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France/Education

Rentrée scolaire en France : 15% d'élèves en grande difficulté dans le primaire

Des élèves dans une classe de l'école Harouys à Nantes, le 05 septembre 2011. 16 000 postes ont été supprimés dans l'Education nationale, faisant craindre pour la qualité de l'encadrement des élèves, notamment de ceux en difficulté.
Des élèves dans une classe de l'école Harouys à Nantes, le 05 septembre 2011. 16 000 postes ont été supprimés dans l'Education nationale, faisant craindre pour la qualité de l'encadrement des élèves, notamment de ceux en difficulté. FRANK PERRY / AFP
Texte par : Laurence Théault
12 mn

Douze millions d’élèves font leur rentrée en France, parmi lesquels environ 6,7 millions dans les écoles primaires. 15 % d'entre eux sont en grande difficulté scolaire. Le défi de l'école, c'est de ne pas les laisser sur le bord de la route. Un objectif que la France a du mal à atteindre, et auquel il est d'autant plus difficile de faire face que les suppressions de postes dans l’Éducation nationale depuis 2007 réduisent le taux d'encadrement de ces élèves.

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C’est toujours un petit pincement au cœur.

La rentrée des classes

En trente ans, l'école a bien progressé en France, le niveau moyen des élèves a augmenté, la compétence des écoliers s'est élargie, mais ces progrès sont tempérés par le fait que le système éducatif français bute sur un noyau dur d'élèves en difficulté.

Roland Goigoux, professeur en sciences de l'éducation, fait le portrait robot de ces élèves en échec scolaire. « Statistiquement, cette population n’est pas distribuée de manière équivalente sur tout le territoire. Ce chiffre va être de 5 % dans les beaux quartiers et de 35 % dans les quartiers les plus défavorisés. Ce pourcentage de 15 % masque de très profondes disparités géographiques qui ne sont que le reflet des disparités sociales. La carte de France de ces 15 % ressemble à s’y méprendre à la carte de France de ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté », analyse-t-il. 

Le phénomène n'est pas nouveau. Il y a toujours eu « des laissés pour compte du système scolaire » et l'école a toujours eu à gérer une forte hétérogénéité. Mais la sensibilité sociale à la difficulté scolaire a changé. En revanche, les résultats aux évaluations PISA 2009, rendus publics en décembre 2010, montrent que l'écart entre les meilleurs et les moins bons se creuse. 

 Près de 600 postes Rased en moins 

Les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) mis en place il y a plus de dix ans par le ministère de l'Education nationale sont sérieusement remis en question. Il y a davantage d'élèves en primaire et moins d'enseignants. 1 500 classes de primaire sont fermées à la rentrée 2011. Les 16 000 suppressions de postes à la rentrée 2011 ont forcement un impact sur ce dispositif : alors que 600 postes de Rased ont été supprimés, 30 000 élèves seront privés de l'aide dont ils ont pourtant besoin.

Nathalie Hayi rééducatrice en Rased estime que « les deux tiers du dispositif » ont pu être maintenus, mais que « chaque année, il y a des suppressions de postes dans l’Education nationale et ça se répercute sur les Rased. Dans ma circonscription par exemple, nous ne sommes plus que quatre à faire le travail qu’on faisait à 7, il y a 4 ans. »

Un dispositif « intelligent »

L’équipe comprend trois personnes avec trois spécialités : un psychologue, un orthophoniste et un rééducateur. Un travail en commun que prône Nathalie Hayi : « C’est très important de réfléchir à plusieurs pour la famille de l’élève en difficulté et pour les enseignants. Le travail d’équipe génère beaucoup de projets, d’intelligence et de mise en mouvement. S’il n’y a pas ces tiers, on tombe très vite dans la brutalité ou la violence ».

Cette rentrée 2011 est marquée par un tournant historique pour l’école primaire. La politique du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite s’attaque aux enseignants devant des classes : ils seront 8 967 de moins alors que 8 300 élèves supplémentaires sont attendus. Le nombre d’élèves par classe va mécaniquement augmenter, alors que les classes françaises sont déjà plus chargées que dans les autres pays européens.

