FMI

Christine Lagarde entre en campagne

Christine Lagarde, ministre française de l'Economie se rend à une conférence de presse pour annoncer sa candidature à la direction du FMI, le 25 mai 2011 à Paris.
Christine Lagarde, ministre française de l'Economie se rend à une conférence de presse pour annoncer sa candidature à la direction du FMI, le 25 mai 2011 à Paris. AFP / Bertrand Langlois

Christine Lagarde a mis fin au suspense et a annoncé qu’elle était candidate à la direction du Fonds monétaire international. Après le scandale provoqué par l’affaire Strauss-Kahn, la ministre de l’Economie a la lourde tâche de persuader les pays membres du FMI qu’elle est la bonne personne pour occuper ce poste. Malgré la menace d’ouverture d’une enquête de la Cour de justice de la République pour sa gestion de l’affaire Tapie.

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Christine Lagarde va devoir convaincre si elle veut être élue à la tête du Fonds monétaire international. Et ça ne sera pas facile. Elle le sait. La démission de Dominique Strauss-Kahn, accusé d’agression sexuelle, a bouleversé la donne dans cette institution où il est de tradition de confier la direction à un Européen. Les pays émergents ont tout de suite fait valoir qu’il était temps de changer les règles établies pour sortir de la guerre.

C’est pourquoi la ministre française de l’Economie a annoncé qu’elle allait engager une tournée des pays membres pour leur exposer ses ambitions et ses atouts. Tour à tour avocate, dirigeante d’entreprise, ministre, Christine Lagarde a une expérience professionnelle à faire valoir. Mais elle veut aussi être reconnue et appréciée en tant que « femme ». Une manière peut-être de bien marquer sa différence avec le directeur général démissionnaire.

Tourner la page DSK

Car Christine Lagarde a la lourde tâche d’essayer de tourner la page DSK en douceur. Pour y parvenir, elle bénéficie de nombreux soutiens en Europe et bien évidemment d’abord en France. Pour Nicolas Sarkozy, il est important de réussir à faire élire sa ministre de l’Economie à la tête d’une institution qui joue un rôle majeur dans la gestion de la crise financière internationale et dans les plans de sauvetage des pays européens. Mais le contexte étant difficile, le président français et ses alliées européens doivent prendre en compte les susceptibilités et les revendications, négocier et ne pas imposer.

Et de ce point de vue, Christine Lagarde a les qualités pour relever le défi. Celle qui fut désignée en 2009, meilleur ministre européen des Finances par le Financial Times, est très appréciée sur la scène internationale où sa compétence et sa diplomatie sont largement reconnues. Elle parle parfaitement l’anglais et dispose d’un réseau de haut niveau.

Ses principaux détracteurs se trouvent, en fait, en France où sa carrière d’avocate dans un cabinet américain et ses idées libérales ne sont pas appréciées de tous. Même si la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a apporté son soutien à la candidature de Christine Lagarde, d’autres responsables de gauche ont fait preuve de beaucoup moins d’enthousiasme. Parmi eux, Benoît Hamon, le porte-parole du PS, qui a estimé : « Notre objectif est que le Fonds monétaire international travaille davantage à ce qu’il y ait de la régulation. Or Madame Lagarde a travaillé à la dérégulation dans toute sa carrière politique ».

Le risque de l’affaire Tapie

Mais le principal handicap de Christine Lagarde vient de la menace d’ouverture d’une enquête de la Cour de justice de la République qui pèse sur elle. Christine Lagarde est suspectée d’avoir choisi de manière abusive de régler le contentieux dans l’affaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais en choisissant un arbitrage, c’est-à-dire une procédure privée, qui a coûté au final plusieurs centaines de millions d’euros à l’Etat.

Jérôme Cahuzac, le président socialiste de la commission de Finances de l’Assemblée nationale, a ainsi mis en garde en déclarant : « Je trouve les autorités françaises imprudentes. Incontestablement, des nuages judiciaires assombrissent la perspective de carrière de Mme Lagarde ». Ségolène Royal a elle aussi estimé qu’il fallait des « clarifications » sur la « lamentable » affaire Tapie, ajoutant : « Il ne faudrait pas qu’un deuxième scandale éclate à la tête du FMI, parce que là, franchement, pour la France, ce serait un coup fatal ».

Une perspective qui ne semble pas effleurer Christine Lagarde. Interrogée pour savoir si elle renoncerait à sa candidature en cas d’enquête, elle a affirmé, forte de la certitude d’avoir « respecté la loi », qu’il n’en était pas question. 

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