France

Victoire de la gauche au Sénat: un échec pour Nicolas Sarkozy

Le président Nicolas Sarkozy le 26 septembre 2011 à l'université de Paris-Assas où il est venu prononcer un discours sur la réforme de l'université.
Le président Nicolas Sarkozy le 26 septembre 2011 à l'université de Paris-Assas où il est venu prononcer un discours sur la réforme de l'université. REUTERS/Benoit Tessier
Texte par : RFI Suivre
8 mn

C'est une victoire historique pour la gauche. Avec 177 sénateurs, elle a remporté dimanche 25 septembre la majorité absolue au Sénat. A droite, c'est un signal extrêmement mauvais pour Nicolas Sarkozy qui va devoir changer de stratégie électorale à sept mois de la présidentielle. Il va surtout devoir encourager ses troupes à se rassembler, une tâche qui s’annonce difficile, tant les dissensions sont importantes entre les différentes fractions de la majorité.

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Euphorique non, très heureux oui

François Rebsamen

Longtemps, une éternité aux yeux de la gauche, le Sénat fut cette place forte imprenable, où la droite jouait chez elle, à domicile. Et puis il y a trois ans, lors des dernières sénatoriales, la gauche a commencé à y croire. Pour une simple raison mécanique, arithmétique : en remportant tous les scrutins locaux depuis 2004, la gauche engrange des grands électeurs. Et ils ont tranché hier...

A cela s'ajoute le profond mécontentement qui traverse le pays, et à cet égard les grands électeurs sont comme les électeurs : ils s'inquiètent des atteintes aux services publics, ils rejettent la réforme territoriale. Enfin, dernière donnée pour expliquer le basculement du Sénat : les nombreuses listes dissidentes à droite et au centre, qui ont permis à la gauche de grapiller ici et là de précieux sièges.

Retarder le vote des lois du gouvernement

Cliquer pour agrandir : Composition du Sénat en 2011 et 2008

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Cette victoire est évidemment de bon aloi pour la présidentielle, comme une « répétition générale », s'enflammaient certains socialistes hier soir au Sénat. Ils se mettent à rêver au grand chelem. En remportant la présidentielle l'an prochain, la gauche contrôlerait tous les niveaux de pouvoirs, communes, départements, régions et Parlement.

En attendant, la gauche majoritaire au Sénat pourra retarder le vote des lois du gouvernement. Mais pas question pour autant de faire de l'osbtruction systématique. Sauf pour la règle d'or, la réduction des déficits inscrite dans la Constitution. Depuis hier soir, elle est morte, Nicolas Sarkozy n'aura pas de majorité qualifiée pour la faire adopter.

Premier président de droite à perdre le Sénat

Aux yeux de son camp, Nicolas Sarkozy porte une lourde responsabilité face à l’Histoire : il est le premier président de droite à perdre le Sénat. Il avait déjà perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2007 : municipales, européennes, régionales, et maintenant sénatoriales.

Jean-François Copé appelle au rassemblement

Une série noire dans une période sombre avec l’affaire Karachi et ses rebondissements désormais quasi quotidiens, la hausse du chômage, la crise budgétaire... Les difficultés s'accumulent et la grogne aussi.

Les premiers coups sont partis hier soir. Le sénateur UMP Philippe Marini a brisé le tabou : poser la question d'un autre candidat pour l'UMP que Sarkozy, c'est une « question légitime », a-t-il dit.

Et puis il y a aussi cette petite vacherie délivrée par Bernadette Chirac, félicitée par son mari, Jacques Chirac, pour sa réélection au Conseil général de Corrèze. « Mais il n'est pas surpris, dit-elle, les victoires, ils sait ce que c'est, lui. » En France en ce moment, et à gauche, c'est l'été indien. A droite, on annonce plutôt des orages.

Et voilà Nicolas Sarkozy premier président à avoir perdu le Sénat. C’est un cataclysme pour la droite et un véritable échec personnel pour le chef de l’Etat. A sept mois de la présidentielle, alors qu’il est toujours plus bas dans les sondages, les divisions de la majorité lui ont infligé un désaveu cinglant. Même son ex-conseiller, le dissident Pierre Charon, qu’il avait exclu, a été élu.

La perte de la Chambre haute du Parlement signifie également le divorce consommé entre la droite et son ancrage traditionnel dans la France rurale. Voilà qui va contraindre le président à un changement de stratégie électorale, avec comme priorité de remettre de l’ordre dans la majorité.

Le Premier ministre François Fillon était le premier à appeler au rassemblement. Cela ne va pas être facile, tant les dissensions sont grandes entre les tenants à droite d’une politique tout sécuritaire et ceux qui souhaitent plus de social.

Enfin, le président va sans doute devoir remanier le gouvernement. Il s’en serait bien passé à quelques mois de la présidentielle. Mais les deux ministres élus sénateurs, Chantal Jouanno et Gérard Longuet, devront sans doute aller soutenir Gérard Larcher, l’ex-président du Sénat qui entend bien se représenter samedi prochain.

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