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Arts Premiers / Musée du Quai Branly

Les cinq ans du musée du Quai Branly : « un besoin de la société »

Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly, fait le geste de la statue de Sossa Dede, datée entre 1889 et 1893 et qui représenterait Béhanzin, dernier roi du Dahomey.
Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly, fait le geste de la statue de Sossa Dede, datée entre 1889 et 1893 et qui représenterait Béhanzin, dernier roi du Dahomey. Fatoumata Diabaté

Ce 20 juin marque le cinquième anniversaire du musée du Quai Branly à Paris. Depuis l’ouverture, le musée a programmé 45 expositions et accueilli plus de 7 millions de visiteurs. Désiré, décidé et inauguré par le président Jacques Chirac en 2006, le musée des arts premiers est devenu le musée de l’autre. Cette institution unique en France aborde exclusivement les cultures non européennes et a su surmonter les questions difficiles du début. Entretien avec Stéphane Martin, président du musée du Quai Branly, avant la fête du week-end anniversaire du 24 au 26 juin.

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Les invités de « Culture Vive » sur RFI ce 24 juin : Stéphane Martin, le président du musée du Quai Branly et Anne-Christine Taylor, directeur de la Recherche et de l’Enseignement au musée du Quai Branly.

RFI : Quel est pour vous le plus grand succès du musée du Quai Branly après cinq ans d’existence ?

Stéphane Martin : Le plus grand succès est de s’être installé dans le paysage culturel parisien. Plus de la moitié des gens qui poussent la porte du Quai Branly ne sont pas à leur première visite et 7 millions de visiteurs ont déjà poussé cette fameuse porte d’entrée. C’était tout à fait inespéré de voir un musée consacré à tous –sauf à nous-même, les Européens- acquérir aussi rapidement le statut d’un des premiers musées parisiens.

RFI : Quand on s’approche du musée, il y a d’abord l’architecture qui frappe : un musée construit sur pilotis, avec des grandes « boîtes » colorées. A l’intérieur, il n’y a pas de portes et une rampe anguiforme sans marche qui remplace l’escalier. L’architecture de Jean Nouvel a-t-elle tenu ses promesses ?
 
S.M. : Oui. Ce musée correspond à ce que nous voulions, ce que nous avions imaginé. C’est un bâtiment qui est doux, aimable, proche de la nature. Tout est fait pour rassurer le visiteur, l’inciter à se sentir à l’aise et lui offrir un contact direct et libre avec les objets. C’est le contraire de ces grands musées d’ethnologie à l’ancienne qui sont impressionnants et très réfrigérants et qui créent une espèce de distance entre les œuvres et les visiteurs. Ici, tout est fait pour qu’il ait une intimité, une proximité entre les visiteurs et ce qu’ils viennent voir.

RFI : A l’ origine du  musée du Quai Branly, il y avait une fusion : 250 000 objets sont venus du musée de l’Homme, 25 000 objets du musée national des arts d’Afrique et d’Océanie. Certains avaient parlé d’une dépossession des collections. Que reste-t-il de la polémique ?
 

On invite les uns et les autres à s’écouter, à se regarder et à échanger.

Stéphane Martin sur le rôle du Quai Branly

S.M. : Vous savez, dans l’histoire de France, les collections sont éternelles, parce qu’elles se succèdent de siècle en siècle, mais à toutes les époques, il y a eu des projets nouveaux et chaque fois quand il y a un projet nouveau, il implique une dépossession. Lorsque Napoléon décide de créer le musée de Saint-Germain-en-Laye, il dépossède le Louvre. Lorsque, plus tard, on décide de créer le musée de l’Homme, on dépossède le musée de Saint-Germain-en-Laye. Quand André Malraux crée le musée des arts d’Afrique et d’Océanie, il le fait encore en prélevant des objets contre l’avis de la direction du musée de l’Homme. Donc, un musée doit être un projet culturel et scientifique en phase avec l’époque.
Aujourd’hui, les collections qui étaient autrefois au musée de l’Homme et au musée des arts d’Afrique et d’Océanie, sont au meilleur état, parce qu’elles ont été traitées, désinfectées. Elles sont intégralement accessibles par internet –autrefois, elles ont été presque intégralement inaccessibles au fond des caisses où elles ont étét dévorées par des petites bêtes. Elles sont traitées, parce que le nombre d’objets prêtés à des musées français ou à l’étranger a été multiplié par vingt depuis l’ouverture du musée du Quai Branly. Et surtout, elles sont visibles à la fois dans la présentation permanente et dans les expositions temporaires. Je pense, que la polémique s’est arrêtée d’elle-même à partir du moment où l’on a vu que ce projet a été un bien pour la collection.

