Littérature / Académie française

Weyergans prend le fauteuil réputé maudit de l’Académie française

L'écrivain François Weyergans dans le nouvel habit d'Académicien qu'il a endossé le 16 juin 2011.
L'écrivain François Weyergans dans le nouvel habit d'Académicien qu'il a endossé le 16 juin 2011. AFP/Miguel Medina

L’inclassable François Weyergans a été reçu ce 16 juin 2011 à l’Académie française où il est arrivé alors que la cérémonie de son intronisation avait déjà commencé. L’écrivain franco-belge est considéré comme un original. Mais cette fois, il est en habit vert d'immortel et va faire l'éloge de Maurice Rheims, son prédécesseur au fauteuil 32 vacant depuis 8 ans.

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Il y a encore quelques années, il fallait frapper trois fois à la porte de François Weyergans pour pouvoir entrer dans son appartement. Une habitude de l'époque où il y avait plus de créanciers que de journalistes qui frappaient à sa porte. Peu après son prix Goncourt en 2005, il avait déménagé dans un appartement à côté des Halles, au cœur de Paris, et l’ex-écrivain fauché était ravi de diviser ses factures de taxi par cinq.

Un auteur francophone

Aujourd’hui, le souci des impayés, c’est du passé, et le futur, c’est l’immortalité sous la Coupole. Quelle satisfaction d’entrer à l’Académie française pour ce fils d’écrivain, né d’un père belge et d’une mère française le 2 août 1941 à Etterbeek, près de Bruxelles, en Belgique. Au-delà de la littérature, François Weyergans est adepte du triptyque culturel belge : cinéma, danse, bande dessinée. Ce passionné de Tintin et de Godard avait commencé sa carrière en tant que cinéaste avec un premier film sur le chorégraphe Maurice Béjart en 1961. Et avant d’être un romancier franco-belge, il reste un auteur francophone. Quant à la langue française, il persiste et signe que ce sont les Belges qui ont écrit les meilleurs livres de grammaire, dont il se réclame être un fervent admirateur. L’œuvre de François Weyergans n’a jamais fait l’unanimité et comporte une petite liste de douze romans, presque toujours couronnés de prix littéraires et souvent avec des personnages qui lui ressemblent.

Après son début littéraire Salomé, paru pendant la révolution de 1968, c’est surtout le prix Roger Nimier pour le très sarcastique livre Le Pitre en 1973 qui l'a fait connaître dans le monde littéraire. La Démence du boxeur lui a valu le prestigieux le Renaudot en 1992 avant d’obtenir le Grand Prix de la langue française pour Franz et François en 1997 et le très prisé Goncourt en 2005. Avec Trois jours chez ma mère, il nous avait déjà familiarisés avec l’éternité. Plusieurs fois, il avait annoncé la parution de son roman, avant de repousser chaque fois la sortie à l’infini. Après avoir, pendant cinq ans, mené en bateau son éditeur et ses lecteurs, et après avoir traversé, selon ses propres dires, des « états subdépressifs », il présente enfin un roman d’une simplicité désarmante et double ainsi sur la dernière ligne droite le grand favori Michel Houellebecq.

Une histoire d'amour

A bientôt 70 ans et au zénith de sa carrière, François Weyergans, l’heureux élu, reste un accro de sa boîte mail et un noctambule avéré. Cela tombe bien, le discours à l’Académie française est à 15 heures. Weyergans avait déjà annoncé qu'il se ferait un plaisir de transformer l’éloge de son prédécesseur au fauteuil 32, Maurice Rheims, en un discours amusant sur un personnage de fiction. Il a l’intention de se servir de son épée d’académicien aussi pour des causes justes et politiques. Dans son comité de l’épée, il fait la part belle aux dissidents chinois Ai Weiwei et Chen Guangcheng et au cinéaste iranien Jafar Panahi. Côté littérature, il a promis une nouvelle œuvre pour 2012 qui s’annonce radieuse : « Mon nouveau roman est une histoire d’amour. »

 

L'écrivain François Weyergans occupera le fameux fauteuil 32, vacant depuis huit ans et réputé maudit. Crise de vocation ou malédiction, Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'institution créée par Richelieu en 1635, a bataillé six longues années avec ses pairs pour trouver un successeur à l'écrivain et historien d'art Maurice Rheims, disparu en 2003 et qui avait siégé pendant 27 ans.

Sa fille, Nathalie Rheims, blessée d'attendre pendant huit ans l'éloge de son père, vient d'ailleurs de consacrer un livre mordant au siège infernal, Le Fantôme du fauteuil 32 (éditions Léo Scheer). Avant que le choix des immortels ne se porte sur François Weyergans, Alain Robbe-Grillet avait été élu au fauteuil 32 en mars 2004. Mais le père du Nouveau Roman mourra avant son intronisation, après avoir refusé de porter l'habit vert et de préparer un discours.

Avant lui, Robert Aron, qui avait précédé Maurice Rheims au 32, n'était pas non plus parvenu à s'y asseoir. Elu en 1974, l'historien devait être reçu sous la Coupole le 25 avril 1975. Il mourra six jours avant. Dans un passé plus lointain, Hippolyte Langlois, auteur d'ouvrages de théorie militaire, n'avait passé que sept mois sur ce fauteuil. Un autre titulaire du fauteuil 32, Louis-Simon Augier, élu en 1816, fut le premier immortel à se donner la mort... Une série noire qui inspira une farce policière à l'auteur de Rouletabille, Gaston Leroux, Le fauteuil hanté, publiée en 1911.

Bravant la superstition, François Weyergans se réjouit sans état d'âme de son arrivée à l'Académie. Et, fait-il remarquer, « bien d'autres fauteuils ont connu la mort d'immortels... »

 

François Weyergans était l’invité de « Culture Vive » sur RFI le 25 octobre 2005 pour son roman « Trois jours chez ma mère ».

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