La formation des enseignants en question

Pour Roland Goigoux , on attend aujourd'hui que les enseignants soient des spécialistes de l'apprentissage mais encore faut-il leur en donner les moyens : « On attend d’eux qu’ils aient un plus grand sens du diagnostic, une meilleure capacité d’analyse de tel ou de tel enfant et qu’ils soient capables d’apporter des réponses plus ajustées et plus individualisées. Cela demande plus de formation et plus de professionnalisme, mais ce n’est possible que si, par ailleurs, ils ont les conditions pour travailler avec tous de manière satisfaisante ».

Selon le professeur en sciences de l’éducation, « un investissement plus fort sur des zones qui ont besoin de plus d'éducation » nécessite une augmentation des budgets, qui n’est pas prévue. « On pourrait si j’ose dire faire payer les autres. Sauf que les autres ce sont les classes moyennes. Et elles ne sont pas prêtes à entendre que les classes qui sont à 24 aujourd'hui passeraient à 30 pour que les classes de ZEP (Zone d'éducation prioritaire) soient ramenées à 12 pour travailler dans de meilleures conditions », estime-t-il. Derrière la question des priorités pour l’éducation, se dressent encore une fois des enjeux de société majeurs.

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* PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 34 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire.

Les chiffres de la rentrée scolaire

Au total, 12 millions d’écoliers font leur rentrée lundi 5 septembre 2011, soit 6,7 millions d’écoliers, 3,3 millions de collégiens et 2,1 millions de lycéens. Ils seront encadrés par environ 850 000 professeurs.

Pour la rentrée 2011, le ministère de l’Education nationale a décidé de supprimer 16 000 postes, dont près de 10% dans l’enseignement privé. Cela se traduit notamment par la suppression de 1 500 classes dans les écoles, de 4 800 dans les collèges. En 2012 pas moins de 14 000 postes devraient encore être supprimés, portant à 80 000 le nombre de suppression depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy en 2007.

Cette politique provoque la colère des syndicats depuis 5 ans. Le principal syndicat du primaire, le Snuipp-FSU estime ainsi qu’elle entraîne « mécaniquement une hausse du nombre d’élèves par classe ». Selon le Snes-FSU, syndicat d’enseignants du secondaire, ces suppressions sont d’autant plus incohérentes que les collèges et lycées accueilleront 80 000 élèves supplémentaires par rapport à la rentrée 2010. Pour le gouvernement, ce chiffre est moitié moins élevé.

Le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative, Luc Chatel a tenu à justifier, lors d’une interview sur France 2, ces suppressions de postes : « Sur une longue période il y a beaucoup moins d'élèves aujourd'hui qu'il n'y en avait il y a vingt ans dans l'Education nationale. Il y en a 500 000 de moins alors qu'il y a 35 000 professeurs de plus », a-t-il estimé, y voyant la preuve que « dans le taux d'encadrement, le rapport entre le nombre de professeurs et celui d'élèves, est meilleur aujourd'hui qu'il ne l'était au début des années 1990 ».

A la rentrée 2010, l'encadrement des élèves était de 25,7 élèves par classe en maternelle, de 22,7 élèves par classe dans les écoles élémentaire. Il était de 24,2 en collège. Pour les lycées, les chiffres sont de 28,5 en lycée général et technologique et 19,1 en lycée professionnel, selon des chiffres du ministère de l’Education nationale.

Par ailleurs, le ministère de l'Education nationale a communiqué d’autres chiffres pour cette rentrée. Pour un élève de primaire, pour un an, la dépense moyenne est de 5 690 €. Elle monte à 8 020 € euros pour un collégien et 11 400 € pour un lycéen en lycée général et technologique et 11 810 € en lycée professionnel.

Selon la Confédération syndicale des familles (CSF), le coût de la rentrée scolaire a augmenté de 3,1% par rapport à septembre 2010 (122,62 euros pour un enfant entrant en CP, 356,96 euros en 6e, 579,36 euros 2nde générale), l'allocation de rentrée scolaire (ARS) sera pour 2011 de 284,97 euros pour les 6-10 ans, 300,66 pour les 11-14 ans et 311,11 pour les 15-18 ans.

Cette année, 212 640 élèves handicapés seront scolarisés en milieu ordinaire (dans leur quartier), soit 11 250 de plus que l’an dernier. Neuf nouveaux internats d'excellence sont créés. Ils s’ajoutent aux douze déjà existants, alors que cinq nouveaux «établissements de réinsertion scolaire» (ERS), lancés à la rentrée 2010 et marqués par des débordements dès leurs débuts, sont créés, portant leur total à seize.

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