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FRANCE / JUSTICE

Eric Zemmour : «escroc intellectuel» ou diffamateur?

Eric Zemmour dans les studios de RTL à Paris, le 27  février 2012.
Eric Zemmour dans les studios de RTL à Paris, le 27 février 2012. AFP PHOTO / POOL / PHILIPPE WOJAZER
Texte par : Alain Renon
4 mn

Le journaliste du Figaro et chroniqueur sur la radio RTL sera fixé le 3 juillet 2012. Le tribunal correctionnel de Paris a mis son jugement en délibéré, au terme de l’audience du mardi 29 mai. Eric Zemmour, 53 ans, volontiers polémiste, est à nouveau poursuivi en justice, cette fois pour diffamation. Patrick Lozès, ancien président du Conseil représentatif des associations noires de France, lui reproche de lui avoir attribué, fin 2008, des paroles qu’il nie avoir prononcées. Et, surtout, d’avoir prétendu y relever la preuve que M. Lozès plaçait « la solidarité raciale » au dessus de « la solidarité nationale ».

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Une polémique, signée Zemmour, chasse l’autre. Celle qui aujourd’hui défraie la chronique tourne autour de ses violentes critiques à l’encontre de la nouvelle ministre de la Justice. Dans sa chronique quotidienne sur RTL, « Z, comme Zemmour », mercredi 23 mai 2012, le journaliste a fustigé la volonté de Christiane Taubira de faire rapidement voter une nouvelle loi sur la répression du harcèlement sexuel - pour combler le vide juridique créé par l’invalidation de la précédente législation pénale par le Conseil constitutionnel - et sa volonté de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs récidivistes de 16 à 18 ans - conformément à l’engagement électoral de François Hollande.

Pour Eric Zemmour, la garde des Sceaux « a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes de banlieues, sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais ». Et il reproche encore à Mme Taubira de se comporter comme une « maman pour ses enfants, ces pauvres enfants qui volent, trafiquent, torturent, menacent, rackettent, violentent, tuent aussi parfois ».

Amateur de tollés

La charge est à l’image du journaliste. Sans nuance, acerbe, volontairement provocatrice. Et elle a atteint l’objectif polémiste de son auteur, en déclenchant la réprobation de SOS Racisme et du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), associations honnies du journaliste, qui n’a d’ailleurs pas manqué d’en qualifier les militants et dirigeants de « professionnels de l’indignation tarifée ».

On avait oublié qu’en novembre 2008, déjà, Eric Zemmour avait provoqué un tollé en affirmant qu’il existait des « races » noire et blanche, à l’occasion d’un débat télévisée sur le métissage. Co-fondateur et alors président du Cran, Patrick Lozès avait vivement réagi en dénonçant des « propos ahurissants » et en s’interrogeant sur « l’ignominie » ou « l’insouciance » du journaliste du Figaro.

Copieusement hué et même insulté sur internet, Eric Zemmour avait répondu à ses détracteurs et à son contradicteur du Cran dans les colonnes de l’hebdomadaire Vendredi, daté du 28 novembre au 4 décembre 2008. Et  il avait affirmé notamment que M. Lozès avait déclaré qu’ « Obama (tout juste élu président des Etats-Unis, NDLR) est notre président », preuve selon le journaliste « que la solidarité raciale (...) est supérieure à ses yeux énamourés à la solidarité nationale. Imaginons un odieux président du Crab, Conseil représentatif des associations blanches, qui déclarerait : Poutine est notre président (...) ».

Procès tardif

C’est contre ces phrases que le président du Cran avait porté plainte avec constitution de partie civile, en décembre 2008. Eric Zemmour était, lui, mis en examen neuf mois plus tard. Malgré des réquisitions du parquet et une ordonnance d’instruction favorables au non-lieu, les poursuites ont été maintenues par la Cour d’appel puis en cassation.

Autant de péripéties procédurales qui expliquent ce procès très tardif. Postérieur, du coup, à la condamnation d’Eric Zemmour en février 2011 pour « provocation à la discrimination raciale », après avoir soutenu, quelques mois plus tôt à la télévision qu’en France « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes ».

Escroquerie et malhonnêteté intellectuelles

Trois ans et demi après la polémique, l’audience s’est enfin tenue. Et aura été rapide. D’autant plus courte que le journaliste s’est fait excuser par son avocat, Olivier Pardo, très satisfait au terme des débats. Il est vrai que le procureur a requis la relaxe de son client. Parce qu’il n’y a, selon lui, aucun propos diffamatoire qu’on puisse reprocher à Eric Zemmour, dans cette affaire. Ses appréciations relevant du « débat d’opinion ».

Le parquet a toutefois repris à son compte les mots de la partie civile, en estimant qu’on pouvait parler, quant au fond, d’« escroquerie intellectuelle » et même de « malhonnêteté intellectuelle » du journaliste. Un coup de canif à la réputation du chroniqueur que Patrick Lozès a apprécié, tout en espérant que la cour condamnera Eric Zemmour à la peine d’un euro symbolique réclamée par son conseil, Francis Terquem.

Me Pardo a pour sa part invité le tribunal à préserver la liberté d’expression en prononçant la relaxe, quand bien même cette liberté flirte avec l’idéologie d’extrême-droite et qu’elle malmène des personnalités. C’est le lot de celles et ceux qui participent au débat public, politique, a souligné l’avocat, en faisant remarquer que Christiane Taubira, elle, n’éprouve pas le besoin de faire taire son contradicteur.

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