Rentrée littéraire

Les éditeurs français frileux pour la rentrée littéraire

En France, la publication de livres est à la baisse en 2011.
En France, la publication de livres est à la baisse en 2011. Getty Images/Reza Estakhrian

Depuis quelques jours, la rentrée littéraire bat son plein en France, avec, comme chaque année à cette époque, la sortie de centaines de livres : 654 romans exactement (435 français et 219 traduits) vont paraître d’ici à la fin octobre. Une production vertigineuse, pourtant en baisse, en comparaison aux éditions précédentes.

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La rentrée littéraire 2011 est la rentrée littéraire la plus modeste en nombre de parutions depuis une dizaine d'années.

Le secteur le plus touché concerne surtout les premiers romans, moins nombreux que d’habitude ; seuls 74 paraissent cet automne. Une baisse que l’on peut expliquer par la frilosité des éditeurs qui préfèrent tous miser sur les grands noms : l’Américain Jonathan Franken, le Japonais Haruki Murakami ou l’Israélien David Grossman, pour ne citer que les plus célèbres. 

Sans doute, cette diminution dans les parutions est-elle due aussi aux problèmes économiques que connaît la librairie française dans son ensemble, depuis un semestre. Visiblement, on vend moins, donc on publie moins.

Cependant, pour Gilda Fiermonte, qui gère un magasin près des Champs-Elysées à Paris, cette diminution de volumes n’est pas significative : « Qu’il y ait 700, 600, ou 500 romans, de toutes façons on ne pourra en défendre qu’une demi-douzaine et on pourra en proposer peut-être que 15 ou 20 à la vente mais pas plus. On est obligé d’être très sélectif ».

Les libraires sont fragilisés, mais ils risquent de l’être un peu plus par l’arrivée massive de la publication en ligne. Même si pour l’instant, les livres numérisés ne représentent qu’1% du marché français alors qu’aux États-Unis ce secteur atteint déjà 6%, les éditeurs français ont, en 2011, franchi le pas et sorti leur publication à la fois sur papier et sur Internet. Une révolution, pour Christine Ferrand, rédactrice en chef du magazine spécialisé  Livres Hebdo : « c’est la première rentrée où un très grand nombre de romans sont disponibles en format numérique ».

Toutes les grandes maisons tentent l’expérience même si le monde des Lettres reste prudent. Évidemment l’enjeu est de taille : conquérir un nouveau public avec des prix inférieurs de 10 à 20% au prix initial. Au final, cela reste cher, d’après la journaliste de Livres Hebdo, pour un produit « dématérialisé », sans oublier la possibilité du « piratage gratuit […] comme cela existe déjà pour les films ». Et là, ce seront non seulement les libraires mais aussi les écrivains qui seront pénalisés, car privés de leurs droits d’auteur.

L’un de ces auteurs ne semble pas s’inquiéter de la situation, car en cette rentrée littéraire, tout lui sourit. David Foenkinos, jeune romancier trentenaire qui a passé tout l’été dans les meilleures ventes avec son précédent ouvrage La Délicatesse,  vient d’ailleurs d’en faire l'adaptation avec son frère pour le Grand écran (la sortie est prévue en décembre 2011 avec l’actrice Audrey Tautou dans le rôle principal).

Entre deux séances de montage du film, David Foenkinos a sorti son dixième roman chez Gallimard sous le titre Les Souvenirs, à l’affiche de toute la presse littéraire. Lui, qui se souvient de certaines de ses rentrées où pas un journaliste ne parlait de ses livres, se réjouit de participer à cet événement qu’il compare avec la rentrée scolaire : « c’est comme mon fils qui va rentrer en CM1, il va regarder tous ses petits collègues, voir leur tête, voir avec qui il est ».

Certes, David Foenkinos regrette qu’il y ait « trop de livres, parce que les journaux font des listes », sous-entendu : où il y a toujours les mêmes titres au détriment des centaines d’autres restés dans l’ombre, mais en même temps il souligne combien c’est un moment de l’année : « où la presse s’intéresse beaucoup à la littérature et c’est bien ».

Il est vrai qu’en ce moment c’est l’occasion de retrouver les écrivains français très attendus. 

Emmanuel Carrère, Jean Rolin ou Morgan Sportes se sont intéressés tous les trois à des personnes réelles : l’artiste russe Limonov, la chanteuse américaine Britney Spears et le chef du Gang des Barbares, Youssouf Fofana.

Eric Reinhard, dont il est aussi beaucoup question, fait un portrait à charge du libéralisme à travers son roman Le Système Victoria. Enfin, Sorj Chalendon s’est à nouveau plongé dans l’histoire de l’Irlande du Nord avec un retour sur les actions de l’IRA, l'armée républicaine irlandaise.

Qui dit « rentrée littéraire », dit « prix littéraires ». Avec en tête le prestigieux Goncourt que visent tous les auteurs. Ces derniers ne manquent pas d’envoyer leur ouvrage directement aux membres du jury. Mais d’après son secrétaire général, l’écrivain Didier Decoin, toute tentative de corruption serait punie. Il reconnaît qu’un jour « de bonne foi un éditeur a téléphoné à l’un d’entre nous  pour recommander un de ses livres » mais celui-ci « a été immédiatement sorti de la liste ».

Après avoir récompensé Michel Houellebecq, l’an passé, le Goncourt 2011 sera décerné le mercredi 2 novembre.

 

 

 

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