France / Justice

En France, l'affaire Neyret n'a pas fini de dérouler ses ramifications

Michel Neyret, ex-numéro deux de la police judiciaire de Lyon, montre une partie de la saisie de cannabis d'1,5 tonne, le 17 mai 2011.
Michel Neyret, ex-numéro deux de la police judiciaire de Lyon, montre une partie de la saisie de cannabis d'1,5 tonne, le 17 mai 2011. AFP/PHILIPPE DESMAZES

La police française ne s’en remet pas. Un de ses plus brillants éléments, Michel Neyret, numéro deux de la police lyonnaise est en effet passé de l’autre côté du miroir. D’enquêteur réputé hors pair, il est depuis le 3 octobre 2011 écroué notamment pour corruption et trafic d’influence. Dernier développement en date : la vente de fiches de police à des membres du grand banditisme, des faits niés par Michel Neyret.

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Selon les avocats de Michel Neyret, leur client reconnaît certains faits qui lui ont valu d’être mis en examen et écroué le 3 octobre à la prison de la Santé à Paris. L’ex-numéro deux de la police judiciaire de Lyon est poursuivi pour « corruption, trafic d’influence, association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants ».

Autant de dérapages qu’il a lui-même pourchassés avec succès, durant trente ans, se forgeant une réputation de « superflic » dont les saisies de drogue très médiatisées s’accrochaient régulièrement à un tableau de chasse bien garni.

C’est justement à propos des stupéfiants que Michel Neyret admet aujourd’hui, selon ses défenseurs, avoir dérapé en utilisant cette drogue pour rémunérer des indicateurs. Un comportement qu’il qualifie de « péché d’amitié » à l’égard de ces personnes tout en maintenant avoir agi dans le cadre de son métier de policier. Et sur cette question du « cadre », le moins que l’on puisse dire est que les interprétations varient énormément entre Michel Neyret et les enquêteurs.

Des fiches à 50 000 euros pièce

La révélation, ce samedi 12 novembre sur le site de l’hebdomadaire Paris-Match, selon laquelle Michel Neyret aurait vendu 108 fiches de la police judiciaire et 7 d’Interpol à des membres du grand banditisme, vient encore charger la barque de l’ex-policier. Selon le magazine, ces fiches auraient été négociées jusqu’à 50 000 euros pièce.

Deux d’entre elles auraient été retrouvées lors de perquisitions, l'une dans le cadre d’une saisie de 111 kilos d’héroïne à Neuilly-sur-Seine, près de Paris ; l’autre concerne la recherche de l’auteur d’une tentative de détournement de 2 millions d’euros du compte bancaire de la présidence de la République française. Cependant, ces faits sont aujourd’hui « démentis avec force par Michel Neyret », déclare son avocat, Me Yves Sauvayre. 

Comme toujours dans ce genre d’affaire, les enquêteurs travaillent en « tache d’huile ». Les fréquentations de Michel Neyret sont donc épluchées une après l’autre et le dernier en date à être pris dans la nasse est un douanier de Nice, une ville où Neyret a dirigé la PJ entre 2004 et 2007. Jean-Paul Piazzoli, directeur adjoint de l’antenne niçoise des enquêtes douanières, a été à son tour placé en garde à vue et mis en examen pour « association de malfaiteurs » le jeudi 10 novembre.

Des cadeaux qui entretiennent l’amitié

C’est en effet en compagnie de son ami douanier que l’ex-numéro deux de la police lyonnaise a fait quelques voyages au Maroc et sur la Côte d'azur. Les enquêteurs s’intéressent spécialement aux commanditaires de ces escapades, Gilles Bénichou et Stéphane Alzraa, connus pour être proches du milieu lyonnais. Des amis particulièrement généreux dont la liste des cadeaux comprend des espèces, un bijou d’une valeur de 30 000 euros et la mise à disposition de voitures de luxe pour le policier. Gilles Bénichou et Stéphane Alzraa sont aujourd’hui mis en examen et écroués dans le cadre du dossier Neyret. Au total, huit personnes sont mises en examen dans cette affaire, parmi lesquelles quatre collègues de Michel Neyret.

Fréquentant volontiers le tout-Lyon by night, Michel Neyret y menait grand train. Les policiers se sont donc penchés sur son compte bancaire pour découvrir que le policier n’avait retiré que 500 euros en six mois et que sa carte bancaire ne lui avait servi qu’une dizaine de fois en 2011.

Interrogé, Michel Neyret a expliqué le peu de mouvements de son compte par des gains au casino et par un héritage en « pièces d’or » reçu par sa femme. Par ailleurs, les enquêteurs s’intéressent également de près à cinq comptes bancaires suisses qui auraient été ouverts par Stéphane Alzraa pour le bénéfice de Michel Neyret. De son côté, son avocat, Me Sauvayre, récuse encore fermement ces accusations.

Les choses se compliquent pour Michel Neyret mais il conserve malgré tout le soutien de plusieurs policiers en activité ou à la retraite. Un comité de soutien a été constitué pendant qu’une pétition était mise en ligne sur internet où ses fidèles collègues affirment qu’il « a été et reste un exemple pour tous les policiers […] il tombe victime du devoir », soutiennent-ils. Michel Neyret doit être entendu dans les prochains jours par les juges d’instruction parisiens Hervé Robert et Patrick Gachon : il pourrait demander sa remise en liberté, une requête qui lui avait été refusée le 14 octobre.

 

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