RFI : L’ancienne ministre de la Culture du Mali, Aminata Traoré, avait sévèrement critiqué qu’on montre fièrement les sculptures africaines à Paris, mais qu’on refuse en même temps aux Africains de venir en France. Qu’on montre les objets d’une manière esthétisante et dénaturée. Comment les pays d’Afrique ou d’autre pays qui sont à l’origine de ces pièces exposées ici voient aujourd’hui le musée du Quai Branly ?
 
S.M. : Nous venons d’ouvrir une exposition au Mali, consacrée à une partie de la culture malienne, la culture bambara. Nous avons une autre exposition, consacrée à Présence africaine, une revue très importante de la littérature africaine, qui se tient à Dakar. Nous avons participé à la création du musée de Karat-Konso en Ethiopie. Nous avons des projets en Afrique du Sud. Nos liens avec l’Afrique sont étroits. En même temps, c’est mal connaître les musées que de croire que dans un musée un objet peut poursuivre sa vie d’antan et de se retrouver dans la situation sociale et culturelle qu’il avait autrefois. La remarque d’Aminata Traoré vaut aussi pour le Louvre. Lorsqu’une madone qui a été destinée à être dans une chapelle et à être priée par des dévots se retrouve installée dans une salle dans laquelle défilent des touristes qui n’appartiennent pas à cette religion, elle ne se trouve évidemment plus dans son contexte d’origine. Un musée est par définition un lieu hors société et le rôle du musée est de créer les possibilités de cette interprétation et de cette lecture.

RFI : Quel est aujourd’hui le rang du Quai Branly parmi les musées au niveau international ?
 

sf

S.M. : Ce n’est pas à moi de faire ce type de classement. Je n’ai pas d’idée précise sur le rang et on n’est pas dans une compétition de beauté. Ce qui m’importe, c’est que ce musée correspond à un besoin de la société, que ses visiteurs sont vraiment des usagers, qu’on vient ici pour une réponse ou des éléments concernant le grand questionnement de notre génération, c’est à dire comment essayer d’habiter un peu plus intelligemment la planète : comment mieux écouter la diversité culturelle, la diversité des langues, des pratiques sociales pour construire un monde meilleur. De ce point de vue, c’est un musée moderne, en phase avec l’époque et c’est la raison de son succès.

RFI : Ouverture, pluralité, diversité, richesse sont les mots-clé du musée pour aborder les cultures non-européennes. Ont-ils aussi influencé le débat en France sur des sujets comme l’intégration ou l’immigration ?
 
S.M. : Une des fonctions que le musée n’admet pas facilement, c’est qu’il crée du prestige. Il est aussi là pour créer de la valeur. Le socle sur lequel on hisse une statue, ou la vitrine sous laquelle on glisse la robe de Marilyne Monroe ou les escarpins de Greta Garbo, cela crée du prestige, cela crée de la valeur. Le fait que des cultures qui jusque-là étaient considérées simplement comme des espèces d’anecdotes ou des traces –certes intéressantes, exotiques- d’un monde en disparition aient accès au même piédestal, au même prestige, induit, curieusement mais réellement, un regard différent de respect et d’attention pour les créateurs de ces œuvres. Un musée comme le notre est indiscutablement un instrument de cohésion et de construction positive d’une société métisse ou pluriculturelle.

RFI : Avez-vous déjà un mot-clé en tête pour les cinq ou même cinquante ans à venir du musée du Quai Branly ?
 
S.M. : Pour les cinquante ans à venir, je ne suis pas sûr d’être au retour (rire). Maintenant, l’enjeu est de nous installer durablement dans ce paysage. Ce qui a fait l’originalité du Quai Branly, c’est que dès le premier jour, le mot-clé était le public. Ce que nous souhaitons est d’être à l’écoute des visiteurs, des utilisateurs, des usagers du Quai Branly et d’évoluer dans le sens qui correspondra à leurs questions, interrogations et besoins. L’autre mot-clé est l’internationalisation, parce que le monde est peuplé des musées nationaux. Nous sommes une sorte d’anti-musée national et il est important que les musées échangent encore davantage entre eux et que le musée du Quai Branly élargisse encore son réseau de partenaires internationaux.
 

La fête des 5 ans
sf

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