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France / Seconde Guerre mondiale

La part d’ombre de Coco Chanel

La couverture de la biographie de Coco Chanel la présentant comme une collaboratrice du régime nazi
La couverture de la biographie de Coco Chanel la présentant comme une collaboratrice du régime nazi DR
Texte par : Jean-Mathieu Albertini
7 mn

Après John Galliano et son admiration avoué pour Hitler, c’est une autre icône de la mode qui est accusée de « complaisance avec l’ennemi ». Le livre du journaliste américain Hal Vaughan, Sleeping With The Ennemy : Coco Chanel’s Secret War révèle les secrets inavouables d’une des plus célèbres femmes du monde.

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Coco Chanel était une femme exceptionnelle, une personnalité hors du commun. En délivrant les femmes de leur carcan vestimentaire, elle a initié une petite révolution qui peu à peu a libéré le corps des femmes. Cela personne ne le conteste. Les différents films dont elle fut l’objet ont toujours mis en avant cet aspect de sa vie mais ils ont par contre systématiquement occulté la part sombre de son histoire. Pourtant de nombreux livres avaient déjà évoqués son attitude ambiguë durant la Seconde Guerre mondiale. A la différence de ceux qui ont déjà été publiés, le livre d‘Hal Vaughan apporte des preuves irréfutables de ces affirmations.

Hal Vaughan, auteur de la biographie polémiste

Après trois années d’un long travail d’investigation à fouiller les archives européennes, le journaliste affirme posséder plus de 200 archives qui prouvent le lien de Coco Chanel avec l’Abwehr, les services de renseignements de l’état-major allemand. Selon ces documents, plusieurs raisons auraient poussées Coco Chanel à collaborer avec les nazis. Tout d’abord, en échange de son aide, les nazis auraient libéré son neveu détenu dans un camp de prisonnier allemand. Un second accord stipulait que les Allemands feraient tout leur possible pour lui permettre de récupérer la majorité des parts de son parfum Chanel n°5, alors détenu par une famille juive, les Wertheimer, toujours propriétaire de la firme aujourd’hui.

Une simple « collaboration horizontale » ?

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle aurait eu une liaison avec un espion allemand, le baron Hans Gunther von Dincklage, qui l’aurait recrutée. Si le communiqué de presse du groupe Chanel concède que « ce n’était pas la meilleur période pour vivre une histoire d’amour avec un Allemand », la créatrice avait auparavant elle-même justifié sa relation en affirmant que lorsque l’on vit une tel amour à son âge, « on n’est plus regardant sur le passeport de l’amant ».

Mais ce n’est pas cette « collaboration horizontale » qui est la plus gênante pour l’image de marque de Chanel. D’autant que selon Edmonde Charles-Roux, auteure d’une précédente biographie, il est possible que l’une de ses principales missions fut de chercher à se rapprocher des Anglais pour trouver un compromis en vue d’un accord de paix séparé. Un objectif bien plus louable, logiquement mis en avant par le groupe Chanel pour réduire la portée de l’affaire. En réalité, après avoir été arrêtée à la Libération, ce n’est que par l’intervention de son ami Winston Churchill qu’elle a pu être libérée sans encombres.

Le plus préoccupant pour la marque Chanel reste l’antisémitisme de sa fondatrice. Un antisémitisme qu’Hal Vaughan affirme être « plus qu’un simple moyen de se faire bien voir par l’occupant ».

« Férocement antisémite »

Le groupe Chanel s’efforce de minimiser ces affirmations. Sans nier toutes les accusations, l’entreprise se borne à dire qu’une « part de mystère » subsiste autour du rôle qu’elle aurait cherché à jouer. Par contre, le communiqué se montre intransigeant sur la question de l’antisémitisme. « On ne peut pas laisser dire ça (…) Aurait-elle eu des amis d’origine juive parmi ses intimes ? ».

Hal Vaughan

Une justification qui apparaît un peu fragile face aux arguments du journaliste. « J’ai 12 citations d’opinions antisémites de Coco Chanel dans mon livre », confie-t-il à RFI. Le livre sans concession écorne sérieusement la réputation de Coco Chanel, certains extraits sont même véritablement destructeurs : « elle devint riche en se faisant apprécier des très riches et partageait leur détestation des juifs, des syndicats, des francs-maçons, des socialistes et du communisme. Elle estimait après 1933 que Hitler était un grand Européen ». Pour l’auteur, il est donc normal que le groupe récuse les informations apportées dans son livre, mais il défie quiconque d’apporter des preuves que ce qu’il dit n’est pas vrai.

Fortement liée à l’image de la marque, les révélations sur la personnalité de sa fondatrice, pourraient porter préjudice au groupe. Antisémite, collaboratrice convaincue, c’est une nouvelle égérie française qui est rattrapée par l’histoire, et avec elle, le mythe de « la France résistante », déjà bien discrédité, qui s’éloigne un peu plus.

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