France / Justice

L'ancien juge Bruguière en accusation dans l'affaire Karachi

Ancien juge de la lutte antiterroriste, Jean-Louis Bruguière est aujourd'hui sur la sellette dans le dossier Karachi.
Ancien juge de la lutte antiterroriste, Jean-Louis Bruguière est aujourd'hui sur la sellette dans le dossier Karachi. AFP / Lionel Bonavanture

L'ancien juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière fait l’objet d’une plainte déposée le 10 juin 2011 par les familles des victimes de l’attentat de Karachi, qui avait fait 15 morts en mai 2002. L’ex-magistrat est accusé de faux témoignage et d’entrave à la justice dans ce dossier opaque où semblent s’opposer politique et justice.

Publicité

L'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière est à son tour épinglé dans l'affaire de l'attentat de Karachi qui avait fait 15 morts, dont 11 salariés de l'armement français, le 8 mai 2002 dans la capitale économique du Pakistan. Plusieurs familles de victimes ont porté plainte vendredi 10 juin 2011 contre l'ancien magistrat pour faux témoignage et entrave à la justice. Et pour avoir, en l'occurrence, écarté du dossier de l'instruction judiciaire un rapport médico-légal qui, dès l'été suivant, contredisait la thèse de l'attentat islamiste perpétré par al-Qaïda.

L’arme du secret défense

Le document fait partie de la routine judiciaire. Il s’agit d’une expertise menée sur le lieu de l'attentat et destinée à l'instruction. Mais voilà : il n'a pas été versé au dossier dont Jean-Louis Bruguière avait la charge jusqu'en 2007. L'ancien magistrat, entendu par son successeur le mois dernier sur cette étrange disparition, est mis en cause par Olivier Morice, l'avocat des parties civiles.

Le juge Bruguière n'a pas remis un rapport qui fragilisait la version d'un attentat d'al-Qaïda

Me Olivier Morice

L’ex-juge Bruguière est d'autant plus soupçonné de mensonge et d'entrave à la justice que deux légistes français ont confirmé, récépissé à l'appui, lui avoir remis leur rapport le 2 juillet 2002. Plus grave encore, le document s'est retrouvé, dès le lendemain, entre les mains de la DST. Cette intervention du contre-espionnage étaie, pour les familles, l’hypothèse de l'attentat politique.

De lourds soupçons de rétrocommissions, qui auraient illégalement financé la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, pèsent sur cette affaire depuis plusieurs années. La justice s’est jusqu’ici toujours trouvée confrontée à un obstacle redoutable : le secret défense. Les familles des victimes comptent cependant faire jouer une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour obtenir la vérité. La Cour de cassation dira le 31 août si elle la transmet au Conseil constitutionnel.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail