Cinéma / 65e Festival de Cannes

«The We and the I», le nouveau Gondry, en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs

Michel Gondry, le réalisateur de «The We and the I», à Cannes le 17 mai 2012.
Michel Gondry, le réalisateur de «The We and the I», à Cannes le 17 mai 2012. AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Le pitch de The We and the I : une belle journée d’été ensoleillée. L’école est finie pour toute une classe d’adolescents du Bronx, qui embarquent dans un bus. Un groupe de « tyrans » fait régner, si ce n’est la terreur, du moins sa loi, dans cet espace clos où l’on suit sur tout le trajet les rapports des adolescents entre eux, la force du groupe, avant que les caractères se révèlent au fur et à mesure que les éléments perturbateurs descendent aux arrêts.

Publicité

Point d’onirisme bricolé façon S’il vous plaît, rembobinez, ni de poésie loufoque comme dans Eternal sunshine of a spotless mind. Avec son nouveau film, tourné caméra à l’épaule, sur le vif, Michel Gondry fait une incursion dans le réel.

The We and the I est un huis clos au départ très étouffant, bruyant, foisonnant. Une sorte de Entre les murs, le film de Laurent Cantet, Palme d’or en 2008, mais version américaine.

On y retrouve le même monde, parfois cruel, adolescent, une violence de langage, une cartographie des rapports amoureux et sexuels. Comme Cantet, Michel Gondry a travaillé longtemps - trois ans - avec une quarantaine d’adolescents d’un centre d’activités extra-scolaires du Bronx lors d’ateliers théâtre rémunérés au tarif syndical, repas chaud à la clé. De quoi motiver des gamins qui revivent dans le film des situations déjà éprouvées.

Petits caïds, soumission aux brutes, humiliation, absence d’intimité : le film explore tous les mécanismes des effets de groupe. Le spectateur a l’impression d’avancer dans une forêt touffue, où un chemin se dessinerait sous ses pas au bout d’une heure de marche, alors que les arbres sont progressivement élagués. Mais pour en comprendre le sens, il faut subir une heure de chaos.

Michel Gondry a tenu à donner à chacun de ses acteurs amateurs son moment. Une générosité artistique cohérente avec son projet d’« Usine de films amateurs », visant à démocratiser l’accès au cinéma.

Ici et là, on retrouve des séquences oniriques bricolées, la marque de fabrique Gondry : comme Sam, le mythomane, qui s’invente une vie fantasmée que l’on voit à l’écran.

Mais ce n’est qu’au dernier tiers du film qu’une tension dramatique s’instaure, que l’on peut s’attacher aux personnages, qui se révèlent peu à peu dans leur individualité, et leur complexité.

The We and the I, Gondry mineur mais attachant, donne bien le ton de cette Quinzaine des réalisateurs qu’il ouvre avec énergie, légèreté et générosité.

NOTRE DOSSIER SPECIAL

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail