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ARTS PREMIERS / marché de l’art

Les prix pour les arts « primitifs » flambent

Masque "Haïda" (Colombie Britannique)
Masque "Haïda" (Colombie Britannique) Photo Serge Veignant/ Galerie Alain de Monbrison, Paris.
5 mn

931 000 euros pour un masque Fang du Gabon vendu aux enchères en décembre chez Sotheby’s, avec un record du monde pour un prestigieux lion Fon du Bénin qui a dépassé le million d’euros chez Christie’s. L’année 2012 démarre aussi très fort pour les arts dits « primitifs » de l’Afrique subsaharienne, malgré la crise.

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C’est un phénomène de mode comme celui qu’a connu par exemple l’art russe après la chute de l’empire soviétique à une certaine époque. Depuis trois ans, l’art africain attire désormais les collectionneurs millionnaires d’art actuel. Selon Marguerite de Sabran, responsable du département des arts d’Afrique et d’Océanie chez Sotheby’s à Paris, « il y a un engouement très important d’une nouvelle génération de collectionneurs qui recherche des pièces d’art africain. Ils  veulent l’exception, la qualité esthétique et artistique d’œuvres qui ont été importantes dans leur contexte d’origine comme celles très rares qui ont appartenu à des princes et à des rois africains. Il est formidable de voir sur le marché de l’art en France des œuvres d’Afrique côtoyer dans les records, des œuvres de Picasso. C’est une reconnaissance formidable du très grand talent des plus grands artistes d’Afrique. » 

Explosion du marché du « vieux »

La  grande visibilité médiatique des ventes  aux enchères  explique en partie le sucés de l’art  « primitif » aujourd’hui. Hissé sur le pavois par certains marchands très habiles et grâce à la bataille d’enchères, le marché des pièces anciennes a explosé. A titre d’exemple, une petite cuiller anthropomorphe de l’ethnie Dan de Côte d’Ivoire se vend  sur le marché entre 300 000 et 500 000 euros. Pour le galeriste parisien Bertrand Dulon « les vieux objets mystérieux provenant d’Afrique subsaharienne suscitent  la convoitise et la curiosité des riches personnes. La plupart des ces œuvres n’étant pas signées ni datées, oblige l’acheteur à apprendre ce que c’est la culture et à découvrir les artistes d’une civilisation de l’oralité,  totalement opposée à la nôtre. Il pourra alors avoir un regard d’esthète plus profond et  sensible qui va au fond du geste de l’artiste auteur de l’œuvre ».

« Plus rien d’important vient d’Afrique »

Les œuvres africaines anciennes ont été collectées, voir pilées, dés la fin du 19e siècle. Les plus tardives sont arrivées en Europe à partir de la fin de la colonisation française. Aujourd’hui, on les retrouve chez les particuliers, collectionneurs privés et dans les musées occidentaux. Exploré du Nord au Sud, le continent noir a été dépouillé de son patrimoine culturel et cultuel. La Fondation Zinsou à Cotonou par exemple, mène un travail titanesque pour récupérer la mémoire du pays berceau du Vodou. Le lion Fon, vendu 1 000 000 d’euros  au mois de décembre 2011 chez Christie’s, appartenait a Béhanzin, roi de l’ancien royaume du Dahomey, aujourd’hui le Bénin.

Les  pièces déviées sont rarissimes, « d’autant plus qu’en termes d’art primitif plus rien d’important arrive d’Afrique depuis longtemps. Les  ethnies africaines sont toujours vivantes mais sont entrées en décadence. Ce qu’elles produisent ressemble plus à un art populaire et folklorique qu’a des choses qui sont vraiment sacrées.  Le culte des ancêtres a pratiquement disparu. Dans les rares cérémonies d’initiation qui existent,  les gens sont en short et boivent du gin ou du whisky au lieu du thé avec les herbes traditionnelles. Ce n’est plus comme avant. C’est fini », conclut Bertrand Dulon.

Paradoxe

Contrairement au sucés de l’art primitif, l’art africain contemporain n’explose pas. Malgré des artistes de haut niveau qui sont au somment de leur création artistique, comme par exemple  Chéri Samba, Romuald Hazoumé et la star William Kentridge, l’art contemporain du continent noir, marqué en général par la situation sociale et économique africaine, est comme  sous perfusion.

Il souffre de visibilité chez nous comme chez eux. Il est victime de l’absence de structures de promotion de leur travail en Afrique. Il est victime aussi du regard ethnocentrique que nous, Européens, portons sur leur culture. En 20 ans, seuls deux grandes expositions collectives ont été consacrées à leur travail : Les magiciens de la terre et Africa remix, au Centre Pompidou.

« Nous n’existons pas pour les Européens. Notre travail est toujours montré dans des lieux d’exposition discrets, petites galeries etc. Pour l’instant les gens sont heureux avec les pièces rares de l’art primitif qui valent des fortunes. Elles sont dix mille fois plus chères qu’une  œuvre d’art contemporaine africaine. Il y a un vrai déphasage. Un jour ce business s’arrêtera et notre tour viendra », explique convaincu Dominique Zinkpé, un artiste béninois qui compte dans l’art. Il expose actuellement son œuvre Parcours intimes à l’Ecole d’arts plastiques Paul-Belmondo à Rosny-sous-Bois : « C’est très fatigant de constater que mon travail est encore regardé comme celui d’un débutant. Mais je suis très content d’exposer en banlieue parisienne»,nous dit-il avec un sourire d’autosatisfaction.

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