Sarkozy, qui a été sévèrement critiqué par Césaire pour son discours évoquant « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire », tient, ce 6 avril, un discours en hommage à Césaire au Panthéon. L’héritage de Césaire, aujourd’hui, est-il galvaudé et récupéré ?

Témoignage d'Emile Zinsou, ancien président de la république du Bénin et ami d'Aimé Césaire.

O.D.L. : De son vivant, Césaire était interdit d’antenne à la radio et à la télévision française. C’était longtemps l’ennemi public numéro 1. Personne ne voulait l’entendre. Sitôt mort, tout le monde l’écoute. Finalement, un nègre mort est un bon nègre. Il aurait été vivant maintenant, personne ne l’aurait écouté, et surtout pas le président Sarkozy.

RFI : Avec tous les articles, livres, manifestations depuis trois ans, on a l’impression que tout est dit sur l’homme, l’écrivain et l’homme politique Aimé Césaire. Reste-t-il encore une partie de la vie ou de l’œuvre d’Aimé Césaire ignorée ou mal connue ?

O.D.L. : Il y a beaucoup de choses que nous devons encore découvrir sur Césaire. D’abord sa propre vie, le personnage lui-même, qu’on ne connaît pas du tout. Si vous allez en Martinique, le maire du Marin pourrait vous dire beaucoup de choses sur cette question, mais personne n’en parle. Toute l’histoire autour de la loi du 19 mars 1946, dont il était le rapporteur, personne ne sait comment cela s’est concrètement fait. Il a été piégé par le ministre des Colonies, Jacques Soustelle. Aimé Césaire m’avait dit qui il ne pouvait pas en parler. Ce sont des choses que les Martiniquais ignorent.

Découvrez l’hommage national à Aimé Césaire en images

A lire et à écouter aussi:
- La Nation rend hommage à Aimé Césaire, rfi (21/04/2008)
- Les 90 ans d’Aimé Césaire, rfi (26/06/2003)
- Aimé Césaire s'explique sur RFI, (08/09/2001)

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