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France / Politique

La stature internationale, un élément majeur de la campagne présidentielle française

Nicolas Sarkozy se place au centre de la photo de famille des dirigeants du G20, le 4 novembre 2011 à Cannes, entouré notamment du président chinois Hu Jintao et du président américain Barack Obama.
Nicolas Sarkozy se place au centre de la photo de famille des dirigeants du G20, le 4 novembre 2011 à Cannes, entouré notamment du président chinois Hu Jintao et du président américain Barack Obama. REUTERS/Chris Radcliffe/Pool
Texte par : Corentin Bainier
6 mn

Alors que Nicolas Sarkozy a cherché, via la guerre en Libye, la crise de la dette européenne et sa présidence du G20 en 2011, à se tailler une stature internationale charismatique, les débats de la campagne présidentielle de 2012 pourraient tourner, plus qu’à l’accoutumée, sur la capacité des prétendants à l’Elysée à incarner la France dans le monde. Marine Le Pen, lors d’un déplacement quasi-historique aux Etats-Unis, et François Hollande l’ont d’ailleurs bien compris.

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De l’importance d’en imposer sur la scène internationale. Crise économique et printemps arabe obligent, la propension à incarner la voix de la France de façon crédible et convaincante à l'étranger s’annonce comme un des enjeux importants de la campagne présidentielle à venir.

Cette capacité est partie intégrante de toutes les campagnes présidentielles. Le prétendant à la magistrature suprême se doit de montrer qu’il peut relever les défis que lui imposerait le poste : « C’est un constante constitutionnelle. Selon l’article 5, le président de la République incarne la nation, il est le garant de l’autonomie nationale. Tous les présidentiables crédibles mettent ça en avant », note le politologue Olivier Rouquan, joint par Rfi.fr.

Sarkozy, héros de Libye

Mais pour la campagne de 2012, cette dimension pourrait peser plus qu’à l’accoutumée dans le débat. D’abord, parce que Nicolas Sarkozy, qui n’est pas officiellement candidat mais semble être déjà entré en campagne, va clairement mettre l’accent sur son expérience acquise au cours des quatre dernières années. Un classique pour le président sortant, auquel avait déjà eu recours François Mitterrand contre Jacques Chirac en 1988.

Mais deux raisons devraient pousser Nicolas Sarkozy à jouer particulièrement sur ce registre. La politique intérieure menée par le président l’a fait tomber à des niveaux d’impopularité record. Il compte donc exploiter la gravité de la situation internationale pour compenser ce déficit. Et il s’y est employé depuis un an : il a été un des fers de lance de l’intervention de l’Otan en Libye, a été accueilli en héros à Tripoli et a reçu les louanges de ses partenaires internationaux. Le chef de l’Etat a également veillé à exploiter à fond en 2011 son rôle de président du G20. Si la crise de la dette grecque a quelque peu plombé ses ambitions, il souhaite miser sur l’image de maître de cérémonie qu’il a joué pendant un an.

« Sarkozy a d’autant plus intérêt à jouer sur sa stature internationale qu’il a plutôt été bien jugé pendant les périodes de crise. En 2008, après la présidence française de l’Union européenne, il avait regagné en popularité, de même après le G20 fin 2009 », explique à Rfi.fr Bruno Jeanbart, directeur de l’institut de sondage Opinion Way. D’ailleurs, l’accord passé à Bruxelles le 27 octobre 2011 et l’intervention télévisée du chef de l’Etat qui s’en est suivie lui ont immédiatement permis de regagner quelques points de popularité. Face à ses difficultés en France, insister sur ses succès internationaux est « un pari quelque part obligatoire », conclut Bruno Jeanbart.

Hollande à la poursuite de Lula et Obama 

L’actualité et la stratégie de Sarkozy obligeront ses adversaires à lui emboîter le pas. Preuve que la campagne tiendra compte du charisme hors des frontières, Marine Le Pen, la candidate du Front National, a effectué début novembre un déplacement aux Etats-Unis, entre New York et Washington. Stratégie que n’avait pas pris la peine d’adopter Jean-Maire Le Pen dans les campagnes précédentes. Le voyage de sa fille participe de la volonté du parti d’extrême droite de se normaliser et d’apparaître, justement, en mesure d’exercer le pouvoir.

De son côté, le favori des sondages François Hollande s’est rendu en Espagne dès le lendemain de sa victoire à la primaire, où il a rencontré José Luis Zapatero et surtout l’ancien président brésilien Lula, un homme de gauche qui a quitté le pouvoir après deux mandats avec 80% d’opinions positives… Une performance peu commune qui fait forcément envie au député de Corrèze. « Il a été en Tunisie, et il va probablement multiplier les voyages, notamment auprès de personnalités socialistes placées dans les institutions internationales, on peut notamment penser à Pascal Lamy, directeur général de l’OMC », avance Olivier Rouquan. Et il se murmure que François Hollande rêve de pouvoir prendre la pose à côté de Barack Obama, un autre chef d’Etat dont il s’inspirerait bien. D’autant que vendredi 4 novembre, c’est Nicolas Sarkozy qui a réussi le coup de poker, en donnant une interview croisée avec le président américain.

Campagne sur la mondialisation

La campagne présidentielle française ne se gagnera pas uniquement au nombre de poignées de mains échangées avec des personnalités étrangères. « La stature internationale, c’est important mais pas décisif. Ce n’est pas le sujet majeur sur lequel les électeurs s’expriment. La situation économique et sociale est plus importante », rappelle Bruno Jeanbart. Reste que, pour Olivier Rouquan, l’élection « sera notamment placée sous l’angle de la mondialisation et de ses effets. Et de ce point de vue, ça sera la première campagne de la sorte ».

Hors considération internationales, la propension à incarner la fonction présidentielle pourrait bien s’inviter dans les débats plus qu’à l’accoutumée. C’est un angle d’attaque facile pour Sarkozy, qui juge n’avoir rien à prouver sur le sujet. Alors qu’il pourrait très probablement affronter au second tour un candidat qui n’a jamais été au gouvernement, que ce soit François Hollande ou Marine Le Pen. Voilà de quoi faire des échéances du 22 avril et du 6 mai, plus que jamais, un rendez-vous entre « un homme et la Nation ».

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