Cinéma

«Michael», la banalité d'un pédophile

"Michael", un film autrichien de Markus Schleinzer (2011)
"Michael", un film autrichien de Markus Schleinzer (2011) NGF/Festival de Cannes 2011

C'est le premier long métrage du réalisateur autrichien Markus Schleinzer. Michael est le nom d’un pédophile qui enlève et séquestre un enfant. La caméra reflète le point de vue du criminel et le réalisateur écarte tout jugement moral. Au lieu d’un sujet à discussion, il nous laisse une coquille vide.

Publicité

Une voiture arrive devant une maison banale, la porte de garage s’ouvre, la voiture entre, la porte se ferme. Dans la première scène, tout est dit, toute l’histoire s’est déjà mise en place dans la tête du spectateur.

On a affaire à un homme de 35 ans aux cheveux clairsemés, habillé en veste et cravate quand il rentre du travail. Il prépare à manger à un garçon de 10 ans. Ils dînent ensemble. L’enfant veut encore regarder la télé : « Jusqu’à 21 heures », répond cet homme qui n’est pas son père. On l’a finalement compris quand il emmène l’enfant dans sa chambre. La porte est insonorisée et on descend dans la cave jusqu’à une porte munie d’une serrure énorme. Ce n’est pas une chambre d’enfant, c’est une prison.

La banalité d'un pédophile

Markus Schleinzer, auteur et réalisateur autrichien
Markus Schleinzer, auteur et réalisateur autrichien Viktor Brázdil/NGF/Festival de Cannes 2011

Markus Schleinzer veut montrer la banalité du mal à travers le cas d’un pédophile. Sa technique : il écarte toute notion de morale du champ de la caméra. Les mots viol, pédophilie, violence n’existent pas dans le film, tout simplement parce qu’un violeur ne prononcerait pas ces mots. L’homme vit et travaille. L’abus n’est jamais montré. Dans le film, il n’existe pas. L’enfant n’a pas droit de cité ni vraiment de nom. Il est traité comme un animal domestique dans sa cage, mais il dort, mange, dessine et fait même des sorties avec cet homme. Oui, l’enfant pleure aussi. Une fois, à Noël, néanmoins, l’homme reçoit aussi un cadeau : un dessin avec un homme et une femme. L’enfant lui souhaite une femme. Alors, l’homme aussi pleure une fois.

Dans son film, Schleinzer traque la normalité comme une partie du crime : « Le normal masque le crime », affirme-t-il. Il risque de se tromper. N’est-ce pas plutôt le criminel qui se cache derrière une normalité construite, qui, du coup, n’est plus « normale » ? Schleinzer ne montre pas vraiment la normalité mais des besoins humains. Oui, un pédophile mange. Oui, un pédophile travaille et ni sa famille, ni ses collègues ne soupçonnaient rien. Et oui, un enfant, quand il a faim, mange avec son persécuteur et chante même avec lui, devant le sapin, quand c'est Noël.

Le personnage renfermé et mutique de Michael est interprété avec une sobriété étonnante par Michael Fuith. Pendant 96 minutes il reste au centre du récit mais aucun sentiment ni haine ni pitié ne peut se fixer sur lui.

La face B du cas Kampusch

Schleinzer excelle avec une rigueur extrême dans le traitement de l’histoire. Il écarte toute morale, tout sentiment du champ de la caméra. L’homme n’est jamais désigné en tant que violeur. Ni explicitement ni implicitement. C’est clinique, froid, factuel. Le réalisateur veut se mettre dans la peau d’un pédophile, mais – contrairement à Les Bienveillantes de Jonathan Littell - il ne lance pas le débat.

Le réalisateur mise tout sur le point de vue du pédophile… et perd beaucoup. Son portrait froid et clinique reste finalement creux et ne rajoute rien à la complexité du sujet. Schleinzer a déclaré : « J’ai très consciemment refusé de m’inspirer d’affaires survenues en Autriche ». Mais dès la première image l’histoire réelle de la jeune Autrichienne Natacha Kampusch, qui a été enlevée et séquestrée pendant huit ans, est omniprésente. Schleinzer a tourné la face B du cas Kampusch en surfant sur la même vague. Il se plaint de « l’imagination dans les journaux à scandales » et fournit une imagination pour intellectuels avec un récit complètement fictif.

La boîte « film à scandale »

Markus Schleinzer cherche bien la provocation quand il ne parle pas de viol et de torture répétés avec préméditation, mais résume son film avec les propos : « Il s’agissait de raconter les cinq derniers mois de la vie commune forcée d’un garçon de 10 ans avec un homme de 35 ans ». Le sujet de la pédophile reste non élucidé. Avec Michael, Schleinzer, le directeur de casting attitré de Michael Haneke, s’est fait un petit prénom comme réalisateur.

Notre dossier spécial

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail