France/Otages

Otages français : après la libération, des interrogations

Après la libération de Stéphane Taponier (à gauche) et de Hervé Ghesquière, des questions subsistent sur les conditions de leur remise en liberté.  Villacoublay, 30 juin 2011.
Après la libération de Stéphane Taponier (à gauche) et de Hervé Ghesquière, des questions subsistent sur les conditions de leur remise en liberté. Villacoublay, 30 juin 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes
Texte par : Vincent Ilutiu
7 mn

Après le soulagement et à la joie provoqués par la délivrance des deux journalistes Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier des mains de leurs ravisseurs, l’heure est aux questionnements sur les conditions de leur libération. La France a-t-elle payé une rançon comme le disent certains médias français ? Y aurait-il eu d'autres contreparties ? Les deux ex-otages seront invités de RFI, vendredi 1er juillet de 8h13 à 8h30 (heure de Paris).

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Les autorités françaises n'ont donné aucun détail sur la teneur des négociations avec les ravisseurs, et n'ont rien dit d'éventuelles contreparties, y compris financières. Le gouvernement motive cette discrétion par la nécessité de protéger les huit autres Français toujours otages à l'étranger.

Pourtant, deux médias français, BFM TV et Paris Match affirment qu'une rançon a été versée aux ravisseurs, via le Pakistan. Les contreparties dans ce cas seraient classiques : de l'argent bien sûr - des centaines de milliers d'euros, puis la libération de quelques talibans détenus par le régime de Kaboul. Ce qui suppose la coopération des autorités afghanes.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a tenu à rappeler mercredi que « la France ne paie pas de rançons ». Il a ajouté que le président afghan Hamid Karzaï a « aidé » à la libération, sans donner plus de précisions. Selon lui, il n'y a pas de lien entre la libération des deux otages et la récente annonce d'un prochain début de retrait des 4 000 militaires français, actuellement déployés en Afghanistan.

Cependant certains analystes pensent que la libération des deux otages est un succès pour la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) dont une équipe est depuis longtemps sur place.

Conditions de vie difficiles en captivité

Que cela soit clair. On n'est pas allé à l'aventurette comme ça pour risquer nos vies.

Les ex-otages s'expriment à propos de la polémique sur les risques

Lors de la conférence de presse sur le tarmac de la base de Villacoublay, ils ont raconté leur captivité avec un mélange d'humour et de gravité, mais sont restés relativement discrets sur les détails de leur remise en liberté, tout en laissant entendre qu'elle avait été monnayée.

Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière ont précisé qu'ils étaient conscients du fait qu'ils ne risquaient pas leur vie dès le début, car ils représentaient de l'argent pour leurs ravisseurs. Evoquant des « conditions de vie très difficiles », ils ont pourtant précisé qu'ils n'ont jamais subi de violences de la part de leurs geôliers talibans : ils n'ont jamais été menacés de mort, frappés ou attachés. Ils étaient pratiquement enfermés 24 heures sur 24, avec deux sorties pour aller aux toilettes, le matin et le soir. Pour tenir, les deux ont pratiqué de l'exercice physique tous les jours, et ont réussi à garder le moral.

547 jours de captivité

Les deux journalistes de la chaîne publique France 3, partis en Afghanistan réaliser un reportage pour le magazine « Pièces à conviction », avaient été enlevés le 29 décembre 2009, avec leurs accompagnateurs afghans, dans la vallée de la Kapisa, à 60 km de Kaboul. C'est la région dont sont chargées les troupes françaises, dans le cadre de la mission de la coalition internationale.

L'interprète afghan Reza Din a également été relâché mercredi; leurs deux autres accompagnateurs ont été libérés il y a un certain temps, mais leur libération n'a pas été rendue publique, pour des raisons de sécurité. Selon l'ambassade de France à Kaboul, les otages n'ont jamais quitté la province de Kapisa, pendant les 547 jours de captivité.

Les deux hommes, séparés après trois mois de détention, sont restés seuls pendant six mois, jusqu'à la fin 2010. Ils avaient la possibilité d'écouter la radio : Stéphane Taponier captait RFI, et Hervé Ghesquière la BBC, ce qui les a aidés à tenir le coup.

RFI a accompagné les otages pendant toute leur détention.

RFI, un lien avec le monde et leurs familles

Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière sont sur les antennes de RFI vendredi 1er juillet de 8h13 à 8h30 (heure de Paris).

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