France/Economie

Nucléaire français: le prix de la sécurité

Vue aérienne de la centrale nucléaire du Bugey, en région Rhône-Alpes.
Vue aérienne de la centrale nucléaire du Bugey, en région Rhône-Alpes. AFP

Le 23 mars 2011, 12 jours après la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon, le Premier ministre français, François Fillon, a demandé à l'ASN, l'Autorité de sûreté nucléaire, de réaliser un audit sur la sécurité des 79 installations nucléaires de France.Or, ce rapport qui a été remis au Premier ministre au début du mois de janvier 2012, recommande un renforcement très important de la sécurité sur l'ensemble du parc pour pouvoir continuer les exploitations.

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Ce rapport est la première véritable traduction en France de la catastrophe de Fukushima.

Le gouvernement actuel, qui n'est pas prêt à remettre en question son attachement au nucléaire, mise sur la sécurité pour rassurer, pour défendre sa filière industrielle et pour faire accepter cette technologie qui est devenue aussi un enjeu électoral, à l'heure où ce débat divise la France et l'Europe.

Un rapport qui bouleverse la filière nucléaire  

Or, la sécurité a un coût, et l'ASN prévient dans son rapport que l’accident de Fukushima nous invite dorénavant à élever notre seuil de sécurité, pour être en capacité de garder le contrôle de nos installations bien au-delà de ce que nous avions pour l’instant prévu, et tout cela bien évidemment va amener la France à réaliser des travaux importants sur chaque site, travaux qui pourraient coûter plusieurs milliards d'euros, ce qui tombe plutôt mal en période de crise.

Le gouvernement s’est engagé à suivre les recommandations de son gendarme du nucléaire et les aménagements demandés par l’ASN sont donc incontournables si l’on veut continuer dans le nucléaire.... Une situation lourde de conséquences qui ne nécessite pas, dans l’immédiat, la fermeture d’aucune centrale mais qui va coûter très cher à la filière.

Ce renforcement de la sécurité est perçu par les antinucléaires comme insuffisant, la meilleure protection et la moins coûteuse étant, à leurs yeux, la sortie immédiate de cette technologie dangereuse et polluante.

Des investissements lourds

Pour pouvoir garder le contrôle des installations dans des situations extrêmes, l’ASN demande aux exploitants (EDF, AREVA, CEA, Institut Laue-Langevin) de créer sur chaque site « un noyau dur » capable de résister aux pires scénarios pour limiter les rejets massifs d’éléments radioactifs dans l’environnement.

Ces centre « bunkérisés » d’où l’on devra pouvoir gérer des situations de crise, devront être dotés d’équipements spécifiques d’alerte et de communication et équipés de circuits d’alimentation en eau et de  groupes électrogènes « d’ultime secours » afin de pouvoir faire face aux problèmes de refroidissement.

Un autre axe de renforcement des installations à l’horizon fin 2012, devra provenir d’une force d’action rapide nucléaire (FAR) composée d’une centaine d’hommes qui, d’après le  directeur général de l’ASN Jean-Christophe Niel, « devront être en mesure d’intervenir avec leurs équipement en une douzaine d’heures ».

De nombreuses autres dispositions plus techniques concernant les piscines de refroidissement des réacteurs, la protection des eaux souterraines ou l’utilisation de personnels sous-traitants compléteront l’ensemble de ces nouvelles mesures de sécurité pour l’instant non budgétées mais qui demanderont plusieurs années de mise en place.

Des dispositions insuffisantes

Bien que toutes ces dispositions préconisent une réévaluation des référentiels qui servent à évaluer les risques possibles (séismes, inondations…), celles-ci sont jugées insuffisantes par les anti-nucléaires. Pour Yannick Rousselet en charge des questions nucléaires à Greenpeace France, « on a refusé [dans ce rapport] de traiter tout ce qui était par exemple ce qu’on appelle les agressions externes non naturelles, qui sont évidemment les problèmes d’agressions terroristes, les problèmes d’infiltration dans les systèmes informatiques, les risques de chute d’avion….etc. On ne peut pas se contenter de répondre à la question sismique ou inondation tel que ca été fait, il va falloir répondre à l’ensemble des questions. Aujourd’hui, les citoyens veulent savoir si la centrale qui est à côté de chez eux peut résister à la chute d’un Boeing, car actuellement ce n’est pas le cas ! ».

La sécurité n’a pas de prix

Pour André-Claude Lacoste, président de l’ASN  « s’il y a du nucléaire, il doit être sûr » et les exploitants devront faire les investissements nécessaires ; pour d’autres, le coût de la sortie du nucléaire tel qu’il a été calculé par Global Chance, une « think tank » (groupe de réflexion) sur l’énergie, coûterait bien moins cher et serait de toute façon l’option la moins dangereuse. Pour le gouvernement qui n’est pas prêt à remettre en question ce choix technologique, les efforts demandés tombent mal en cette période de crise mais permettront de confirmer ce choix au nom de notre sécurité, évidemment.

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